[Prime] « Reacher – Saison 4 » : grosses mandales et punchlines…

En accentuant démesurément, dans la nouvelle saison de Reacher, la part de l’action physique aux dépends de l’enquête policière, Nick Santora nous procure un indéniable plaisir régressif, mais prend le risque d’appauvrir son excellente adaptation des livres de Lee Child. A suivre, donc…

Reacher S4
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Depuis ses réjouissants débuts en février 2022, la série Reacher s’est clairement imposée comme la relecture idéale des romans de Lee Child, bien supérieure aux films mettant en scène Tom Cruise dans le rôle de l’ex-militaire devenu justicier itinérant, combinant parfaitement intelligence supérieure et maîtrise des arts de combat. Ce succès, il faut le répéter, est dû avant tout à la formidable présence d’Alan Ritchson, digne successeur des Schwzarnegger et Stallone du siècle dernier en distributeur de grosses mandales et de plaisanteries hilarantes, à part égale.

Reacher S4 affiche

Et la nouvelle saison d’une saga qui ne déçoit jamais vraiment, tout en variant les plaisirs de manière sensible d’une année à l’autre, prouve que Nick Santora, son showrunner, a bien compris que les téléspectateurs de toute la planète étaient fascinés par le physique presque surnaturel du géant Ritchson, autant que par sa capacité à balancer des punchlines, avant même des « punches ». Au point de modifier largement l’équilibre délicat des saisons précédentes, entre action et réflexion.

Car, cette fois, alors que Reacher doit démêler une intrigue extrêmement complexe, aux conséquences potentiellement désastreuses, c’est plutôt avec ses poings qu’avec son cerveau qu’il règle les choses, « à hauteur d’homme ». Pendant les huit épisodes palpitants de cette saison – adaptée, de manière assez libre, de Gone Tomorrow, un roman de Child directement inspiré de la situation US de « l’après 11 septembre » -, Reacher, secondé seulement par deux policiers eux-mêmes désavoués par leur hiérarchie, n’arrête pas de courir et de se battre physiquement contre tout le monde, que ce soit contre les mercenaires à la solde des criminels, contre la CIA qui mène un jeu trouble, ou même contre les forces de l’ordre qui le pourchassent. Au point que la résolution de la situation dans laquelle Reacher s’est enferré pour avoir voulu rendre service à une femme désemparée dans le métro de Philadelphie, passe souvent au second plan derrière les scènes d’action physique très spectaculaires qui épicent chacun des épisodes…

Le plaisir – assez régressif, avouons-le – que l’on prend devant cette nouvelle saison ne peut pas pas effacer certaines questions que pose de plus en plus l’évolution de la série. Car, avec sa première saison, Reacher avait mis en place une formule originale de « polar + western + thriller + humour pince-sans-rire + violence pulp », autour d’un personnage improbable de « chevalier errant », qui n’est pas personnellement concerné par les affaires sur lesquelles il tombe : il se trouve au mauvais endroit au mauvais moment, et il ne peut pas laisser quelqu’un souffrir (ou mourir) sans essayer de l’aider et de comprendre.  Néanmoins, quatre ans plus tard, Reacher n’est plus réellement une adaptation de Lee Child, c’est devenu un produit culturel spécifique, très reconnaissable, qui ne puise plus dans les romans originaux que le squelette général de son scénario : chaque saison remplit son contrat en nous offrant notre quota de punchlines, de types très méchants, de déductions improbables, de gestes chevaleresques et, bien sûr, une quantité réglementaire de fractures ouvertes.

Si l’on comprend que l’aspect très « daté » de Gone Tomorrow, un thriller réfléchissant aux conséquences politiques du cataclysme de « 9/11 », imposait une réécriture adaptée à la réalité de 2026, on regrette que la série n’ait pas le même « courage » politique, celui de traiter de l’actualité US. Comme si, effrayé par la présence monstrueuse de l’Administration Trump, Santora avait préféré botter prudemment en touche, et tout miser sur le vieux fantasme US du justicier qui ne fait confiance ni à l’État ni aux institutions, et qui possède son propre code moral extrêmement rigoureux.

Ce qui limite quand même sensiblement la portée de la série.

Eric Debarnot

Reaper – Saison 4
Série TV US de Nick Santora
Avec : Alan Ritchson, Sydell Noel, Christopher Rodriguez Marquette, Agnez Mo, Anggun…
Genre : Thriller, action
8 épisodes de 50 minutes mis en ligne (Prime) de août à septembre 2026

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