Top 25 Benzine : les meilleurs films du premier quart du XXIe siècle

Comme nous l’avons fait récemment avec une sélection des meilleurs albums du premier quart du XXIe siècle, nous avons proposons aujourd’hui notre sélection de 25 films qui nous ont marqué sur la période 2001-2025. La première proposition de la rédaction comprenant 294 films, le choix n’a, cette fois encore, pas été facile !

Top 25 films XXIe siècle

Nous qui pensions au départ que cette sélection des 25 films du premier quart du XXIe siècle serait plus facile que celle des albums, nous nous sommes bien trompés. Un processus de sélection que nous avons dû revoir à mi-course, des arbitrages déchirants… mais tout ça, c’est notre cuisine interne, ce n’est pas votre problème. L’important, c’est le résultat de ce travail : un résultat qui ne peut pas être parfait, qui ne saurait plaire à tout le monde, mais qui traduit très bien les lignes de force de la cinéphilie en 2025. Qui reflète aussi l’état du 7e Art à une époque où le grand public le boude (et boude les salles) pour se réfugier dans le cocon des séries qu’on peut regarder tranquillement à la maison (spolier : on va en parler très vite, aussi).

Alors, quelques idées fortes pour résumer ce « palmarès » qui n’en est pas un. La politique des auteurs reste plus que jamais le moteur de la cinéphilie. Tous les noms, sans exception, de réalisateurs cités ici sont ceux d’auteurs reconnus « universellement », certains depuis plusieurs décennies (Lynch, Almodóvar, Scorsese, Miyazaki…), d’autres beaucoup plus récemment (Glaser, Trier…). Mieux encore, certains noms reviennent deux fois, et il est impossible de ne pas reconnaître la logique imparable de cette shortlist des grands cinéastes actuels : Bong Joon-Ho bien sûr, PT Anderson évidemment, Wes Anderson logiquement, Tarantino sans surprise.

Et puis il y a l’irrésistible montée en puissance du cinéma asiatique, dont les qualités éclipsent de plus en plus pour beaucoup de cinéphiles (dont certains dans l’équipe de rédaction de Benzine) celles, plus classiques, du cinéma US. Sept films venus d’Asie sur vingt-cinq, on a dépassé le stade de l’intérêt « marginal », et il semble bien, qui plus est, que ce soit à l’Est que le futur du cinéma d’auteur soit le plus prometteur.

Notre dernier commentaire sera lui, beaucoup plus alarmant : on ne peut que constater la quasi disparition du cinéma français. Hormis le délicieux film de Mouret, qui a su moderniser les intuitions d’un Rohmer, aucun autre film n’a fédéré notre rédaction. On ne peut que s’attrister de ne pas voir ici apparaître des noms comme ceux de Desplechin, Kechiche, voire, dans un domaine moins pointu, Audiard. Mais c’est ainsi : bien que produisant chaque années beaucoup de très beaux films, le cinéma français n’est plus le « phare » qu’il a été au niveau de la planète cinéma. Gageons que ce recul n’est que temporaire.

Les 25 films du premier quart du XXIe siècle ont été sélectionnés par Ordell, Alex, Benoît, le Sergent, Jeff, Anne, Jérôme, Michael, Alexandre P et Eric. Ils ne sont pas classés par ordre de préférence, mais par année de réalisation (date de référence utilisée : ImDB).

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Mulholland Drive – David Lynch (2001)
Labyrinthe mental où Hollywood se dédouble comme un miroir fêlé, Mulholland Drive transforme le rêve en cauchemar avec une douceur vénéneuse. Lynch y mêle mélodrame, film noir et étrangeté, jusqu’à faire de l’identité une énigme sans solution. Porté par Naomi Watts, le film fascine par sa logique onirique : tout semble signifier, rien ne se fixe. Une expérience de cinéma pur, hypnotique et déstabilisante.

Le Voyage de Chihiro – Hayao Miyazaki (2001)
Miyazaki signe un conte initiatique d’une richesse inépuisable, où une fillette traverse un monde d’esprits, de bains publics et de métamorphoses. Le Voyage de Chihiro épouse l’émerveillement sans renoncer à la mélancolie : critique du consumérisme, célébration du vivant, apprentissage de la peur et du courage. Chaque plan déborde d’invention, chaque créature raconte une légende. Un chef-d’œuvre universel de l’animation, à la fois populaire et profondément mystérieux.

