A peine 6 mois à la suite de leur concert au Trabendo de Paris, les Américains de Brigitte Calls Me Baby reviennent rajouter une belle couche de chaleur à cet été qui n’en finit plus. C’est sous le chapiteau baroque du Cabaret Sauvage à la Villette que Wes Leavins, le plus british des crooners américains, a mené sa troupe face à un public largement conquis par leur pop envoutante et délicieusement rétro.

Brigitte Calls Me Baby n’ont eu de cesse de faire s’agiter la faune du petit monde du rock indé parisien : depuis la sortie de leur très bon second album Irreversible parfumé aux effluves britanniques du début des années 80, la jeune formation fait débat. Accusés de plagiat par les uns, hissés au firmament pour leur excellente maitrise du style par d’autres, ce qu’il ressort de l’expérience Brigitte Calls Me Baby est dans les deux cas particulièrement marquant.

Même s’ils avaient déjà prouvé leur talent avec la sortie du premier album The Future Is Our Way Out en 2024, il aura fallu attendre qu’ils officient en première partie de Morrissey au Zénith de Paris en 2025 pour que le buzz autour de Brigitte Calls Me Baby démarre dans notre contrée. Ainsi, à la suite de la parution d’Irreversible en mars dernier, un disque qui ne fait qu’affirmer les excellents goûts de ces jeunes musiciens pour la synth wave suave et ténébreuse, c’est à deux reprises cette année que les Américains se présentent en tête d’affiche dans la capitale, passant cette fois à quelques centaines de mètre du Trabendo, au Cabaret Sauvage. Après si peu de temps, l’on pouvait se demander si la hype était toujours présente, à l’heure où la popularité d’un groupe se juge au nombre d’écoutes sur les plateformes de streaming d’un mois à l’autre. Mais, dans une salle quasi pleine, le groupe a su prouver sa solidité et son ancrage parmi le public français.
Une chose est certaine, le son de Brigitte Calls Me Baby continue de cliver. Il y a donc encore ceux qui sont pour et ceux qui sont contre ce parti pris affirmé de jouer dans un domaine aux références fortement empruntées au début des années 80. Cependant, on retrouve chez les musiciens toute la fougue et la fraicheur liée à leur génération, ce qui permet une remise au goût du jour d’une pop-new wave portée par un chanteur au timbre de voix faisant honneur à tous les crooners d’antan. Ce soir, on note qu’une majorité du public présent est un peu plus mature, et l’on ressentira quand même tout au long du concert une certaine retenue dans la fosse, là où les corps et les bras s’agitaient beaucoup plus en mars dernier.

Ce qui ne change pas est la prestance de Wes Leavins, dont la voix semble se magnifier avec le temps. Un chanteur de charme comme on n’en fait plus depuis longtemps, mais sans tomber dans des excès qu’on qualifierait en 2026 de « cringe ». Les deux albums du groupe sont de façon quasi égale représentés, permettant d’osciller entre une ambiance teintée de rock oldie pour le premier et la sensualité plus froide de la cold wave pour l’autre. Ce qui nous plaît surtout est l’assurance que semblent prendre les autres musiciens, qui ne demeurent pas dans l’ombre de leur chanteur. On retrouve sur scène l’excellent guitariste Jack Fluegel et sa coupe Spinal Tap devenue célèbre, Devin Wessels à la basse, Jeremy Benshish le batteur au sourire toujours rayonnant, et leur camarade Dylan Benett, guitariste et claviériste de tournée. L’alchimie entre les musiciens est palpable, et Wes ne fait pas le show à lui tout seul, bien que ses poses très félines attirent la majorité des regards.

La setlist nous réserve ce soir le nouveau single Geordie qui continue de s’immerger dans des atmosphères glacées et élégantes à la foi, ainsi que la face-B How To Ignore A Feeling, quant à elle plus énergique. Alors que deux jours avant, nos voisins anglais à l’O2 de Manchester ont eu droit, probablement en guise d’hommage, à une reprise du Age Of Consent de New Order, nous est offerte à Paris une version plus moderne de Careless Whisper, morceau aussi culte que ses interprètes d’origine, Wham!, malheureusement sans le saxophone qui fait de ce titre, encore de nos jours, la bande son parfaite des préliminaires.
Nous gagnons également en temps de prestation, le set étant rallongé d’un bon gros quart d’heure par rapport au concert du printemps. C’est également un Wes plus bavard qui officie ce soir, peut-être un peu plus à l’aise face à son public parisien dont il sait maintenant qu’il lui est véritablement fidèle, beaucoup de présents suivant le groupe en tournée tant au Royaume-Uni que lors des dates à venir à Nantes, Tourcoing, Rouen et Bordeaux.
Avec un concert rondement mené et une présence scénique de plus en plus affirmée, Brigitte Calls Me Baby prouvent qu’ils ont parfaitement relevé le défi de s’approprier en 2026 des références qui demeurent d’une efficacité redoutable, réussissant à imposer leur nom particulièrement bien choisi comme une future valeur sûre.
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Texte et Photos : Laetitia Mavrel
Brigitte Calls Me Baby au Cabaret Sauvage (Paris)
Production : Super!
Date : le vendredi 18 septembre 2026
Leur dernier album :
Brigitte Calls Me Baby – Irreversible
Label : ATO Records / PIAS
Date de parution : 13 mars 2026
