Avec Si tu penses bien, Géraldine Nakache abandonne la comédie pour ausculter avec une précision presque clinique la mécanique de l’emprise conjugale. Un récit fragmenté, construit sur six années de vie commune, qui montre que la confusion et l’instabilité sont les armes les plus redoutables d’une relation toxique.

Après trois comédies dans lesquelles elle était également devant la caméra, Géraldine Nakache renouvelle son cinéma : Si tu penses bien la voit s’effacer au profit d’un couple dont elle va ausculter la dérive, dans un récit dramatique qui, sous des airs de thriller, se veut surtout une auscultation clinique du mécanisme de l’emprise.
Le sujet, très en vogue ces dernières années, est donc une variation du récent film de Valérie Donzelli, L’Amour et les forêts, qui retranscrivait avec la même patience la métamorphose d’un mari en geôlier, et l’état de confusion croissant d’une épouse dont on détruit systématiquement tous les repères. Le traitement de Nakache offre quelques angles singuliers, notamment par un récit non linéaire qui fragmente six années de vie conjugale en moments clés, redondances et montagnes russes qui permettent de restituer l’impossible stabilité d’une femme toujours sur ses gardes. Le couple parfaitement incarné par Niels Schneider et Mona Chokri, se présente ainsi dans une sorte de kaléidoscope, dans une vaste maison dont les vastes baies vitrées métaphorisent un emprisonnement paradoxal, que les proches ne semblent pas pouvoir concevoir.
Car le récit cherche surtout à décrypter la progressivité de l’emprise, et l’intelligence redoutable de son fonctionnement. Gil, hébétée, tente de suivre un flot contradictoire d’attitudes, d’explosions et de pardons, face à un individu qui sait systématiquement exploiter tous les motifs pour les retourner contre elle. L’instrumentalisation de la religion est ainsi un motif structurant, gage de pureté, de ritualisation et d’autorité, autant de ressorts au service du discours masculin. Mais Nakache le contrebalance par une foi sincère de la part de l’épouse, évitant ainsi la facilité d’un propos anti religion qui chercherait à déresponsabiliser ce qu’en font les individus – le rôle de rabbin sera en ce sens essentiel.
Oppressant, toujours sur le fil, Si tu penses bien sait tirer parti de la singularité si vénéneuse de l’emprise, qui fait du temps et de l’engagement ses atouts maîtres : le spectateur rivé à ces six années de dérive prend la mesure de la patiente édification de la toxicité, et de la force qu’il faudra pour tenter de s’en extraire.
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Sergent Pepper
