« Été 14 », de Victor Lepointe : la guerre en chantant…

Été 1914, il fait beau et chaud. Comme prise de folie, l’Europe va s’embraser. Victor Lepointe signe chez Grand Angle une BD poignante qui retrace la tragédie de la Grande guerre à hauteur d’homme, à travers deux soldats.

Eté 1914 - Victor Lepointe
© 2026 Lepointe / Grand Angle

Avec près de 100 000 morts, tous fauchés sous un ardent soleil, août 1914 fut le mois le plus meurtrier de l’histoire de France. La bataille des frontières se joua de la Belgique à la Lorraine, pour s’achever sur la Marne. Pourtant, l’histoire officielle paraît avoir oublié cet été sanglant pour privilégier l’interminable guerre des tranchées.

Eté 1914 - Victor LepointeAprès une première parution sous le nom d’Après l’orage, aux éditions Pierre de Taillac, Grand Angle nous présente une version plus aboutie. Malgré son titre, le propos de Victor Lepointe n’est pas de nous raconter les débuts de la Grande guerre. Nous ne saurons rien des mouvements de troupes et des stratégies, des bonnes ou mauvaises surprises et des mots d’ordre. Le scénario se concentre sur deux jeunes soldats, Henri et Adrien. Lapointe nous embarque dans leur histoire. Le temps d’une lecture, le lecteur se fait fantassin. Il va vivre la guerre avec eux. Une petite guerre, mais une véritable tragédie.

Henri est un officier de métier plein d’ardeur, enivré de patriotisme et d’honneur, de devoir et de sacrifice. La tête farcie de poèmes de Charles Péguy et d’images d’Épinal, il brûle de donner sa vie à sa patrie. Il monte dans un train, puis mène sa section vers le front. Au même moment, Adrien, un tout jeune conscrit, monte en ligne. Myope, il ne voit guère. Écrasé par le poids de son sac, il obéit et marche, sans chercher à comprendre. Tous marchent, puis reculent.

La précision du dessin et le souci du détail font honneur aux grands anciens, aux peintres de bataille. Le Rêve d’Édouard Detaille ou Les Dernières Cartouches d’Alphonse de Neuville ne sont pas loin. La beauté des paysages et la douceur des couleurs magnifient notre pays. Péguy avait raison : la France est belle. La moisson a été faite. Les meules attendent d’être rentrées dans les greniers à foin. Le contraste est immense entre la douceur des images et les cadavres des soldats jonchant la plaine. Les pantalons rouges et les képis en drap de laine apportent des notes de couleur sur des corps brisés et abandonnés.

Le scénario n’omet rien de leur courage. Malgré la peur, ils s’élancent en criant pour s’encourager. Nous éprouvons leur épuisement physique et moral, face au brouillard de guerre et à la peur de la mort, désormais omniprésente. Leurs régiments ont été choisis pour ralentir l’ennemi. Henri l’a compris, il tient son sacrifice, Adrien est seulement perdu. Que peuvent faire leurs poitrines nues face aux mitrailleuses ?

Stéphane de Boysson

Été 1914
Scénario et dessin : Victor Lepointe
Éditeur : Bamboo
Collection Grand Angle
80 pages -18,90 €
Parution : 30 septembre 2026

Été 1914 — extrait :

Eté 1914 - Victor Lepointe
© 2026 Lepointe / Grand Angle

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