Une sélection de 12 romans pour l’année 2021

Nos romans favoris pour 2020 sont signés Pierric Bailly, Patrick Modiano, Maud Ventura, Richard Powers, Corinne Royer, Leonardo Padura, Sorj Chalandon, Santiago Amigorena, Sandor Marai, Ahmed Tiab, Claude Donnay, Marin de Viry.

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Encore une année riche en romans de fiction et non-fiction mais aussi en essais remarquables. Parmi les milliers de récits littéraires sortis à la rentrée de janvier et de septembre, voici 12 livres et un essai qui ont retenu notre attention pour cette année 2021.

Le roman de Jim – Pierric Bailly (P.O.L)

Le roman de Jim - Pierric BaillyPierric Bailly tisse le portrait d’un homme malmené par la vie et qui malgré les coups du sort tente de faire face dignement. Dans un style fluide et très “cinématographique” – pourrait-on dire en imaginant très bien voir un jour le roman adapté à l’écran –, l’auteur nous emmène dans ce Haut-Jura au climat austère et aux paysages beaux et sauvages pour un roman pétri d’humanité, qui ne verse jamais dans le pathos ni le misérabilisme malgré les situations humainement compliquées vécues par les uns et les autres, avec une dernière partie émotionnellement intense. Un livre qui ne vous lâchera pas, même longtemps après l’avoir refermé. (critique complète)

Chevreuse –  Patrick Modiano (Gallimard)

chevreusePour son 30e roman, Chevreuse, Patrick Modiano nous guide sur les traces de son personnage Jean Bosmans qui se souvient d’hommes louches qu’il aurait croisés étant enfant et plus tard quand il était jeune adulte. On en ressort totalement envoûté par cet univers sans égal, nourri par la mémoire et les fantasmes de l’auteur, on reste pris par cette ambiance de polar, par cette douceur dans l’écriture, mais aussi cette intranquillité qui caractérise si bien les livres de Modiano. On reste aussi admiratif  devant autant de simplicité et de complexité, de rêve et de réalité entremêlés.  (critique complète)

Mon mari –  Maud Ventura (L’iconoclaste)

mon-mari-couvCe premier roman de Maud Ventura, nous plonge dans la tête d’une mère de famille, professeure d’anglais et traductrice, amoureuse, très amoureuse de son mari, on peut dire que même “amoureuse de l’amour” comme il est dit à un moment dans le livre. la jeune écrivaine y dresse un portrait aux petits oignons d’une Bree Van de Kam – pour ceux qui se souviennent de la série Desperate Housewives – dépeignant un tableau coloré et assez réjouissant avec au centre cette femme qui, au fil des pages, va devenir finalement bien plus inquiétante qu’elle n’y paraissait de prime abord.  Un récit par moment pétillant, et à d’autres assez effrayant,  totalement réaliste par certains aspects, ce qui le rend d’autant plus attrayant. (critique complète)

Sidérations – Richard Powers (Actes Sud)

siderations-couvLe dernier roman de l’auteur de l’Arbre-Monde dénonce le désastre planétaire et relie infiniment petit et infiniment grand dans un vertige cosmique, les pieds ancrés magistralement dans la relation émouvante entre un père et son fils, avec un dénouement tel une sidération ultime pour le lecteur. Ce dernier n’étant pas seulement témoin de leur histoire, le ton du récit déroulé par Théo lui faisant ressentir leur cocon de tendresse et de complicité poétique dès les premières instants. On ne saura peut-être pas si d’autres formes de vie existent dans la Voie lactée, mais les vies terrestres de Théo et Robbie nous permettront de comprendre qu’ici, c’est bel et bien le cœur qui est au centre de l’univers. (critique complète)

Pleine terre –  Corinne Royer (Actes Sud)

Pleine Terre - Corinne RoyerLa romancière Corinne Royer s’est inspirée de l’affaire Jérôme Laronze, un agriculteur en cavale suite à des contrôles administratifs, mort en 2017 de trois balles tirées par les gendarmes. Elle construit autour des faits essentiels une histoire poignante, tout en décrivant un malaise paysan effarant, qui interroge la place de l’agriculture dans notre société. Un roman à la silhouette documentaire, à la portée interrogative sur notre société. Mais Pleine terre est surtout un texte ciselé et poignant, qui au final s’élève au dessus des questions de vérité ou de fiction, comme un emblème du malaise paysan ancré dans un fait divers tragique. (critique complète)

Poussière dans le vent – Leonardo Padura (Metailié)

Poussière dans le vent de Léonardo PaduraLe romancier cubain Leonardo Padura délaisse son enquêteur fétiche pour un roman émouvant sur le déracinement d’amis cubains, exilés pour la plupart et habités par deux événements traumatisants de leur jeunesse passée à La Havane. C’est une simple photo sur un fil de Facebook qui déploiera ce roman fleuve charpenté autour de deux mystères et une résolution addictive, au déroulé tentaculaire et hypnotique, avec en toile de fond l’amitié sous condition d’exil, et l’histoire contemporaine de Cuba, ce pays d’où les gens se barrent même par les fenêtres. L’auteur de L’homme sui aimait les chiens signe là un roman passionnant. (critique complète)

