Inception

inception.jpg« Inception » était l’occasion pour Chris Nolan de prouver ce qu’il vaut au grand public, partagé entre passion et retenu pour ce cinéaste hollywoodien insaisissable : son premier essai, »Memento » était un tour de force inachevé,« Insomnia » condamné à  n’être qu’une commande soporifique, »Batman Begins » une ridicule tentative d’assombrissement, et »The Dark Knight » l’un des premiers grands films politiques post-11 Septembre à  dévoiler la peur et le besoin d’héroîsme d’un pays perdu dans les limbes du doute. De limbes il est encore question ici dans cet ambitieux projet de science-fiction : et pour répondre à  la question principale, »Inception » est certainement un très grand film, capable d’assurer la relation entre réel et irréel, projections et souvenirs, rêve et fantasme, avec une dextérité étonnante. Tout d’abord le casting est d’une intelligence redoutable ; la gueule d’ange de Di Caprio abrite les sombres tourments d’un père endeuillé (à  la manière de Scorsese dans »Shutter Island »), l’androgynie de Cillian Murphy ouvre de larges perspectives sur la filiation, le charme de Ken Watanabe, Tom Hardy et Joseph Gordon-Levitt assurent le spectacle physique et réflexif, tandis que les femmes, Ellen Page et Marion Cotillard en tête, affirment une personnalité que Nolan rend dans toute sa complexité. En morte psychédélique et séduisante, Cotillard élève son habituel personnage de femme bafouée et amoureuse au rang d’une féminité convaincue et puissante, avançant à  grand pas comme l’obstacle du film, une sorte de Joker au féminin qui a ceci d’ambigu qu’elle apparaît en même temps comme la raison d’être du héros. Intelligemment, Nolan a d’abord construit une trame floue à  partir de laquelle s’est bâti l’édifice d’un scénario, d’une clarté et d’une lisibilité exemplaire compte tenu de la complexité thématique et des nombreux genres employés. L’envergure de son cinéma est titanesque, tout en sachant être intimiste et saisir en cela le potentiel émotif que contient chaque comédien, chaque personnage dont le background a été tiré au meilleur. Mais là  où »Inception » est brillant, faisant la chique à  tous les blockbusters américains depuis »Matrix » c’est que son envergure ne naît aucunement de ses magnifiques effets spéciaux, mais tout simplement d’une écriture scénaristique poussée à  bout, dont la panoplie de personnages existent sans aucune superficialité. L’impact des idées visionnaires apportées (autant spirituelles qu’esthétiques) amènent le film vers le brio, sorte de nec-ultra du divertissement philosophique où s’imbrique les strates plurielles des rêves humains, remettant en cause les notions de vrai et de faux. Si les 20 premières minutes peuvent faire penser aux coulisses de Matrix (un architecte, des connexions dans un monde parallèle), c’est pour mieux s’en démarquer après. Dommage que cette préparation nous perde dans les méandres du principe scénaristique alors que tout par la suite sera explicitement évoqué par le biais d’un montage virtuose. L’alternance entre le thriller (le mécanisme global du récit, le but final) et les pièges qui le parsème (le drame familial, le souvenir, la projection de la défunte), est l’occasion d’une démonstration de cinéma magistral dont l’infinité d’idées et d’équations renvoie le film à  une boucle inbouclable. Nolan a réussi à  toucher le vertige en concrêtisant le vaste monde de Morphée en un terrain de cinéma sans fonds. La matière même de son film comblera les plus récalcitrants, jusqu’à  cette quintuple séquence d’anthologie d’une demi-heure où se développe cinq actions différentes dans une même réalité et un même temps. C’est à  cette apogée, à  ce sommet de cinéma que l’on peut dire de Nolan qu’il a réussi un pari fou, insensé. Qu’il a relevé un défi extrême dans lequel la profondeur des métaphores côtoie celle, ultime, de la mise en abîme du script-doctor (car ces architectes du film, censés créer le passé de plusieurs personnages en jouant sur leur affect, leur personnalité émotionnelle et leur issues, n’est tout simplement que la relecture du travail fait en amont du film, savamment intégré dans un récit de niveau supérieur). La mise en scène, elle, devient de plus en plus intéressante à  chaque film de Christopher Nolan ; elle pose la question de la distance et de la personnalité d’un blockbuster. Elle contient une empreinte incroyable, peuplée d’éclairs saisissants et inspirés, mais aussi un rythme intrépide en cela qu’il vient nous faire oublier l’existence même de la réalisation malgré l’impact qu’elle a sur l’ensemble du film. Nolan est le seul cinéaste américain a avoir percé le mystère d’une réalisation parfaite pour le blockbuster, celle où se fond l’élan tape-à -l’oeil et la discrétion. Il est aussi l’un des rares cinéastes à  avoir pour le moment marqué la décennie par un scénario aussi abouti, basé sur un principe qu’il épuise jusqu’au bout. La force qui en découle n’a d’égal que l’expression romantique des révélations douloureuses, des souvenirs enfouis qui remontent, comme le fil d’un deuxième récit à  résoudre. Pour finir, et c’est peut-être là  le plus fort, »Inception » est d’une limpidité époustouflante. La richesse du film, à  tout niveau, ne déploie ni ennui ni complications ; tout paraît simple, clair, entièrement défini. Ce n’est jamais le trop-plein palliant le pas assez, l’équilibre est là , maintenu d’un bout à  l’autre. Le plaisir aussi, offrant une expérience de cinéma jubilatoire dans son jusqu’au-boutisme, de loin le blockbuster le plus intelligent et révolutionnaire depuis le premier épisode de »Matrix ».

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Jean-Baptiste Doulcet

Inception
Film américain-britannique de Christopher Nolan
Genre : Science-fiction / Action
Durée : 2h28 min
Avec : Leonardo DiCaprio, Marion Cotillard, Ellen Page…
Date de sortie cinéma : 21 Juillet 2010

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2 thoughts on “Inception

  1. Ce film est une vraie catastrophe ! Je n’en reviens pas. Les médias sont-ils tous achetés ? Ou vendus ? « Memento » était un film idiot et « Inception » le surpasse en bêtise. Le portrait de Nolan dans « Le Monde 2 » était révélateur : le cinéaste n’a rien à dire, et demande qu’on le comprenne bien ètexto !)
    Laure

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