A l’approche de l’édition 2026 du festival Outsiders, cette année encore programmé au Supersonic Records, nous avons décidé de conduite quatre mini-interviews similaires et, nous l’espérons, ludiques des quatre artistes invités. Sourions donc avec eux avant de les applaudir sur scène les 25 et 26 septembre prochains…

L’automne est arrivé. Enfin, les températures chutent à Paris. Il est grand temps de retrouver la douceur des petits clubs où se joue la meilleure musique, celle des passionnés, des « outsiders ». Et le Festival Outsiders revient, lui qui se présente comme « célébrant les sons d’ailleurs, les artistes inclassables et les expériences sonores inattendues ».
Après la soirée mémorable que fut le concert des Woodentops l’année dernière, l’équipe de Sun Burns Out nous a concocté cette année une édition plus compacte, avec deux jours au lieu de trois, et seulement deux artistes par soirée, mais toujours située dans la salle accueillante du Supersonic Records.
Avec une excellente programmation, dont le plus haut fait d’armes est sans doute l’apparition sur scène de Black Box Recorder, « l’autre groupe » de Luke Haines, récemment reformé, et triomphant en ce moment de l’autre côté de la Manche. Mais le reste du programme est tout aussi excitant, avec le Perio d’Eric Deleporte, le retour du rare Momus, grand original devant l’éternel, et Scott McCloud, le fondateur de Girls Against Boys : des plaisirs rares et sophistiqués pour les connaisseurs !
Mais laissons les artistes « se présenter » (ou pas) en répondant à nos trois « questions surprises »…
Perio :
1. Comment décrirais-tu ton rapport à Paris ?
Comme toute relation : rien d’univoque dans mon rapport à cette ville. J’ai réécrit les paroles de LCD Soundsystem pour ça : « Paris, I love you but you’re bringing me down ». [rires] J’habite dans les Hauts de Belleville — le plus beau quartier de Paris selon moi. Je marche 10 à 20 km chaque week-end d’Est en Ouest, parfois du Nord au Sud, sans itinéraire préconçu : j’arpente, j’emprunte des rues que je ne connaissais pas, je foule des musées, je prends des bains de foule. C’est cet autre versant que j’abhorre : les millions de visages que je croise à chaque coin de rue sans vraiment les voir, les sons incessants des véhicules à moteur thermique, les alertes numériques diverses, les voix aux timbres parfois indéfinissables qui finissent par me rendre dingue.
2. Quel est ton pire souvenir de concert à Paris ?
Petit Bain en 2021, un concert de Perio. Sur No Western Land Fits Your Passion, je casse une corde en plein solo et je foire complètement le phrasé. Je termine le morceau sur une seule corde — et c’est là que ça a le mieux sonné. Un mauvais souvenir qui a finalement trouvé une issue positivement surprenante.
En tant que spectateur, c’est un « concert » de St Vincent en octobre 2017 au Trianon à Paris (arghh, Paris encore …) : karaoké bancal et présomptueux de ses propres chansons. Soirée sans musiciens. Je suis parti avant la fin… Mauvais défilé de mode. Très mauvais souvenir. Il faut croire que je n’étais pas le seul à vivre une mauvaise soirée, nous étions nombreux dans le hall.
3. Si tu n’avais pas fait carrière en tant qu’artiste, quel autre métier de rêve aurais-tu aimé exercer, avec une seule contrainte : devoir l’exercer à Paris ?
Je ne fais pas carrière en tant que musicien, et j’exerce déjà un métier de rêve, artistique, et il est à Paris : concepteur graphique aux éditions du Seuil. Je passe mes journées entre le graphisme et la musique, entre l’image et le son. Ce balancement est un moteur : travailler dans l’édition nourrit directement l’écriture de mes textes. Je lis beaucoup. Mon livre actuel de chevet : Ce que nous avons perdu dans le feu de Mariana Enriquez (2017). Je ne peux pas rêver mieux.
