Une sélection de 10 BDs pour votre été 2026

Comme chaque été, Benzinemag vous propose une sélection de dix bandes dessinées parues ces derniers mois, pour vous accompagner dans un été qui s’annonce chaud — et vous offrir quelques pages rafraichissantes où vous réfugier.

Sélection BD été 2026

Après les épisodes caniculaires qui ont plombé juin et une bonne partie de juillet, difficile de résister à l’appel de la valise, du ventilateur portatif et d’une pile de lectures pour tenir le siège sur la plage ou au frais chez soi. Voici dix albums qui sentent bon les vacances : grand air, fantastique frissonnant, souvenirs d’été et un polar vénéneux au menu — de quoi occuper les heures les plus chaudes sans transpirer davantage.

Karl, de Cyril Bonin (Sarbacane)

Karl – Cyril BoninUn riche banquier meurt dans un accident de voiture aux circonstances troubles : c’est son androïde-majordome qui conduisait. Sa fille Magda, qui ne l’avait pas revu depuis dix ans et préfère les relations humaines aux technologies, hérite de la demeure isolée — et de Karl, laissé à l’abandon dans une housse. Alors qu’une procédure judiciaire s’ouvre pour déterminer si le robot a délibérément provoqué le drame, Magda le rallume et découvre peu à peu, à travers lui, la mémoire de son père disparu.

Cyril Bonin signe un huis clos philosophique délicat, esthétique rétro-futuriste et couleurs pastel à l’appui, qui interroge le deuil, la transmission et la possibilité d’une conscience artificielle sans jamais céder à l’angoisse technophobe habituelle du genre — une science-fiction feutrée et mélancolique, à savourer lentement à l’ombre.

Cheyenne, de Patrick Prugne (Daniel Maghen)

Cheyenne - Patrick PrugnePatrick Prugne repart en terres indiennes avec cette nouvelle saga, dans la lignée d’Iroquois et de Frenchman, qui s’attaque au massacre de Sand Creek, en 1864 — un épisode tragique et bien réel des guerres indiennes. Charlie et George, deux frères métis, tentent de rejoindre leur mère qui vit parmi les Cheyennes du chef Black Kettle, pris entre l’hostilité grandissante des colons et la colère légitime des tribus spoliées de leurs terres.

Prugne s’appuie sur des faits et des personnages réels pour raconter, sans misérabilisme ni grandiloquence, la déferlante des chercheurs d’or et de l’armée sur les plaines de l’Ouest. Ses aquarelles somptueuses donnent à voir la poussière, la lumière et l’immensité de ces territoires — un western habité et documenté, loin des clichés du genre.

Emma et Amir, de Bianca Schaalburg (L’Agrume)

Emma et Amir - Dans l'ombre de la terreur - Bianca SchaalburgÀ Berlin, un attentat frappe le quartier de Neukölln et bouleverse la vie tranquille d’Amir, jeune germano-irakien, soudain soupçonné de complicité après la mort de son ami journaliste dans l’explosion. Sa fuite le jette dans les bras d’Emma, aventurière increvable rencontrée à la piscine municipale, et les voilà tous deux lancés dans une course-poursuite haletante, direction Paris, sur la piste d’un complot d’extrême droite qui instrumentalise la peur du terrorisme.

De piscines historiques en hôtels huppés, de cimetières romantiques en salles de cinéma, Bianca Schaalburg signe un hommage vif aux screwball comedies à la Capra, teinté d’une inquiétude bien contemporaine face à la montée des extrêmes en Europe — un thriller amoureux et politique qui a, justement, des airs de vacances.

Knight Club, d’Arthur de Pins (Dupuis)

Knight Club T1 - Arthur de PinsBienvenue au XIIe siècle, cette époque délicieuse où porter une armure en métal sous un soleil brûlant est à la mode ! Séraphine, forgeronne émérite, arpente les déserts de la Terre sainte à la recherche d’une escouade de guerriers assez téméraires — ou inconscients — pour protéger son village natal des croisés francs qui menacent de revenir tout piller. Après un casting rocambolesque à Jérusalem, elle rassemble sept mercenaires aussi redoutables qu’improbables, aux origines et aux croyances radicalement différentes : hashashin séducteur, rônin mélancolique, walkyrie furieuse, nonne archère nubienne, chevalier français en fin de course.

Librement inspiré des Sept Samouraïs de Kurosawa, Arthur de Pins signe une comédie d’aventure gorgée de couleurs pop et d’humour noir, qui transforme les conflits culturels de sa troupe hétéroclite en satire mordante du fanatisme et de l’intolérance — jubilatoire, à lire un mojito à la main.

Barrio Negro, de José-Louis Bocquet & Javi Rey (Dargaud)

Barrio Negro - José-Louis Bocquet et Javi ReyNouvelle adaptation d’un roman dur de Simenon, publié en 1935 : un jeune couple, Germaine et Joseph, se marie à Amiens et part chercher fortune en Amérique centrale, où Joseph doit diriger les Mines d’Équateur. Mais la société fait faillite avant même leur arrivée, et le couple se retrouve démuni, loin de tout, dans le Panama colonial des années 1930 où se côtoient Européens fortunés et communautés africaine et antillaise reléguées au fameux « barrio negro ». Joseph sombre peu à peu dans l’alcool et les métiers déshonorants tandis que Germaine cède aux avances d’un expatrié prospère.

Javi Rey livre un dessin lumineux et amer à la fois, entre palaces cossus et bidonvilles écrasés de soleil, restituant avec finesse la déliquescence d’un couple et la violence feutrée d’une société coloniale — le genre de polar social qui laisse une empreinte durable.

