Quelque part en Amérique du Sud, le face-à-face entre deux femmes que tout oppose. Pourtant des liens vont se créer entre Nora, la guérillera et Dolorès, sa prisonnière. Portrait de deux femmes avides de liberté, le roman dégage hélas une désagréable impression d’artificialité.

Une otage et sa geôlière. Dans la touffeur de la jungle amazonienne, Dolorès et Nora vont, pendant vingt-deux semaines – trois mille huit cent seize heures – se faire face. Un huis clos entrecoupé de brèves échappées dans l’épaisse forêt tropicale. Une Française blonde et riche, une Équatorienne noire et pauvre : tout en apparence oppose la guérillera et sa prisonnière, le bourreau et sa victime. Pourtant, l’isolement, la promiscuité obligée, l’âpreté de leurs conditions de vie, vont les rapprocher. Après un temps d’observation mutuelle, un lien va se créer entre elles, ténu au départ, et presque à leur corps défendant… Jour après jour, brimades et humiliations coexistent avec l’écoute et la compassion, des bribes d’existence s’échangent, tandis que le théâtre de l’affrontement se déplace peu à peu sur le plateau d’un jeu de dames…
Guérillera est essentiellement un roman à deux voix : celle de la narratrice qui épouse le point de vue de Dolorès, taraudée par la question : « Pourquoi suis-je otage ? » et celle de Nora qui raconte à la première personne le parcours qui l’a conduite à entrer, dès ses quatorze ans, dans la guérilla armée, et son histoire d’amour avec Santiago. Mais le roman ne s’arrête pas là : quinze ans après son enlèvement, Dolorès découvre sur un écran de télévision le visage de son ancienne geôlière, devenue leader du mouvement écologiste équatorien et en passe d’accéder à la vice-présidence du pays. Choisira-t-elle alors de briser sa carrière en rendant public son passé ? Portrait en miroir de deux femmes courageuses et révoltées, avides de liberté, le livre de la romancière suisse Vinciane Moeschler ne me laissera pourtant pas un souvenir impérissable : j’ai trouvé son écriture assez pauvre et l’ensemble – les dialogues surtout – m’a paru bien artificiel.
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Anne Randon
