Troisième chapitre de notre rétrospective en 50 personnages de la BD franco-belge : Jacques Martin nous projette dans la Gaule occupée. Pompée ourdit un complot. Germains et Gaulois s’apprêtent à piéger César. Pas tous, car certains Gaulois se gallo-romanisent… Il faut sauver le soldat Iulius Caesar ! Alix va-t-il réussir ?

Strasbourgeois formé à Bruxelles, Jacques Martin crée la série Alix en 1948 pour Le journal de Tintin. Il y associe le caractère intrépide et droit du reporter belge au style précis et réaliste de Black et Mortimer, tout en situant l’ensemble dans la Rome antique. Avec Alix, il va plonger deux générations d’adolescents surpris, les futurs boomers et génération X, dans les affres de tragédies romaines,
Orphelin gaulois, Alix a été adopté par un proche de César. Parfaitement intégré à la classe dirigeante, le jeune homme est foncièrement romain, tout en assumant son hérédité gauloise. Les scénarios sont complexes et sombres. Son monde est tragique. On y rit peu et y meurt beaucoup. Au fil des épisodes, il perdra la plupart de ses compagnons.
Les Légions perdues nous entraine dans une sombre machination de Pompée qui tente de soulever Gaulois et Germains contre César. Alix bondit et rallie le général Héraclus, qui lance ces deux légions à la rescousse de César. Elles disparaitront dans la tourmente, mais notre héros sauvera le consul et préservera la pax romana.
L’épisode s’inspire de la bataille de la forêt de Teutobourg (9 après J.C.) qui vit les trois légions de Publius Quinctilius Varus, soit plus 20.000 hommes, sombrer corps et biens en Germanie. Le pays est hostile, l’automne rigoureux, le territoire inconnu. Il pleut, les soldats frissonnent et peinent à tracer leur route entre les marécages. Les colonnes s’étirent… L’assaut est donné. Les auxiliaires germains trahissent. Les lourds légionnaires résisteront trois jours. Varus se suicide, les aigles sont perdus, le désastre est total. La tragédie sera élevée au rang de mythe fondateur par les romantiques allemands du XIXe siècle.
L’intrigue de notre album est passablement complexe, les dialogues sont accompagnés de longs textes de commentaires, plus ou moins utiles. Pour une bande dessinée jeunesse, Martin innove : sa documentation est sérieuse et le contexte historique bien retranscrit. Vous apprécierez les combats de gladiateurs, les oies du Capitole et l’épisode de Brennus avec le fameux « Vae Victis » (bien que décalé dans le temps). Alix fera la joie de générations de professeurs de latin et d’histoire.
Les paysages enneigés sont magnifiques, la détresse des Romains bien rendue et les pages adroitement conçues. Martin excelle dans les vues aériennes des villes et des forteresses, les scènes de nuit, les mouvements de foules et les charges de cavalerie.
On peut regretter qu’Enak soit sous-employé et que le rôle dévolu aux loups soit excessif, mais ne boudons pas notre plaisir, l’album vieillit bien.
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Stéphane de Boysson
Alix, tome 6, Les Légions perdues
Scénario et dessin : Jacques Martin
Éditeur : Casterman
64 pages
Année de parution : 1965
Alix, tome 6, Les Légions perdues – extrait :

