Notre amour de la BD franco-belge : 6. Barbe-Rouge : Les révoltés de l’Océane

Sixième chapitre de notre rétrospective en 50 personnages de la BD franco-belge : fin 1958, le revue Pilote révolutionne la presse jeunesse, ringardisant les vieux hebdomadaires Spirou et Tintin, avec des héros plus adultes (Barbe-Rouge) et un ton plus ironique (Astérix)…

Barbe Rouge image
© Charlier / Hubinon / Le Lombard

Je dois à Barbe-Rouge ma première vocation, celle de la piraterie. J’avais 10 ans quand je suis tombé amoureux du Faucon Noir. Je voulais ruser, tromper, duper… J’aspirais à naviguer, piller et ridiculiser les lourds galions espagnols. Les hidalgos poursuivaient une barque vide et son fanal lumineux, alors que je m’échappais avec Barbe-Rouge dans la pénombre… Combien de nuits n’ai-je passé en compagnie d’Éric et de ses camarades Baba et Triple-Patte ?

Barbe Rouge couvertureJ’aimais la mer, les embruns et plonger dans les vagues. J’étais épargné par le mal de mer en voiture, je m’estimais fin prêt à rejoindre le Démon des Caraïbes. Si seulement papa acceptait de me laisser m’engager dans la piraterie ! Non seulement il a refusé, mais, malin, il m’a offert un album de Buck Danny. J’ai oublié la mer et la flibuste et me suis destiné à l’aviation, une passion à ses yeux plus honorable.

Orphelin, le très jeune Éric a été recueilli par Barbe-Rouge. Attendri, le plus redouté des pirates l’a confié, sous un nom d’emprunt, aux meilleurs précepteurs. Éric sera désormais tenaillé entre son respect pour son père adoptif et sa soif de justice.

Barbe-Rouge nait de la plume prolifique de Jean-Michel Charlier. Charlier est le plus grand de nos feuilletonistes, l’Alexandre Dumas des Trente Glorieuses. Qui mieux que lui peut, en seulement 48 pages, jeter, injustement, Éric aux fers sur une galère du roi pour les beaux yeux d’une scélérate, puis le lancer à la chasse d’un barbaresque, lui faire prendre le contrôle de la galère, couler le mahométan, échapper à la flotte du Sultan, débarquer en Crète, traverser l’île, dérober une felouque, détruire un dromon, dévoiler les projets du Grand Turc, échapper à une mutinerie et l’envoyer prévenir le roi Louis du danger ottoman…? Le tout avec aisance et, surtout, crédibilité. Par de discrètes notes de bas de page et des schémas, le toujours pédagogue Charlier ne se lasse pas de tenter de nous instruire.

Une histoire, fusse-elle excellente, ne suffit pas à vous transporter. Elle exige un média, ici un dessin confié à Victor Hubinon. Son trait est précis et classique, quelques aplats de couleurs vives, des jeux d’ombres et vous voilà pris. Il ne recule pas devant les scènes, toujours complexes à traduire, de mêlées générales. Deux traits de plume lui suffisent pour rendre l’œil de Baba roublard, le regard de Triple Pattes sagace et pour que Barbe Rouge impose son autorité ! Sans surprise, les traitres sont veules, les espionnes fatales et les hobereaux orgueilleux. Nous sommes encore dans les années 60.

J’y retourne, la mer et l’aventure m’appellent : « Souquez ferme moussaillons ! »

Stéphane de Boysson

Barbe-Rouge, tome 6, Les révoltés de l’Océane
Scénario : Jean-Michel Charlier
Dessins : Victor Hubinon
Éditeur : Editions Le Lombard / La Collection Pilote
48 pages
Année de parution : 1963

Barbe-Rouge : Les révoltés de l’Océane – extrait :

Barbe Rouge extrait
© Charlier / Hubinon / Le Lombard

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