Thomas Frank Hopper – Wild Ones Never Die : sortir des routes balisées du blues

Bluesman belge nourri de punk, de grunge et de metal, Thomas Frank Hopper n’a jamais eu vocation à jouer les gardiens du temple. Avec Wild Ones Never Die, son troisième album, il prend le blues comme point de départ d’un voyage qui passe par le boogie, le hard rock, le rap et l’Americana. Et confirme qu’en musique comme dans la vie, la liberté se trouve peut-être d’abord sur la route.

Thomas Frank Hopper 2
© Frederic Pauwels

Thomas Frank Hopper n’est pas encore un nom très connu chez nous : c’est un bluesman belge, ce qui n’est plus absurde aujourd’hui que le blues est devenu (redevenu ?) un langage universel et un courant musical de plus en plus prisé à travers le monde. Il a sorti son dernier album en décembre dernier dans son pays, mais il nous aura fallu attendre neuf mois pour que Wild Ones Never Die ait droit à une distribution française. Ceux qui découvriront Hopper avec cet opus, son troisième, seront sans doute surpris par son approche très peu… roots, surtout pour un musicien dont l’un des instruments de prédilection reste le lapsteel, archaïsme indiscutable… C’est que Hopper a expliqué n’avoir découvert le blues que tardivement, après être passé par « le néo-metal, le punk et Nirvana » : nous sommes donc loin d’un puriste « amoureux de l’Amérique des origines », et plutôt face à un musicien qui s’est approprié une langue qui n’était pas la sienne afin de pouvoir explorer de nouveaux territoires.

Wild Ones Never Die

La première écoute de Wild Ones Never Die ne laisse planer aucune ambiguïté : avec sa voix haut placée bien éloignée de celles des bluesmen « traditionnels », son jeu à la guitare électrique qui le place dans le sillage des guitar heroes des années 70, Thomas Frank Hopper nous offre plutôt une balade à travers des styles musicaux divers, tous plus ou moins nourris par le blues. Il utilise une grammaire ancienne — slide/lapsteel, riffs, orgue Hammond, shuffle, blues —, mais il ne veut pas être enfermé dans le genre. Une belle « tuerie » comme Idiocracy, l’un des titres qui jaillit naturellement dès cette première écoute, prouve l’ouverture de sa musique au rock contemporain. Et rappelle qu’il reste, quelque part, l’adolescent fan de RATM qu’il fut un jour.

Les trois premiers titres de l’album, le très efficace et… « commercial » Ready to Thrive, le boogie relativement classique Freak Show, et un Six Feet Underground conçu comme un hommage à Robert Johnson, posent le contexte de l’album : on est bien dans le monde du blues, mais on en explore toutes les facettes — et toutes les sorties — possibles . Les critiques ont beau jeu de citer Led Zep, ZZ Top ou Rival Sons : admettons plutôt que nous sommes ici chez Thomas Frank Hopper, un caméléon et un voyageur.

Wild Birds est une jolie illustration de l’ouverture du disque : l’intervention d’une voix féminine (Meri Lu Jacket, une artiste italienne) modifie les couleurs de la musique, et rompt avec la formule blues-rock établie. Never Lonely continue à nous promener, cette fois du côté du rap, avec un « spoken word » assuré par le bassiste du groupe, Jacob Miller, et s’avère sans doute le titre le plus décalé par rapport au reste de l’album.

Take Me Home est le premier titre qui ralentit le mouvement après cinq morceaux très enlevés, et c’est une réussite, marquant cette fois un retour vers une Americana plus classique. La mélodie mélancolique fonctionne bien sur un sujet un peu éculé, celui de la nécessité pour un voyageur d’avoir un « home » vers lequel revenir. Jackie Brown, dans une transition brutale, est presque un titre hard rock, mais s’avère en tout cas d’une redoutable efficacité, prouvant encore une fois – si besoin est – que Hopper joue désormais dans la cour des grands.

Open Road est l’un des meilleurs morceaux de l’album, parce qu’il conjugue idéalement respect des tradition du blues et mélodie accrocheuse, et parce qu’il traite de l’un des thèmes essentiels pour Hopper : la route comme mode de vie, dernier espace de liberté. Encore une fois, l’ajout d’une voix féminine, celle de la blueswoman croate Vanja Sky, est un « plus » indiscutable. Après Idiocracy, Zippin Pippin nous offre une conclusion délicate à ce voyage, une manière idéale de prendre congé de nous : « What a strange, strange kind of journey, but I feel free… But I must pay the cost… » (Quel étrange, bien étrange voyage, mais je me sens libre… Pourtant, je dois en payer le prix…).

Ni remords, ni regrets : vivre le blues, c’est accepter d’errer éternellement sur les routes musicales du monde.

Eric Debarnot

Thomas Frank Hopper – Wild Ones Never Die
Label : Thomas Frank Hopper
Date de parution : 5 décembre 2025 (Belgique) – 18 septembre 2026 (France)

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