L’Envers d’une photo est un véritable polar photographique qui met en scène les journalistes et, en filigrane, les insurgés hongrois de 1956, tous témoins d’événements qui ont façonné notre monde. Mais cette enquête trop minutieuse finit par lasser.

J’avoue un penchant coupable pour les photos qui ont une histoire derrière elles.
Alors quand Phil Casoar (alias Philippe Guesdon), un journaliste très engagé politiquement, et Eszter Balázs une historienne hongroise, sont partis à la recherche des héros de Budapest (la photo de la couverture) pour questionner L’envers d’une photo, je ne pouvais que les suivre.
Ils avaient déjà publié un premier livre en 2006, Les Héros de Budapest, qui donnait enfin le nom de Jutka, l’insurgée blessée au visage. Mais le garçon à ses côtés demeurait toujours inconnu. Vingt ans plus tard, les deux auteurs sont enfin parvenus à mettre un nom sur le visage du jeune homme, celui avec cette « belle petite gueule de James Dean magyar » et ils nous livrent aujourd’hui une version enrichie de leur enquête : non seulement la photo avait une histoire mais le livre également !
Sachez aussi que cette photo de légende est même affichée au mur dans le décor d’un film de Jean-Luc Godard (Petit soldat) !
La photo (celle de la couverture du livre) de ces deux insurgés de la Révolution Hongroise de 1956 avait été publiée le 10 novembre dans Paris Match et longtemps attribuée au reporter du magazine, Jean-Pierre Pedrazzini. Devenue mondialement célèbre, la photo donnait un (double) visage à l’insurrection hongroise à la veille d’une répression sanglante : « en 1956, la télévision était encore balbutiante, et le photojournalisme à son apogée ».
Mais qui donc étaient ces deux jeunes gens, « qui était ce couple promu au rang d’icône révolutionnaire ? Ces deux anonymes […] devenus des inconnus célèbres » ? « Ce sont les visages de la Révolution hongroise, voilà ce que c’était. » Et qui était donc ce photographe qui avait réussi à saisir dans sa boîte ce moment privilégié où « ce matin du 30 octobre 1956, le jour où la photo de Match a été prise, les combattants de la liberté étaient convaincus d’avoir remporté la victoire. C’est ce qui explique cette étincelle dans le regard de nos deux jeunes insurgés ».
La recherche des deux jeunes gens de la photo de Paris Match (et du photographe) est un véritable polar avec des fausses pistes, des témoins, des rebondissements, du suspense (soigneusement entretenu par les auteurs) et même quelques morts car le temps a passé hélas, depuis 1956 : dès les premières pages le lecteur est captivé et suit pas à pas les progrès, souvent difficiles, des deux enquêteurs.
Mais dans un louable souci de véracité, de précision et d’exhaustivité, nos deux historiens laissent leur enquête de près de 500 pages, véritable « travail de fourmi dans les archives » de plusieurs pays, de la Suisse à l’Australie, se perdre et s’enliser dans beaucoup trop de détails qui vont bientôt ennuyer certains lecteurs. Comme si Phil Casoar et Eszter Balázs n’avaient pas voulu tirer de leur ouvrage historique la matière romanesque d’un livre grand public. Alors laissons leur le mot de la fin :
« Au cours des six années passées à rassembler les pièces de ce puzzle, nous avons appris à quel point il est difficile d’enquêter sur la vie des humbles et des anonymes qui font l’Histoire. »
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Bruno Ménétrier
L’envers d’une photo
Roman de Phil Casoar & Eszter Balázs
Éditeur : La Table Ronde
480 pages – 23 €
Date de parution : 17 septembre 2026

