Super 8

Nouveau maître du cinéma de divertissement, J.J. Abrams, l’homme responsable du carton télé de Lost est revenu dans les salles obscures pour le désormais rituel blockbuster de l’été. Un blockbuster destiné aux plus jeunes mais au goût de madeleine 100 % eighties pour les plus grands : en effet, fan du cinéma de Steven Spielberg, l’ami Abrams organise avec son dernier-né Super 8 rien moins qu’une excursion en  » Spielberg-land,  » qui rappellera bien des souvenirs aux ex-ados de la décennie 80, et aux autres : la petite ville américaine,, des enfants en liberté, des militaires, du fantastique, un être venu d’ailleurs »

Serait-ce le retour de E.T, ? Pas loin, ou plutôt un super-hommage de près de deux heures à  l’ex-wonder boy du ciné populaire américain (également co-producteur du projet, c’est plus simple), hommage qu’on sent d’ailleurs sincère de la part de Abrams. Pas un plan ou un détail qui ne fasse référence aux,  éléments de base de Rencontres du Troisième Type, Jurassic Park ou des autres productions Spielberg, les Goonies en tête. Super 8 mixe le tout récréant avec un plaisir d’antiquaire l’ambiance des seventies finissantes (un air de Blondie, l’arrivée du walkman) et présentant un groupe d’ados, d’abord lancés dans le tournage d’un film de zombies amateur, soudainement changé par l’irruption du surnaturel, un »Club des Cinq » plongé en pleine science-fiction.

Un vrai  » Retour vers le passé,  »  qui fait la part belle à  l’innocence de ses mini-héros soutenue par la candeur et fraîcheur de ses jeunes interprètes (la bouille de bébé de Joel Courtney, la très juste Elle Fanning). Sur ce plan-là , Super 8 retrouve parfois l’appréhension de cet  » âge des possibles,  » autrefois à  l’oeuvre dans Stand By Me (autre référence évidente). Hélà s, qui dit blockbuster dit action grand public et nous ne sommes plus en 1982… Si à  cette époque, l’aspect artisanal des effets spéciaux de Spielberg conférait un côté féerique à  son cinéma, le Hollywood de 2011 voit tout en effets numériques et grand, spectacle patapouf : déraillement de trains, irruptions de l’armée, attaques de bus … et bébête extra-terrestre surdimensionnée.

Du, E.T. puissance mille indéniablement spectaculaire (la catastrophe ferroviaire épate, mais pourquoi si gigantesque?) surmultipliant du coup l’invraisemblance de l’histoire et, déréalisant le propos. Quant au giga-monstre assez risible visuellement, on voit bien qu’il n’intéresse pas Abrams, qui fait bien de le laisser dans l’ombre … pas encore assez, on voit que les techniciens hollywoodiens sont toujours influencés/traumatisés,  par Alien, !

Le plus gênant, c’est le côté appuyé des emprunts spielbergiens qui restitue surtout les défauts de son cinéma souvent maladroit, : personnages adultes simplistes et à  l’inverse des enfants, mal défendus par leurs interprètes, mélo sur-signifiant (c’est dur, le travail de deuil),, bons sentiments triomphants (pour échapper à  un monstre, suffit de l’émouvoir!) culminant dans un final franchement ridicule, : ah, ce symbole lourdaud du pendentif qu’on laisse échapper pour aller mieux, on ne les changera décidément pas ces américains.

Bien sûr dans un film de l’été, on ne s’embarrasse pas de subtilités, et rayon pop-corn movie, on a vu pire d’autant que le film remplit sa mission de divertissement. Si ce reboot du cinéma de Tonton Steven peut échapper in fine au jugement de simple  » copié-collé, spielbergien  » c’est pour la tendresse qu’il réserve à  ses ados se débattant avec les doutes et espoirs de leur jeune âge. Mais surtout pour l’amour du cinéma au coeur de son sujet et l’atmosphère du cinéma de genre de l’époque qu’il ressuscite (Joe Dante, George Romero et John Carpenter auquel on songe souvent). Un amour à  l’oeuvre dans la finalement meilleure scène, : celle du film réalisé par les enfants, pastiche de film amateur à  ne surtout pas rater sur le générique de fin. Et là , pas de mensonge, c’est bien du Super 8.

Franck Rousselot

Super 8 (2011)
Film d’aventure américain de J.J. Abrams
Durée : 1h50 mn
Avec Joel Courtney, Elle Fanning, Ryley Griffiths »
Sortie : 3 août 2011

La bande-annonce :

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