Son dernier album :

Perio – The Sharp Bones of my Sleep
Label : Objet Disque
Date de parution : 24 octobre 2025
Luke Haines (Black Box Recorder) :
1. Comment décrirais-tu ton rapport à Paris ?
J’entretiens une relation longue et complexe avec Paris. The Auteurs y ont joué pour la première fois en 1992. On ne parlait que de nous ! Nous y sommes retournés souvent, accueillis en héros. Les années 1990 ont été une époque très amusante pour moi. Je me suis rendu à Paris des centaines de fois. Avec Paris, on ne peut jamais rien prendre pour acquis. Je possède une maison dans le sud (de la France). La France est un pays à la fois magnifique et étrange.
2. Quel est ton pire souvenir de concert à Paris ?
Un concert reste un concert. Quand on est artiste de scène depuis toujours, rien ne vous déstabilise. À mes débuts en France, j’étais végétarien. Vous n’imaginez pas à quel point il était difficile d’être végétarien à Paris dans les années 1990. Je me souviens qu’on m’avait servi un cercle de riz avec deux longs haricots verts plantés au milieu en forme de V. C’était ça, l’attitude des Français envers les végétariens. Après tout, pourquoi pas ?… me suis-je dit.
3. Si tu n’avais pas fait carrière en tant qu’artiste, quel autre métier de rêve aurais-tu aimé exercer, avec une seule contrainte : devoir l’exercer à Paris ?
Je serais peut-être philosophe ou universitaire, en train d’écrire des livres sur la Révolution française. Ou peut-être un peintre raté. Ou un fonctionnaire. Ou un boucher.
Leur dernier album :
Black Box Recorder – Passionoia
Label : One Little Independent Records
Date de parution : 23 août 2002
Momus :
1. Comment décrirais-tu ta relation avec Paris ?
Ma mère, grande francophile, m’a inculqué l’idée que Paris est le centre du monde, et j’ai fini par lui donner raison ! Vous savez, en Écosse, on a une façon bien à soi de remettre à leur place les gens prétentieux : on leur lance « File en France ! ». C’est donc là que j’ai atterri, étant moi-même irrémédiablement prétentieux.
2. Quel est ton pire souvenir de concert à Paris ?
Je jouais sur une péniche amarrée près de Notre-Dame. La chanteuse japonaise avec qui je collaborais, Kahimi Karie, était venue accompagnée de son nouveau petit ami, un mannequin. J’ai évoqué la situation sur un ton légèrement ironique devant le public. Après le concert, le mannequin a proposé de porter ma valise — remplie de matériel lourd et coûteux — jusqu’en haut des marches menant au quai. Arrivé à mi-chemin, il l’a lâchée volontairement, endommageant la moitié du contenu. Kahimi a proposé de payer les réparations, mais j’ai préféré utiliser les droits d’auteur générés par nos succès au Japon pour racheter du matériel neuf.
3. Si tu n’avais pas fait carrière en tant qu’artiste, quel autre métier de rêve aurais-tu aimé exercer avec une seule contrainte : il fallait l’exercer à Paris ?
Directeur artistique chez Yves Saint Laurent. D’ailleurs, pour mon deuxième album, The Poison Boyfriend, j’avais prévu de faire irruption dans la boutique YSL de Londres et d’inscrire à la bombe le mot « DESTROY » sur l’immense portrait du créateur, qui y apparaissait nu, à l’exception de ses lunettes. (Je précise que c’était Yves Saint Laurent qui était nu, pas moi.)
