[Live Review] Bodega et Dévore au Pop Up du Label : la perfection dans l’intimité

Bodega au Pop Up du Label, c’est certes incongru tant le groupe a maintenant un statut bien établi. Mais pour ceux qui ont eu la chance d’avoir des places, c’est surtout une magnifique occasion de déguster, dans un espace restreint, l’un des meilleurs groupes live en activité.

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Bodega au Pop Up – Photo : Robert Gil

Normalement, quand un groupe passe d’un simple succès d’estime à une réputation plus solide, cela se voit rapidement dans les salles qu’on lui propose et qu’il est capable de remplir. On pouvait donc s’attendre à ce que les Américains de Bodega, après avoir joué à la Maroquinerie et au Trabendo lors de leurs tournées précédentes, poursuivent leurs aventures parisiennes dans des salles au moins équivalentes. Au contraire, et à la surprise générale, c’est au Pop Up du Label, petite jauge de 120 places, que nous les retrouvons programmés. Le concert est naturellement complet depuis longtemps, et le désespoir initial d’être resté à quai s’est transformé en euphorie lorsque le précieux sésame s’est libéré via la liste d’attente de DICE. Nous comprendrons plus tard que le groupe a volontairement choisi de donner ce dernier concert de tournée dans une petite salle, peut-être pour tester quelques nouveaux morceaux de son futur album, attendu en octobre. Direction donc cette salle sympathique, quoique tout en longueur, où il faut arriver tôt pour bien profiter.

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Elle est donc déjà bien remplie à 20h30 pour la première partie : Dévore, groupe français formé autour de Jimmy de Haese à la guitare et au chant et de Bastien Great aux synthés et au saxophone. Le mélange est improbable : une cold wave très marquée par les années 80, dansante, portée par des rythmiques programmées qui nous replongent immédiatement dans le passé. Clairement, ce n’est a priori pas pour moi, d’autant que cela n’a pas grand-chose à voir avec Bodega. Love is A-, tiré de leur E.P. le plus récent, Jolt, est joué très rapidement et me laisse totalement froid. Pourtant, il faudrait être de mauvaise foi pour ne pas reconnaître que la présence du sax amène une mélancolie imparable à cette musique, et que certains titres comme Vaudeville parviennent à installer une vraie ambiance.

2026-09-16-Bodega 02Il est 21h25 lorsque Bodega arrive sur la petite scène du Pop Up, devant un public de tous âges. Un groupe bien fédérateur donc.  Au centre, Nikki Belfiglio est bien entendu présente au chant et aux percussions avec son comparse Ben Hozie, à la guitare et au chant. Ils sont accompagnés de leurs trois autres musiciens : Dan Ryan à la guitare lead, Adam See à la basse et Adam Shumski à la batterie. Ces deux-là forment le cœur de Bodega, mais leurs acolytes vont eux aussi se montrer énormes tout au long de la soirée. Pour ceux qui, comme moi avant ce concert, se sont surtout contentés de suivre Bodega à travers sa discographie, une évidence s’impose rapidement : l’expérience live est incomparable. Elle transforme des titres sympathiques sur disque en véritables déflagrations sur scène. Le groupe donne alors le meilleur de lui-même, porté par une Nikki omniprésente, armée d’une cymbale et de deux baguettes qu’elle utilise en complément de la batterie d’Adam Shumski. Point focal évident, chanteuse sur certains titres comme Statuette on the Console ou le nouveau Whether Me, elle concentre une bonne partie des regards. Literary World et All Inside Aquarium, deux autres extraits du futur album, semblent indiquer une direction plus mélodique, ce dernier titre évoquant même les morceaux les plus festifs des Dandy Warhols. Leur musique semble ainsi glisser vers un rock alternatif qui se substitue progressivement au post-punk des débuts. Pour autant, le groupe reste totalement new-yorkais, avec des guitares à la Thurston Moore, des constructions rythmiques que ne renierait pas James Murphy, et un mélange de chant habité, parlé ou scandé, qui vient en ligne directe des meilleurs Talking Heads.

2026-09-16-Bodega 03Bodega ne va pas oublier C.I.R.P. (joué pour démarrer le set en beauté) —, Doers ou Jack in Titanic, qui me touche particulièrement en tant qu’inconditionnel de Pavement et de leur version new-yorkaise, Parquet Courts. Mais ce qui va vraiment nous secouer, c’est cette version grandiose de Tarkowski, longue de plus de dix minutes, avec un passage central de cinq minutes, tout en guitares frémissantes, proche de la transe et totalement inoubliable grâce à un Dan Ryan dont c’est le moment de gloire. À l’origine, Tarkowski était une chanson pop de deux minutes, avant que le groupe n’y intègre une improvisation conservée ensuite pour l’enregistrement. La version live pousse la même logique plus loin encore, en donnant carte blanche à Ryan. C’est une splendeur, et j’ai eu ce « Take me to the zone » dans la tête toute la soirée ! La première partie du concert s’achève ainsi avant l’arrivée d’invités très spéciaux, introduits par Hozie : Nodega ! Soit les doubles maléfiques de Bodega, le nom que le groupe a pris pour sortir, en 2025, Rot in Helvetica, son album de hardcore. C’est le moment attendu par les slammers, qui se déchaînent et transforment la salle en zone de guerre : certains de nos amis, trop tranquilles au premier rang, se retrouvent rapidement au cœur de la mêlée. Trois morceaux, dont un Quantify furieux, dix minutes d’intensité électrique : nous découvrons une autre palette du combo, tout aussi réussie, avant que la grosse basse de l’intro du dansant Name Escape ne résonne pour le moment le plus Talking Heads du concert.

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Cela devrait être la fin, mais ils ont encore envie d’en découdre, les bougres, et décident de continuer pour notre plus grande joie : How Did This Happen?, puis surtout le sublime Bodega Bait pour finir. Nous sommes gâtés ! Le plaisir de jouer est évident, les sourires sont sur tous les visages : merci les amis, c’était un grand concert ! Nous quittons la salle estomaqués, avec la perspective d’une autre tournée, dans un lieu plus conforme à leur rang, une fois l’album sorti. Nous y serons : en 1h45, les Bodega se sont inscrits très haut sur la liste des groupes incontournables !

Laurent Fegly
Photos : Robert Gil

Dévore :
Bodega :

Bodega et Dévore au Pop Up du Label
Production : Radical Productions
Date : 16 septembre 2026

Leurs derniers disques :

Bodega (Nodega) – Rot in Helvetica
Label : Chrysalis Records
Date de sortie : 18 juillet 2025

 

 

 

 

Dévore – Jo
Label : Vaguery Records / Howlin’ Banana Records
Date de sortie : 12 juin 2026

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