The Keening – devotion : une œuvre déclinée en plusieurs chapitres

The Keening poursuit son exploration d’un folk sombre et orchestral. Porté par la voix de Rebecca Vernon, le piano et des arrangements de chambre, l’album transforme le deuil et la mélancolie en une œuvre envoûtante.

TheKeening Veil Photo credit Angela H. Brown
© Angela H. Brown

Dans l’intuition de l’instant, le rêve permet de retrouver une place nécessaire dans laquelle rien ne pourrait être fécondé autrement que par la voie de l’imaginaire. Il en eût été autrement s’il n’y avait pas de périls intérieurs, hors dans ce monde, il est difficile de s’extraire du réel tant celui-ci est imbriqué dans un déclin inévitable. Il revient donc à nous de savoir regarder car nous n’avons pas encore saisi ce qui nous entoure. L’authenticité d’un artiste se perçoit généralement dans son engagement pour l’art.

DevotionThe Keening, projet de Rebecca Vernon (Subrosa, Violet Run) confère à l’obstination d’une poète de la nature, réconciliant textes et musique, la partition d’une portion du temps qui est de l’ordre d’une centaine de nos années humaines. L’album Devotion ne s’est pas fait sans douleurs, le processus de création s’est fait en deux endroits distincts. Isolée momentanément dans l’Idaho durant les premières sessions de compositions, l’album a pris forme dans un autre lieu, avec l’appui de personnes très chères à Rebecca, un soutien essentiel pour l’aboutissement dudit album dédié à son père. La production a été confiée à Billy Anderson ( Red House Painters, Melvins, Sleep…) avec l’assistance et les conseils pour les arrangements de Nathan Carson ( Witch Mountain, Yob).

La musique de The Keening est la symbolique d’un morphisme sonore où chaque accord extensible devient le chaînon du suivant. Si la nature réclame l’absence de spectateur, Rebecca entre dans un sanctuaire dont la symbolique se retrouvait dans Little Bird sorti en 2023, qui instaurait un canevas baroque parsemé de cordes chatoyantes, un marqueur du registre de l’artiste américaine.

Un continent de ténèbres solides, de glace obscure, une nuit épaisse qui filtre les clameurs du monde, un cheminement qui redéfinit les multiples expressions musicales de l’artiste. La pochette fait écho au précédent album, en ce sens, Devotion I Golden Thread constitue une suite logique à l’effort de recherche cathartique que le single Hell Is A Mirror sorti en 2025 préfigurait.

Cette approche de dessaisissement du monde n’est pas une mince affaire. En élargissant les perspectives, The Keening échafaude au travers de la prédominance du piano et du chant, un folk progressif (Devotion II Fitful Sleep), constitué d’instrumentations comparables à un orchestre de chambre dont les parois ont été élargies pour accueillir un grand orgue sur Time Travel dans lequel le chant s’enrichit d’harmonies vocales sublimes. Avec The Murder of Anna Brown, on entre dans un sanctuaire aux inflexions doom. Comment ne pas s’émouvoir de ces motifs émotifs ? Devotion IV -O Mother est une chansons empreinte de noirceur et d’une épaisseur cotonneuse, dans un brouillard sonore, on s’accroche aux accords du piano qui emmitoufle les autres instruments. Cette approche orchestrale renforce la mélancolie qui flotte à la surface de tout l’album.

Forcément, on aime à rembobiner le film que créée Devotion.

Franck Irle

The Keening – Devotion
Label : Relapse records
Date de parution : le 8 octobre 2026

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