« Zones à défendre » de Bénédicte Dupré la Tour : des visions du monde et des luttes

Clémence a la trentaine et travaille pour une grande entreprise dans la gestion des déchets. Une importante entreprise qui fait du chiffre et qui va l’amener à se rendre dans le coin où elle a grandi et dans lequel vit encore sa mère. Le retour dans son village ne va pas se passer dans les meilleures conditions tout comme les retrouvailles avec ses proches, et la romancière développe avec justesse la rencontre entre ces deux mondes.

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© Celine-Nieszawer

Ce personnage principal se retrouve pris dans un dilemme avec d’un côté un projet d’enfouissement des déchets à mener et de l’autre une mère qui habite Saint Romain le village en question et qui n’est pas favorable à ce projet. Commence alors pour la jeune femme de nombreuses galères et le retour dans son village natal ne va pas se passer comme prévu. Elle se heurte à la communauté du village de Saint Romain et la fronde est en partie menée par sa mère et son frère. Ajoutez à cela des difficultés familiales qui ressortent, notamment lorsqu’elle retrouve sa mère qui défend des thèses complotistes depuis le COVID 19, et son frère qui se dit anarchiste et surtout qui rejette la vie qu’a choisi sa soeur.

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C’est autour de ces trois personnages que Bénédicte Dupré la Tour développe des thèmes actuelles, du complotisme au sens que l’on donne à son emploi aujourd’hui en passant par la question des déchets (et les non-sens qui en découlent), la plume précise et teintée d’humour noir de l’autrice fait mouche. Clémence est tiraillée, car elle réalise que son entreprise (même si elle s’en doutait) est d’une rare hypocrisie pour défendre ses projets et ses intérêts. La tension est bien présente tout au long du roman avec le centre de stockage des déchets qui soit voir le jour, mais qui rencontre pas mal d’obstacles à commencer par les habitants du coin qui ont chacun leurs raisons. Clémence pensait retrouver les terres de son enfance mais représente malgré elle et pour beaucoup une image de technocrate déconnecter des réalités.

On apprend au fil des interviews de Bénédicte Dupré la Tour que l’idée du roman a germé lors d’un trajet en covoiturage et que derrière l’agacement à l’écoute des discours complotistes dans la voiture, l’autrice s’est rendue compte qu’elle tenait une matière narrative. Zones à défendre découle de ce voyage et permet aux différents discours de la société actuelle de se confronter entre eux. Les péripéties vécues par Clémence à travers son projet permettent la confrontation de ces points de vue et de ces discours.

L’autrice apporte aussi de la nuance sur la situation qui à priori oppose les méchants industriels avec leurs déchets d’un côté et de l’autre une communauté qui subirait le projet dans le village. Elle restitue une réalité bien plus complexe et fine à travers cette famille au coeur du livre. Une mère, une trentenaire et son frère qui vont être amenés à se côtoyer à nouveau et à faire ressurgir des souvenirs familiaux. C’est malin et plein de dérision et l’écriture de la romancière fonctionne toujours tout comme dans son premier roman qui avait déjà été une très belle découverte en 2024 (Terres promises, une singulière conquête de l’ouest, épique au possible et à découvrir sans hésiter).

Sébastien Paley

Zones à défendre
Roman de Bénédicte Dupré la Tour
Éditeur : Flammarion
352 pages – 21,50 euros
Date de parution : 19 août 2026

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