Il est assez surprenant de voir dans la seconde saison de la série « de prestige » de chez Amazon, Cross, des références directes à l’actualité US, et cela augmente clairement son intérêt. Ce qui ne veut pas dire que tout soit parfait !

La situation politique actuelle de US affecte tellement notre environnement, politique et économique, qu’elle va même jusqu’à contaminer la manière dont nous regardons et apprécions les « produits culturels » états-uniens, et évidemment en premier lieu les films et les séries TV : les dérives qui nous sont rapportées tous les jours dans le comportement des policiers et des agents du FBI « de la vraie vie » pollue littéralement la fiction, et rend désormais peu crédibles le spectacle (habituel dans le divertissement) d’hommes et de femmes de loi faisant leur métier avec honnêteté, rigueur et indépendance. En résumé, certaines séries TV « standard » sont juste « irregardables » en ce moment.

On ne sait pas si c’est ce constat – que la réalité US dépasse tellement la fiction qu’elle la vide de sa pertinence et de sa crédibilité – qui a convaincu la maison Amazon (dont le Big Boss est pourtant bien introduit dans le système politique corrompu mis en place) de ne pas faire l’autruche, et de nous offrir une seconde saison de leur série « de prestige », Cross, qui ne soit pas tirée d’un livre de James Patterson, mais bien inspirée (de manière indirecte, mais évidente) de certains des sujets actuels qui préoccupent le monde. En tout cas, quelle que soit la raison de cette décision, ça fonctionne !
Lance Durand, le milliardaire qui a fait fortune dans un agro-business pollueur et décuplé par l’intégration de technologies avancées, est menacé de mort, et c’est au brillant Alex Cross qu’on fait appel, en collaboration avec le FBI, pour le protéger. Mais ce que Cross va découvrir sur Durand va le faire douter de l’utilité de son rôle, et lui rendre même sympathiques ceux qui s’attaquent au milliardaire… Un sujet pour le moins osé, qu’on peut – à la limite, mais quand même… – voir comme une légitimation de la résistance aux ordres reçus quand ils ne sont pas moralement acceptables…
Car le Mal, ici, est protéiforme, et adopte les visages que l’on voit chaque jour aux « actualités ». Durand est un Elon Musk crédible, avec toute l’arrogance inhumaine du personnage, mais qui tremperait en outre dans des trafics inavouables (sexuels, en particulier, le clin d’œil à l’affaire Epstein étant évident dans le premier épisode, et également d’enfants pour des motifs « économiques »). Dans cette saison, le FBI est profondément corrompu, la police locale voit ses pouvoirs limités pour des motifs politiques, et les victimes des toutes ces « magouilles » sont avant tout des immigrés clandestins venus du Mexique ou d’Amérique Centrale. Bref, « welcome to the MAGA United States of America » !
Cette seconde saison, comme la première avec le personnage formidable d’Ed Ramsay, fonctionne avant tout grâce à ses personnages secondaires passionnants, tels Durand (Matthew Lillard, haïssable à souhait), mais surtout Rebecca (Jeanine Mason), la passionaria vengeresse. Notre bonheur serait complet, si Ben Watkins et ses scénaristes n’avaient pas eu la main lourde sur le versant sentimental de la saison : entre la rupture de Cross avec la nouvelle femme de sa vie, son affaire peu crédible (ah, la scène du bal country, ridicule !) avec sa collègue, et surtout le coup de foudre instantané entre Rebecca et son « disciple » qui plonge un moment la série dans le grand n’importe quoi, ce sont les peines de cœur improbables qui tirent cette seconde saison vers le bas, malheureusement.
Quant à la conclusion, elle autorise la série à en rester là, même si un « rebond » est toujours possible dans le monde merveilleux des plateformes de streaming.
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Eric Debarnot
