Aide-toi, le ciel t’aidera

aff film_8.jpgDifficile aujourd’hui de parler social sans tomber dans le constat académique et manichéen. Dans ce fascinant film français, vital et attachant, François Dupeyron met toutes considérations politiques au second plan pour laisser resplendir un discours humain qui y gagne en puissance et en spontanéité. A vouloir filmer les hommes avant les faits, à  juger l’anecdotique vecteur des crispations premières des individus et d’une communauté, le film se politise alors bien plus facilement et moins lourdement que s’il tentait dès le début une dénonciation basique ou une prise de conscience vivifiante. Aide-toi, le ciel t’aidera, et même s’il est trop particulier pour être considéré comme accessible , mérite tout de même d’être vu.

L’originalité de Dupeyron dans ce film est d’avoir voulu, en premier lieu, colorer la grisaille d’une cité française et sa violence quotidienne, son désespoir et ses tonalités ternes pour en faire un film à  l’énergie solaire, surbrillant d’un jaune soleil surprenant et attirant face au froid total de ce dangereux mois de novembre. Dupeyron, pour la première fois dans le cinéma français, fait d’une cité un vrai terrain de cinéma, découpé, délimité, fragmenté en plusieurs zones que l’on aime à  reconnaître, comme si l’on marchait un peu chez nous. Au tout début, le renversement des cadres, la saturation chromatique et la dominance dorée donnent au film un air de film brésilien presque clippé de bout en bout. Volontairement décadré, filmé en diagonales et dans d’étranges effets et mouvements de caméra, le film de Dupeyron atteste d’une volonté de renouveau du cinéma français à  travers un sujet épineux qui prend ici des allures de conte social humoristique et plein de charme. A la fois le film décrit les grands et les petits drames d’une famille dont le père vient de mourir, et de l’autre côté l’engagement humanitaire de la mère pour aider les personnes âgées sous la canicule d’un été meurtrier. La retransmission esthétique de cette chaleur prend des tournants visuels parfois proches de l’abstraction tant le cinéaste joue avec les filtres et fait transpirer sa bobine par tant de brillance. La cité se mue en une sorte de théâtre du tragique urbain, prenant les airs de Sao Paulo et, à  chaque visage, sublimé sous des zooms et des travellings improbables, l’humain prend le devant, comme l’échappatoire à  la déchéance du réel. Les habitants, désespérés, sous-traités, les opprimés sociaux qui n’ont jamais la parole, sont ici au centre d’un film qui préfère la donner plutôt que la prendre démagogiquement.

Les situations cocasses entre la mère et le vieil homme, preuve de l’inventivité tragi-comique de Dupeyron, laissent place au drame pur et dur, ces séquences magnifiques – les mêmes – où lui, tas de chair flétrie, lui parle de la mort, demain, dans une semaine, jamais. Toute la dernière partie, écrin du corps, politesse des membres et sculpture du désir dans l’image, fait la part belle à  ces corps noirs, bruts, du bout du monde, ces corps muets ou que l’on a tus (sublime Félicité Wouassi). Loin de la rébellion, Dupeyron livre un film fin et subtil, à  mille lieues de la mièvre soupe »Cantienne » de Entre les murs (ne surtout pas confondre avec Kant). Le surréalisme de la mise en images de cette oeuvre foisonnante et tonique est la meilleure porte ouverte vers un réalisme bien moins confortable. Pourtant le film n’est pas pleurnichard, il ne prend pas la condition des autres comme un facteur émotionnel du cinéma, simplement il filme et déforme les gens et l’atmosphère pour dire la réalité des choses.

Finalement, c’est la simplicité qui règne dans ce film majestueux, porté par des chants africains dépaysants et irréels, d’une beauté à  couper le souffle, et utilisant pour son générique de fin un très beau texte de Grand Corps Malade, citant Icare, l’idéalisme illusoire auquel il est impossible de ne pas penser durant le film ; esthétiquement, le soleil semble si près des personnages, de ces personnages marchant sur le bord des toits et tombant, suant jusqu’à  ne plus sentir la chaleur avant l’inévitable chute du ciel vers la terre, symbole d’une chute sociale qui mène de l’idéal à  la réalité, que le conte se transforme en une histoire universelle et mythologique, où chaque personnage est un Icare qui tombe. Un grand film.

Jean-Baptiste Doulcet

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Aide-toi, le ciel t’aidera
Film français de François Dupeyron
Genre : Comédie dramatique
Durée : 1h32
Sortie : 26 Novembre 2008
Avec Félicité Wouassi, Claude Rich, Elisabeth Oppong

La bande-annonce :

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