Le Visage du créateur, de Laurent-Frédéric Bollée & Cristiano Spadoni (Rue de Sèvres)

Le Visage du créateur - Laurent-Frédéric Bollée et Christiano SpadoniFloride, décembre 1996 : un père et son fils, pêcheurs, remontent dans leurs filets un débris métallique frappé du logo de la NASA — un vestige de la navette Challenger, désintégrée en plein ciel dix ans plus tôt, quelques secondes après son décollage. Ce fragment ravive une blessure encore vive et ramène le récit dix-huit ans en arrière, pour suivre le destin des sept astronautes, dont deux civils, qui allaient périr sous les yeux d’une nation entière rivée à ses écrans.

Laurent-Frédéric Bollée, l’auteur de La Bombe, installe une tension implacable qui transforme l’album en véritable thriller spatial, intégrant aussi bien l’ingénierie que l’imaginaire collectif d’une Amérique des années 1980. Le dessin en noir et blanc nuancé de gris de Cristiano Spadoni, sobre et presque esquissé, accompagne ce compte à rebours fatal jusqu’à sa conclusion bouleversante — à réserver aux nuits où l’on veut tourner les pages jusqu’au bout.

Le Château des animaux, tome 4 : Le Sang du roi, de Xavier Dorison & Félix Delep (Casterman)

Le Château des animaux, tome 4 : Le Sang du roi – Delep & DorisonC’est une petite victoire pour les animaux : le dictateur Silvio, le taureau qui règne en maître viriliste sur le Château depuis des années, doit se résoudre à organiser une élection présidentielle — et donc peut-être à remettre son mandat en jeu. Mais la campagne s’annonce sans merci : du côté du despote, tous les coups bas sont permis, tandis que le Mouvement des Marguerites redouble d’efforts pour renverser le tyran à coups d’idées, de fleurs et de voix, bien décidé à rappeler toutes les injustices subies.

Cette libre adaptation de La Ferme des animaux d’Orwell referme magistralement une saga entamée il y a dix ans, portée par les aquarelles somptueuses de Félix Delep, dont les cadrages en contre-plongée sur le culte de la personnalité du taureau sont dignes des plus grandes propagandes. Un conte politique aussi divertissant que bouleversant, à lire d’une traite, mouchoirs à portée de main.

Saperlache, de Sylvain Escallon (Sarbacane)

Saperlache couvertureAprès-guerre, dans une campagne française encore sauvage : un enfant délaissé par des parents murés dans la rancœur d’un père déchu, industriel de l’aviation militaire ruiné par la fin du conflit, découvre la nature et se perd corps et âme dans les bois — mais surtout dans les contes et légendes fantastiques qui nourrissaient alors la culture populaire. Ses rêves de liberté se teintent peu à peu de délires de toute-puissance, et ses actes finissent par alarmer la population locale.

Sylvain Escallon puise dans ces sources traditionnelles largement perdues pour construire un récit à la fois fantastique et psychanalytique, où la campagne française devient un territoire mental de rancœur et de violence contenue plutôt qu’un refuge bucolique. Un folk-horror français rare et glaçant, entre Sa Majesté des mouches et fantastique le plus trouble, porté par un dessin en bichromie sépia qui s’assombrit à mesure que le délire de l’enfant s’aggrave.

Un été loin des hommes, de Fabienne Blanchut, Catherine Locandro & Thomas Campi (Dargaud)

Un été loin des hommes – Fabienne Blanchut, Catherine Locandro et Thomas CampiLa Corse, l’été 1985 : Frédérique, douze ans, passe ses vacances en famille chez sa tante et ses cousines, entre baignades, balades sur les routes de montagne et cassettes de Jean-Jacques Goldman dans le baladeur. Mais son père Vittorio repart brusquement à Nice, officiellement pour le travail, laissant planer un doute sur les vraies raisons de son départ — et Frédérique, elle, prend doucement conscience de son attirance pour les femmes.

Racontée depuis le présent, quand l’héroïne devenue adulte revient à Nice pour l’enterrement de sa mère, cette histoire déploie avec tendresse et sans pathos les premiers émois d’une adolescence tourmentée. Un roman graphique solaire et nostalgique, porté par les couleurs chaudes et les aquarelles de Thomas Campi — l’été comme moment de bascule, entre insouciance et vérité intime.

Le Horla, de Guy de Maupassant, adapté par Paul et Gaëtan Brizzi (Futuropolis)

Le Horla – Paul & Gaëtan BrizziUn bourgeois rouannais prend l’air sur un banc au bord de la Seine, salue de grands signes un voilier qui passe, heureux, une cigarette aux lèvres. Mais dans les jours qui suivent, sans raison apparente, il broie du noir : fièvre, insomnies, angoisse grandissante, jusqu’à la conviction d’être hanté par une présence invisible qu’il finit par nommer le Horla.

Les frères Brizzi, anciens de l’animation Disney déjà remarqués pour leurs adaptations de Macbeth et du Fantôme de l’Opéra, inaugurent avec ce classique fantastique de Maupassant une nouvelle collection annuelle dédiée au patrimoine gothique et fantastique. Leur dessin charbonneux au crayon graphite et au fusain, tout en ombres et en pleines pages spectaculaires, suggère plutôt qu’il ne montre les formes spectrales de cette créature — un parti pris qui rend l’angoisse d’autant plus palpable, même quand on croit connaître l’histoire par cœur. Un contrepoint frissonnant, presque salutaire, aux nuits caniculaires.

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