Changement de pilote et changement de cap pour Slow Horses : on abandonne la satire et on vise désormais un climat plus sombre, plus lourd. S’il reste une saine critique du monde politique, le téléspectateur n’y gagne pas au change.

Il est tristement ironique que ce ne soit que quatre ans après ses brillants débuts, et alors que son scénariste Will Smith a quitté le navire, que Slow Horses est enfin unanimement reconnue come l’une des séries majeures de notre époque. Pire, ceux qui suivent les aventures à la fois picaresques et passionnantes des « bras cassés » de Slough House occupés à sauver le Royaume-Uni des forces du Mal (l’extrême droite, les terroristes, la Russie…) voulant sa perte, savent que cette sixième saison est probablement la moins bonne de toutes, en dépit d’un pitch de départ passionnant : cette reconnaissance arrive donc à un mauvais moment pour Gary Oldman et son équipe !
La nouvelle responsable de l’écriture, Gaby Chiappe, privilégie cette fois l’action et la menace physique contre les « slow horses » – qui se sont retrouvés tous sur une « liste noire » du fait d’une manœuvre maladroite de la part du MI:5 – plutôt que, comme c’était le cas jusqu’alors, les échanges sarcastiques entre collègues de bureau. Cette approche plus « commerciale » (de l’action, du suspense…) contredit donc son statut original de comédie du monde du travail déguisée en série d’espionnage.
Nous voici dans une (assez interminable) course-poursuite où nos « héros » sont traqués par deux assassins professionnels. Bien loin donc de la représentation grotesque des organisations professionnelles modernes, avec leurs hiérarchies absurdes, leurs salariés marginalisés et leurs jeux de pouvoir, qui faisait une grande partie du sel de Slow Horses.
Du côté positif, il subsiste ici une critique réellement politique de la Grande-Bretagne contemporaine : la question du financement privé des services secrets, les rapports entre pouvoir médiatique et institutions publiques, les manipulations russes et la compromission de l’extrême droite populiste avec la Russie, sans parler des contraintes budgétaires croissantes imposées à l’administration du pays composent un tableau pertinent. D’ailleurs directement applicable à la France si on n’y réfléchit un peu…
Pour le reste, il n’y a pas grand chose à mettre en avant dans ce premier demi-échec de Slow Horses : le téléspectateur s’ennuie un peu, le scénario accumule les invraisemblances indignes de la série (il faut voir les tueurs implacables devenir soudain incompétents quand cela permet de résoudre la situation), on liquide des personnages aimés pour surprendre le spectateur – comme dans toute série moderne ! -, et on introduit de nouveaux personnages inutiles. Pire, Jackson Lamb est totalement transparent : il est toujours aussi sale, insultant, cynique, brillant et secrètement protecteur, donc inchangé… et Oldman n’a rien à faire que trimballer à l’écran son personnage en train de devenir mythique.
Et voilà les fans de Slow Horses que nous sommes devant une vraie question : une série doit-elle nécessairement se renouveler pour rester excellente ? Peut-être qu’une œuvre de fiction réussie, fondée sur des personnages forts, comme Slough Horses trouvait sa grandeur dans la répétition, à condition que celle-ci continue à produire du sens et de l’émotion. Ce qui n’est pas le cas avec cette sixième saison.
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Eric Debarnot
