Sherrybaby

affiche.jpgLe parcours d’une femme sortant d’un enfermement (prison ou cure de désintoxication) vers sa reconstruction inspire régulièrement les cinéastes avec des fortunes diverses. Le plus beau film sur un sujet infiniment casse-gueule, lourd d’écueils à  savoir contourner avec tact, demeure, si on se cantonne aux dernières années, au puissant long-métrage d’Olivier Assayas, : Clean, réussite qui devait beaucoup à  l’éclatement et à  l’ouverture dont il faisait preuve. Plus récemment, Rachel se marie était beaucoup moins convaincant, en ne réussissant pas à  dépasser la caractérisation outrancière et en proposant un traitement trop foisonnant et éparpillé.

Sherrybaby, premier film de fiction réalisé par l’américaine Laurie Collyer, se situe quelque part entre les deux opus précités. Ancienne droguée, qui confesse que l’héroîne fut sa meilleure amie de 16 à  22 ans, Sherry sort juste de prison et, en liberté conditionnelle, intègre un foyer d’anciennes détenues. Si son agent de probation lui conseille vivement de se tenir à  carreau et de trouver rapidement un job, Sherry n’a qu’une obsession, : se battre pour obtenir la garde de sa petite fille, confiée aux bons soins de son frère et de sa belle-soeur. Il y a certes quelque prévisibilité dans les embûches successives que connait Sherry, : renouer avec une gamine pour qui elle et devenue une parfaite étrangère et se tenir éloignée des démons de la rechute qui semblent planer en permanence sur son existence constituent les deux pôles de la nouvelle existence de l’ancienne junkie. La quête de rédemption regarde résolument vers l’avenir, délaissant le passé et les raisons qui ont conduit Sherry en détention. , Sans aucun pathos ni angélisme, Laurie Collyer filme de manière très physique et viscérale le combat mené par Sherry, interprétée par Maggie Gyllenhaal au jeu sobre et contenu débarrassé des scories de l’apitoiement sur soi et des tics inhérents à  ce type de composition.

C’est surtout au coeur de la cellule familiale que la réalisatrice filme les angoisses et les difficultés à  reprendre pied de Sherry. Un repas au cours duquel elle se met à  chanter et une fête d’anniversaire où elle ne semble être guère la bienvenue suffisent à  mettre en relief le malaise ambiant. Laurie Collyer ne s’appesantit jamais et même l’épisode incontournable de la rechute ne finit par être qu’une étape nécessaire vers la réconciliation avec soi-même. Sherry, vaille que vaille, poursuit sa route et prend au fur et à  mesure conscience de ses manquements et de ses fautes jusqu’à  implorer l’aide d’un frère que l’on sent partagé entre soeur et épouse.

Modeste et honnête, Sherrybaby est avant tout un beau portrait de femme et la cinéaste se refuse à  tout jugement, n’en fait jamais trop. Impression renforcée par l’environnement où il se situe, celui d’une Amérique middleclass, tout à  fait banale, loin des clichés dépeignant des milieux propices à  la déchéance. La justesse et la sobriété de Sherrybaby sont tout à  son honneur et participent à  sa bonne tenue générale.

Patrick Braganti

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Sherrybaby
Film américain de Laurie Collyer
Genre : Drame
Durée : 1h36
Sortie : 24 Juin 2009
Avec Maggie Gyllenhaal, Brad William Henke, Sam Bottons,…

La bande-annonce :

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