Enfant de Salaud – Sorj Chalandon (Grasset)

"Enfant de salaud" de Sorj Chalandon“Un jour, grand-père m’a dit que j’étais un enfant de salaud.” Oui, ton père était un salaud mais cette saloperie t’éclabousse. Le grand-père de Sorj Chalandon ne dit pas tant que le père était un salaud mais que étend la saloperie au fils. Quelle violence ! Pas étonnant que Sorj Chalandon cherche à savoir. Et nous raconte cette enquête. Sans pathos, ni froideur, avec distance, presque détachement, dans un style plutôt sobre et simple. Pour découvrir qu’en guise de salaud, son père était plutôt une anguille, un pauvre type. Une autre forme de salaud que celui auquel on aurait pu penser. (critique complète)

Le premier exil – Santiago Amigorena (P.O.L)

premier-exilAprès Le Ghetto intérieur, Santiago Amigorena continue de raconter l’histoire de sa famille, son histoire. Quand l’histoire personnelle se mêle à la grande histoire. Ici, c’est l’enfance, quelques années après ses 6 ans, des années tourmentées vécues sur un continent en pleine tourmente—des années de fièvre et de sang. Comment entrer dans la vie dans ces conditions? Peut-on être un enfant, un pré-adolescent? Comment être au monde? Comment parler au monde, parler du monde…

Sandor Marai – Journal: Les années d’exil, 1949-1967 (Albin Michel)

sandor-maraiUn journal qui se lit d’une traite! Un journal dont on peut faire son livre de chevet.  Un journal qui se lit comme un roman et comme un livre d’histoire, et même comme un essai. Sandor Marai écrit pour lui comme il écrit pour les autres (ou peut-être écrivit-il son journal aussi pour les autres). C’est parfaitement écrit, beau, irrésistible,  passionnant, haletant, captivant.  Sandor Marai est un écrivain qui mérite tous ces qualificatifs (et bien d’autres). Des qualificatifs qui s’appliquent aussi à ce texte.

Vingt stations – Ahmed Tiab (Editions de l’Aube)

Vingt stations – Ahmed TiabDans une ville d’Algérie, un citoyen hagard monte dans le tram et parcourt les vingt stations de la ligne en revivant sa vie et tous les malheurs qui l’ont affecté lui et son pays. C’est toute l’histoire tragique de l’Algérie contemporaine qui s’enroule comme une rapsodie autour des voies du tramway pour revenir à son point de départ et y retrouver les mêmes questions. Un texte magnifique qui dresse un réquisitoire sans concession pour dénoncer tous ceux qui ont fait de ce pays de cocagne un bagne au service d’un pouvoir dictatorial.

L’heure des olives – Claude Donnay (M.E.O.)

L’heure des olivesNathan simule un burn out pour quitter son job et retrouver sa liberté, sa femme est en train de le quitter, il se sent un peu coupable. Il ne veut plus de cette vie avec une belle famille qui ne connait que deux préoccupations le pouvoir et l’argent. Il rencontre Alex, ou Alexandra, il lui ment, elle lui ment, elle ne lui a pas dit qu’elle est éditrice, il lui a fait croire qu’il avait écrit un roman, pour éviter de perdre la face, il vole le manuscrit écrit par son père, c’est un bestseller en puissance… UN livre a plusieurs entrées mais avant tout une grande et belle histoire d’amour.

L’arche de mésalliance – Marin de Viry (Les éditions du Rocher)

L’arche de mésalliance Marius directeur dans une firme proposant des applications liées au développement personnel au niveau international est mis en concurrence avec Priscillia une autre directrice d’origine anglaise. Sa culture traditionnelle française, aristocratique et catholique, s’oppose directement à la culture anglosaxonne et militante féministe de sa collègue et rivale. Leur patron leur propose le même poste présenté sous deux angles différents : il était le gars qui incarnait la France rassurante avec sa culture et ses traditions, elle était l’Empire britannique avec sa force conquérante et son rayonnement culturel international. Un jeu de manipulation devenu banal dans les entreprises. Mais les protagonistes ne marchent pas dans la combine et prennent le jeu à leur compte en inversant les rôles pour embrouiller ceux qui les manipulent. (critique complète)

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La France sous nos yeux – Jérôme Fourquet & Jean-Laurent Cassely (Le Seuil)

La France sous nos yeuxDéjà auteur en 2019 d’un remarquable Archipel français dans lequel il faisait le constat de l’éclatement de notre société, Jérôme Fourquet , directeur du département Opinions de l’Ifop, récidive, cette fois en compagnie du journaliste Jean-Laurent Cassely (Slate et L’Express), avec un ouvrage qui donne le sentiment d’avoir traversé le pays du Nord au Sud et d’Est en Ouest mais également en profondeur, au cœur des différentes strates de la population. Une somme imposante avec une volonté de mettre en lumière ou de révéler des pans de territoire d’un côté, de cultures et des populations de l’autre, que l’on ne soupçonnait pas, ou que l’on ne voyait pas, alors qu’ils sont bien là, sous nos yeux. (critique complète)