Son dernier album :
Momus – Mannequin
Label : American Patchwork
Date de parution : 26 juin 2026
Scott McCloud :
1. Comment décrirais-tu ta relation avec Paris ?
Pour rester sur une note légère, je dirais que j’ai ressenti une véritable fascination, née alors que j’étais très jeune. Quand j’étais enfant, on chantait une comptine à l’école qui disait : « Il y a un endroit en France où des femmes nues dansent, et un trou dans le mur par lequel les hommes peuvent tout voir ». J’ignore d’où cela venait, mais je soupçonne que cela datait de la Seconde Guerre mondiale (on chantait aussi « London Bridge is falling down… », etc.). Les impressions musicales que l’on garde de l’enfance restent souvent gravées en nous pour toujours. Cette fascination — pas tant pour les « femmes nues qui dansent », bien sûr, haha — m’est restée, et je pense qu’elle explique en partie, peut-être inconsciemment, cette attirance presque impulsive que j’ai toujours ressentie pour Paris. Il y a aussi toutes ces histoires sur les écrivains américains partis s’installer à Paris ; tout cela se conjugue dans l’esprit d’un jeune pour faire de la ville un lieu d’une grande richesse intellectuelle et géographique, un endroit où l’on se sent libre de vivre et de créer. Plus tard, j’ai épousé une Française et nous avons vécu à Paris (ainsi qu’à New York) ! C’était presque comme si le destin s’en était mêlé, haha ! Mais je dois dire que, tout comme New York, Paris exerce une force d’attraction qui vous entraîne vers un inconnu romantique, là où les possibilités de la vie semblent infinies.
2. Quel est ton pire souvenir de concert à Paris ?
Quand le pire frôle le meilleur : Girls Against Boys jouait à l’Arapaho. Je crois que c’était la première fois — sur une longue série à venir — que nous nous y produisions ; c’était probablement en 1993. Mon ampli guitare était en panne et la tête d’affiche a refusé de nous en prêter un ; j’ai donc tenté de brancher ma guitare directement dans la sono. Tout le monde sait que le son est alors HORRIBLE, et c’était effectivement le cas. C’était très frustrant. La situation était si mauvaise que j’ai fini par abandonner complètement la guitare, je l’ai mise de côté et j’ai sauté dans le public avec le micro. Ma frustration et mes plongeons successifs dans la foule ont fini par faire tache d’huile : bientôt, tout le monde s’y mettait ! Les autres membres du groupe ont eux aussi cessé de jouer pour sauter dans la foule. Très vite, il ne restait plus que la batterie qui tournait encore. Puis, finalement, notre batteur Alexis s’est arrêté à son tour pour plonger dans le public. C’était un chaos absolu et grisant, fait de crowd surfing et d’excitation, alors qu’il n’y avait presque plus de musique ! Nous avons continué sur cette lancée et tout le monde s’est joint à la fête. Cette expérience m’a marqué ; elle m’a appris qu’il existe parfois des moyens de transformer ce qui aurait pu être un désastre en un moment électrisant.
3. Si tu n’avais pas fait carrière en tant qu’artiste, quel autre métier de rêve aurais-tu aimé exercer avec une seule contrainte : il fallait l’exercer à Paris ?
J’aurais aimé créer un lieu mêlant café, art et bar, où les gens pourraient se retrouver et créer. Il y aurait de grandes vitrines donnant sur la rue. À l’intérieur, un piano permettrait aux musiciens présents d’offrir une courte « prestation » spontanée. Un lieu où l’on pourrait non seulement se rendre, mais aussi faire des rencontres, tisser des liens et créer. L’éclairage et la décoration intérieure favoriseraient cet esprit de convergence des idées. L’établissement se trouverait peut-être rue Condorcet – là où nous avons d’ailleurs vécu quelque temps. Une belle rue. Avec un café à l’angle.
Son dernier album :
Scott McCloud – Make It To Forever
Label : God Unknown Records
Date de parution : 30 janvier 2026
Propos recueillis par Eric Debarnot
Festival Outsiders, les 25 et 26 septembre 2026
Lieu : Supersonic Records, 9 bis rue Biscornet
Programmation :
Soirée 1 – vendredi 25 septembre 2026 : Perrio, Black Box Recorder
Soirée 2 – samedi 26 septembre 2026 : Momus, Scott McCloud
Les liens officiels du festival :
Lien billetterie : https://my.weezevent.com/festival-outsiders-3-25-26-sept
Le minisite dédié : https://festival.sunburnsout.com/
