Signée du créateur de l’excellent Detectorists, Small Prophets prend le détour du fantastique pour narrer avec drôlerie l’ennui d’une petite ville britannique de province.

Prix de la Meilleure série du Panorama international du Festival Séries Mania 2026, Small Prophets est une série britannique signée MacKenzie Crook. Une personnalité connue pour avoir joué dans Game of Thrones et The Office version UK. Mais qui a surtout été l’acteur principal et le showrunner de la formidable série Detectorists. Une sitcom qui avait quelque chose des Goonies au milieu d’une de ces petites villes de province pavillonnaires britanniques formant le décor des grands concepts albums des Kinks. Comme dans certaines grandes compositions de Ray Davies, il était ici question de trouver un moyen de tuer le temps pour rendre un quotidien banal plus excitant. MacKenzie Crook creuse avec Small Prophets le sillon de sa série centrée sur la détection de métaux en y ajoutant le fantastique.
Depuis la disparition inexpliquée de sa petite amie Clea il y a sept ans, Michael Sheep (Pearce Quigley) est à la dérive. Lorsque son père déterre une ancienne recette alchimique, Michael tente le tout pour le tout : créer des esprits capables de prédire l’avenir. Aidé de la vendeuse Kacey (Lauren Patel), il cultive ces créatures dans sa remise, espérant qu’elles répondront à son unique obsession : revoir Clea, Mais en s’éveillant, les esprits déclenchent une série d’événements étranges.
Mais dans cette série à la trame narrative minimale, à la dramatisation zéro et au ton doux-amer l’étrangeté se situe bien sûr moins du côté des homoncules que de celui de la vie quotidienne dans un décor à la Shangri-la (la chanson des Kinks, encore une fois). Ici, les jeunes moquent un héros âgé pour sa barbe fournie alors que dans une grande ville ce dernier passerait pour un « vieux » voulant jouer au hipster.
Les péripéties mineures du récit, portées par des personnages secondaires un peu caricaturaux, racontent comme dans Detectorists quelque chose de la vie anglaise de province hors grandes villes. Le héros passant devant un autocar accidenté est menacé d’accusation d’exhibitionnisme par des jeunes au cas où il dénoncerait ces derniers à la police. Le voisin espionnant le héros en imaginant des choses bien sûr des choses fausses et une Kacey suivant Michael dans ses « aventures d’alchimiste » ont ici un point commun : ils font ça pour oublier qu’ils s’emmerdent.
Tout cela est aussi charmant que narrativement décousu. Et on se demande comment le dernier épisode fera converger tout ça. Il le fera en amenant plusieurs personnages dans le même lieu pour un final enlevé et en roue libre, un climax proche du côté délirant qu’imaginerait un spectateur n’ayant pas vu Detectorists à la lecture du pitch.
Small Prophets est « To be continued ». On se demande bien ce que pourrait être une suite. Mais en attendant, la série aura, comme ses homoncules, aidé à un peu moins s’ennuyer.
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Ordell Robbie