Millenium Mambo – Hou Hsiao-hsien (2001)
Hou Hsiao-hsien capture la dérive d’une jeunesse taïwanaise comme un souvenir en apesanteur. Voix off, néons, silences : Millennium Mambo épouse le flux des nuits, l’amour toxique, l’ennui chic, la fuite en avant. Shu Qi traverse le film comme un fantôme lumineux, entre clubs et chambres, entre désir d’ailleurs et impasse intime. Une mise en scène hypnotique, faite de plans qui respirent, et d’une mélancolie moderne qui colle à la peau.

La Famille Tenenbaum – Wes Anderson (2001)
Chez Wes Anderson, la tristesse se cache derrière des façades symétriques et des couleurs pop. La Famille Tenenbaum raconte une dynastie d’enfants prodiges devenus adultes cabossés, réunis par un père mythomane en quête de rédemption. Sous l’humour « deadpan », le film touche juste : blessures d’enfance, ratages, tendresse maladroite. Casting royal, bande-son impeccable, composition au millimètre : une comédie douce-amère, aussi précise que bouleversante.

Parle avec elle – Pedro Almodóvar (2002)
Almodóvar signe un mélodrame étrange et lumineux, où deux hommes veillent des femmes plongées dans le coma. Parle avec elle explore la solitude, le désir, la projection amoureuse, avec une élégance romanesque qui évite le cynisme. Le cinéaste mêle danse, cinéma dans le cinéma, références hitchcockiennes, humour discret et douleur sourde, jusqu’à frôler l’inconfort moral. Un film d’une audace rare, tendre et trouble, qui interroge la compassion autant que l’obsession.

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Memories of Murder – Bong Joon-Ho (2003)
Bien avant Parasite, Bong Joon-ho dynamitait déjà le cinéma, en commençant par le polar : Memories of Murder part d’une enquête sur un tueur en série dans la Corée rurale des années 80, et glisse vers la chronique d’un pays étouffé. Humour noir, violence brute, absurdité policière : tout cohabite, sans jamais dissiper l’angoisse. Le film fascine par sa mise en scène fluide et son final glaçant, qui renverse le regard du spectateur. Un classique, inquiet et politique.

Kill Bill Volume 1 – Quentin Tarantino (2003)
Tarantino compose une symphonie de vengeance en grand format, mélangeant chanbara, kung-fu, western et pulp avec une jubilation de cinéphile. Kill Bill Vol. 1 est un festival de styles : couleurs tranchées, animation, chorégraphies virtuoses, iconographie pop. Uma Thurman incarne une héroïne mythologique, à la fois furie et victime, avançant de chapitre en chapitre comme dans une bande dessinée sanglante. Un film-samouraï sous adrénaline, spectaculaire et impeccablement monté.

A History of violence – David Cronenberg (2005)
Sous les dehors d’un thriller sec, Cronenberg signe une dissection de l’identité américaine. A History of Violence raconte la fracture d’un homme ordinaire rattrapé par un passé qu’il nie, et révèle la violence comme langage intime, familial, national. Mise en scène froide, éclats brutaux, sexualité sans fard : tout vise juste. Viggo Mortensen est parfait en figure double, à la fois père modèle et prédateur. Un film compact, moralement dérangeant, où l’Amérique se regarde enfin sans filtre.

Les Fils de l’Homme – Alfonso Cuaron (2006)
Cuarón imagine un futur (très, très) proche où l’humanité, stérile, s’effondre dans le chaos politique et la xénophobie. Les Fils de l’Homme frappe par sa puissance physique : plans-séquences vertigineux, réalisme sale, tension permanente. Mais derrière le spectacle, le film porte une idée simple et bouleversante : l’espoir renaît dans un corps, une naissance, un geste de protection. Clive Owen traverse ce monde en ruines comme un anti-héros fatigué. Un film prophétique, viscéral, immense.

There Will Be Blood – Paul Thomas Anderson (2007)
Paul Thomas Anderson filme la naissance monstrueuse du capitalisme à travers Daniel Plainview, prospecteur devenu magnat du pétrole. There Will Be Blood est une épopée noire : paysages comme des plaies ouvertes, musique dissonante, dialogues coupants. Daniel Day-Lewis y livre une performance titanesque, entre mégalomanie, solitude et rage métaphysique. Le duel avec la religion, incarnée par Paul Dano, transforme l’histoire en tragédie biblique. Un film-séisme, d’une cruauté somptueuse, qui laisse un goût de cendre.

