Avec David Bowie – Blackstar, François Girodineau revisite dix ans après le dernier chef d’œuvre du Thin White Duke. Il aborde avec le même sens maniaque du détail les conditions d’élaboration de l’album et le rapport disque à la mort.

Lorsque Bowie sort Blackstar, il n’a pas sorti d’album à la hauteur de son âge d’or créatif depuis 1995 et 1. Outside. Mais ses followers ont à peine le temps de digérer le disque que Bowie décède deux jours après. Blackstar devient alors le Les Gens de Dublin et le Eyes Wide Shut de Bowie, un dernier chef d’œuvre avant fermeture définitive.

Dans David Bowie – Blackstar, François Girodineau revient dix ans après sur un album dont le statut de testament a peut-être éclipsé le contenu auprès d’un certain nombre d’amateurs de Rock. Dès le début, il creuse l’évidente piste de l’album conçu par Bowie en pensant à sa mort prochaine. Même si un Bowie quinquagénaire parlant d’avoir trouvé un rapport serein à la mort donne du crédit à la thèse, Girodineau finira par en reconnaître le caractère imparfait de cette piste. Piste ceci dit confirmée par les propos du producteur Tony Visconti.
Il mentionne un élément pas forcément connu de tous les mélomanes : la fièvre interprétative de dimension lynchienne suscitée par l’album. Un désir d’interpréter auquel s’adonnera ensuite, et c’est normal, l’auteur du livre. Girodineau va ensuite faire un travail déjà appliqué aux classiques bowiens passés.
Parler de Bowie revient très souvent à vite évoquer les musiciens avec lesquels il a travaillé lors de ses diverses périodes artistiques. Cela ne fut pas tant fait que ça pour Blackstar. Les musiciens ne sont en effet ni des accompagnateurs de plusieurs sessions studio de Bowie (Mick Ronson, Carlos Alomar, Mike Garson) ni des figures disposant auprès des amateurs de Rock d’une notoriété hors Bowie (Brian Eno, Robert Fripp).
Ils viennent du Jazz, passion initiale du saxophoniste Bowie. Ce qui donnera un album Rock, Jazz mais pas du tout Jazz-Rock. Tony Visconti est en revanche un nom connu du public mentionné mais Girodineau apporte des éclairages sur ses années de formation.
Le passage obligé dans la collection Discogonie de la dissection de la pochette prend une saveur particulière s’agissant d’une figure ayant autant marqué la pop culture par ses pochettes que par ses disques. On n’est pas obligé d’adhérer aux interprétations présentes mais elles sont passionnantes à lire.
Puis c’est l’examen des titres. Avec la bonne idée de l’examen détaillé des vidéoclips associés lorsqu’ils existent. Bowie a marqué le vidéoclip (Ashes to Ashes…) même si contrairement à d’autres pop stars la force des images n’a jamais éclipsé la musique. Qui était trop forte pour l’être ?
Girodineau évoque avec une précision d’orfèvre les conditions d’enregistrement et les arrangements des morceaux. Il tente de voir en quoi le travail de Kendrick Lamar, cité comme inspiration par Bowie, a pu se retrouver dans Blackstar. Pas dans un recours au Rap risquant le ridicule mais l’emploi de « langues » fictives ou réelles approchant son esprit : le langage fabriqué par Anthony Burgess pour les voyous de L’Orange Mécanique (déjà repris dans Suffragette City) et un argot ancien.
Le livre mobilise les œuvres littéraires et les mouvements artistiques représentant les inspirations revendiquées du disque, le travail de Bowie acteur et bien sûr les paroles et les thèmes de morceaux bowiens passés pour tenter de décoder les textes de Blackstar.
Le livre se conclut en faisant de l’album une œuvre moins mortuaire et pessimiste qu’au premier abord (et par un petit rappel des faits notables de la période comprise entre la crise cardiaque de 2004 et le décès). Comme bien des classiques bowiens, Blackstar incarnerait un manuel du comment survivre dans un monde en plein chaos.
Après avoir fini cette monographie, revient en tête une interview de 1999 de Bowie pour le BBC. Il voyait dans la toile un formidable stimulateur créatif en musique et quelque chose qui révolutionnerait le rapport entre les artistes et le public. Il ajoutait que le potentiel de ce qu’internet ferait à la société était inimaginable, en bien… et en mal. Bowie n’est pas (vraiment) mort puisque tout cela a eu lieu et aura lieu.
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Ordell Robbie
