L’été est la période idéale pour se replonger dans des albums injustement négligés à leur sortie : aujourd’hui,Watt, de Bertrand Belin, avec l’arrivée des cordes dans son répertoire qui mettait en valeur des textes toujours plus poétiques et souvent absurdes. On aime sans compter !

Huitième album pour Bertrand Belin en vingt ans de carrière : le moins que l’on puisse dire, c’est que le monsieur n’est pas pressé ! Trois ans après Tambour Vision, sorti en 2022, Belin a repris le chemin des studios pour livrer Watt. Watt pour le son qui sort des enceintes, mais aussi comme un hommage au roman de Becket dont la prose faite de poésie et d’absurde influence les textes de l’artiste.
Et si cet opus s’est fait attendre, nous l’avons trouvé à la hauteur de nos espérances. Watt se situe dans une suite logique de Tambour Vision. Il commence en effet par des mélodies taillées à coup de synthés qui ne sont pas pour nous déplaire, en témoigne l’intro du morceau d’ouverture et single, L’inconnu en personne. Autre exemple, Watt, morceau éponyme, en duo avec Rodolphe Burger, qui est une démonstration de ce rapport qu’a Belin à la langue qu’on affectionne tant. Le morceau est fait de jeux faisant la part belle aux sonorités dans un sens qui nous échappe (« J’articule / Dans les entrailles de l’air / Prières / Calculs / Salades », ou, plus loin, une allitération en C, dans « Le Colorado / Le Congo / L’Escaut »). Tel qu’en moi-même, quant à lui offre une prestation jazzy dans laquelle la voix du poète crooner s’envole.
Mais les airs électro des premiers morceaux du disque laissent vite la place à des arrangements plus organiques, où Belin range les synthés, et met (un peu) de côté sa meilleure amie la guitare, pour faire de la place au piano et aux cordes, qui marquent un tournant dans la démarche de l’auteur compositeur. Ainsi Certains jours, qui illustre parfaitement ce virage.
Au-delà de cette orchestration inédite, on retiendra la part belle faite aux textes comme souvent avec Belin. Pluie de data interroge sur la place du « Je » dans ce monde contemporain, qui le submerge dans un élan poétique indéniable. L’individu se heurte à la solitude existentielle et aux rencontres impossibles comme dans Sur mon 31, ou Amour ordinaire. Une chose est sûre, sa parenté avec le défunt Bashung est de plus en plus prégnante à mesure que les morceaux de Watt défilent… quitte à faire dire aux mauvaises langues qu’on frôle la pâle copie.
Nous, on y voit plutôt une poésie à son sommet et des mélodies des plus harmonieuses.
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Nadia Michaud
Bertrand Belin – Watt
Label : Wagram Music – Cinq 7
Date de parution : 3 octobre 2025