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No Country for Old Men – Ethan et Joel Coen (2007)
Les frères Coen épurent le thriller jusqu’à l’os : une valise d’argent, un chasseur, un tueur, et le Texas comme désert moral. No Country for Old Men fascine par sa sécheresse, son humour noir minimal et sa tension quasi silencieuse. Javier Bardem invente un monstre froid, inoubliable, tandis que Tommy Lee Jones incarne la fatigue d’un monde qui lui échappe. Le film refuse le confort du récit classique, et laisse le spectateur face au hasard et à la mort. Magistral.

L’Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford – Andrew Dominik (2007)
Dominik transforme le western en élégie crépusculaire, où la légende se décompose plan par plan. L’Assassinat de Jesse James… observe l’idolâtrie, la jalousie, le besoin de reconnaissance, jusqu’à l’acte fatal. Photographie somptueuse de Roger Deakins, narration mélancolique, rythme hypnotique : tout concourt à l’impression d’un mythe filmé alors qu’il est en train de mourir. Brad Pitt est un Jesse James spectral, Casey Affleck un Robert Ford fragile et malsain. Un chef-d’œuvre de lenteur habitée, d’une beauté hantée.

The Social Network – David Fincher (2010)
Fincher raconte la naissance de Facebook comme un drame de l’ego et de la trahison, bien plus qu’un biopic tech. The Social Network avance à la vitesse du dialogue : scénario acéré d’Aaron Sorkin, montage nerveux, musique anxiogène de Reznor/Ross. Jesse Eisenberg incarne un Mark Zuckerberg brillant et glacé, entouré d’amitiés fragiles, de procès et de rancœurs. Le film capte une époque où la connexion fabrique la solitude, et où le pouvoir se gagne en humiliant l’autre. D’une précision clinique.

Une Séparation – Asghar Farhadi (2011)
Farhadi orchestre un drame moral d’une précision implacable : un couple se déchire, une aide ménagère est engagée, un incident survient, et tout le monde ment un peu pour survivre. Une Séparation fascine par son réalisme, sa tension croissante, et son refus du manichéisme. Chaque personnage a ses raisons, ses limites, sa dignité. À travers une affaire domestique, le film révèle les fractures sociales, religieuses, et l’impossible vérité. Un thriller intime sans arme, mais avec des conséquences dévastatrices.

Take Shelter – Jeff Nichols (2011)
Jeff Nichols filme l’apocalypse comme une maladie intime : un homme est hanté par des visions de tempête, et construit un abri au risque de tout perdre. Take Shelter tient sur une ambiguïté fascinante : prophétie ou paranoïa ? Michael Shannon, monumental, incarne la peur qui ronge, tandis que Jessica Chastain apporte une humanité ferme, sans pathos. Nichols transforme le quotidien en cauchemar sourd, et fait monter la tension comme un ciel qui noircit. Un film sur la famille, la folie, et la fragilité du réel.

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Le Loup de Wall Street – Martin Scorsese (2013)
Scorsese retrouve la frénésie de ses grandes fresques, et plonge dans l’ivresse obscène du capitalisme débridé. Le Loup de Wall Street est un carnaval de l’excès : argent facile, drogue, misogynie, manipulation, le tout filmé comme une comédie noire euphorisante. DiCaprio y est au sommet, bateleur génial et escroc sans remords. Le film dérange autant qu’il amuse, précisément parce qu’il montre la séduction du poison. Trois heures d’orgie morale, où la société applaudit son propre effondrement.

The Grand Budapest Hotel – Wes Anderson (2014)
Wes Anderson pousse son art du récit miniature à son sommet : un hôtel comme maison de poupée, une Europe inventée, et un concierge chevaleresque au milieu du chaos. The Grand Budapest Hotel enchante par son rythme, ses cadres millimétrés, son humour pince-sans-rire, mais laisse aussi filtrer une mélancolie historique : la beauté menacée par la brutalité du siècle. Ralph Fiennes, irrésistible, donne au film son cœur. Sous la fantaisie, une élégie sur la disparition d’un monde, virtuose et tendre.

Burning – Lee Chang-Dong (2018)
Lee Chang-dong signe un thriller existentiel où tout brûle lentement : désir, classe sociale, frustration, menace. Burning suit un jeune homme hanté par une femme insaisissable et un autre homme, riche et mystérieux, dans un récit qui refuse les certitudes. Le film fascine par son atmosphère, son sens du hors-champ, et sa montée en tension presque imperceptible. Chaque scène semble anodine, puis se charge de malaise. À la croisée de Murakami et du cinéma social coréen, une énigme hypnotique, et un portrait cruel de l’invisible violence.

Parasite – Bong Joon-Ho (2019)
Bong Joon-ho transforme une comédie sociale en machine narrative diabolique. Parasite raconte l’infiltration d’une famille pauvre chez des riches naïfs, jusqu’à l’explosion des rapports de classe. Mise en scène virtuose, humour noir, suspense : le film change de ton sans jamais perdre sa précision. Chaque espace (sous-sol, escaliers, baies vitrées) devient symbole, chaque gag cache une cruauté. Palme d’or à Cannes, Oscars aux USA, phénomène mondial, Parasite frappe par sa lucidité : dans une société verticale, la chute est toujours collective.

Once Upon a Time… In Hollywood – Quentin Tarantino (2019)
Tarantino recompose le Hollywood de 1969 comme un rêve doré, plein de radios, de voitures, de plateaux et de nostalgie pop. Once Upon a Time… est un film sur la fin d’une époque, vu à travers un acteur sur le déclin et sa doublure, duo tendre et mélancolique (DiCaprio/Pitt, parfaits). Derrière la flânerie, Tarantino prépare son geste préféré : réécrire l’histoire au cinéma, offrir une revanche imaginaire. Un film-somme, doux et violent, où la fiction panse les plaies du réel.

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Les choses qu’on dit, les choses qu’on fait – Emmanuel Mouret (2020)
Mouret renouvelle le marivaudage en l’ancrant dans la fragilité contemporaine : paroles qui débordent, désirs contradictoires, récits enchâssés. Les choses qu’on dit, les choses qu’on fait brille par son écriture, sa légèreté trompeuse et sa justesse émotionnelle. Ici, l’amour n’est jamais une thèse, mais une expérience confuse, parfois comique, souvent douloureuse. La mise en scène, discrète, laisse les acteurs respirer, et les sentiments se révéler par petites fractures. Un grand film romantique français, intelligent sans être froid.

Drive My Car – Ryusuke Hamaguchi (2021)
Hamaguchi adapte plusieurs nouvelles de Murakami en filmant le deuil comme un trajet sans fin. Un metteur en scène endeuillé répète Oncle Vania tout en traversant la ville dans une Saab rouge conduite par une jeune femme taciturne : les silences parlent autant que les mots. Drive My Car avance avec une grâce hypnotique, mêlant théâtre et vie, confession et retenue. Le film touche par sa douceur, sa patience, et sa capacité à laisser le chagrin se transformer en écoute. Un drame ample, apaisant et bouleversant.

Julie en 12 chapitres – Joachim Trier (2021)
Joachim Trier signe le portrait vif et mélancolique d’une trentenaire qui cherche sa place, change de voie, aime, fuit, recommence. Julie en 12 chapitres capte l’air du temps sans cynisme : incertitudes affectives, pression sociale, désir d’être soi. Renate Reinsve y est éclatante de nuance, tour à tour drôle, lumineuse, perdue. Le film joue avec la narration (chapitres, digressions, parenthèses) pour mieux saisir l’instabilité de l’époque. Une comédie dramatique moderne, fine et profondément humaine.

Licorice Pizza – Paul Thomas Anderson (2021)
PTA filme la Californie des années 70 comme un terrain de jeu doux-amer, où une idylle improbable se construit par élans et maladresses. Licorice Pizza brille par sa liberté de ton : anecdotes, rencontres absurdes, énergie adolescente, et nostalgie sans filtre vintage. Alana Haim et Cooper Hoffman forment un duo attachant, toujours en déséquilibre, jamais tout à fait « romantique” au sens classique. Anderson préfère le mouvement au message : un film de sensations, de rues et de courses, qui capture l’instant avant qu’il ne se fige.

La Zone d’intérêt – Jonathan Glazer (2023)
Glazer filme Auschwitz sans le montrer frontalement : une famille nazie vit à côté du camp, jardin impeccable, quotidien ordinaire, et la mort en bruit de fond. La Zone d’intérêt est une expérience glaçante, fondée sur le hors-champ et le son, qui matérialisent l’horreur comme une présence permanente. Le film interroge la banalité du mal avec une froideur radicale : comment vivre “normalement” au bord de l’abîme ? Une œuvre austère, essentielle, qui déplace le regard et laisse le spectateur sans échappatoire.

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