Echo And The Bunnymen – Apples for Isaac : Welcome Back

Nous n’attendions plus grand-chose d’Echo & The Bunnymen, sinon des concerts dignes, honorant leurs classiques. Et pourtant, Apples for Isaac, qui vient de sortir, déjoue les pronostics et aligne plusieurs morceaux réussis grâce à l’alchimie retrouvée entre Ian McCulloch et Will Sergeant. Une vraie belle surprise.

Photo : Divulgaçao

On les a aimés, ceux-là, éperdument. Au moment d’Ocean Rain, qui faisait déjà suite à trois albums irréprochables, les Bunnymen étaient tout ce qu’on adorait : une musique à guitares intense, portée par un duo chanteur-guitariste à la fois charismatique et inventif. Un univers romantique et sensuel, avec un guitariste qui créait des climats plutôt que d’aligner les riffs. Nous leur sommes restés fidèles entre Evergreen (1997, superbe album et nouveau sommet avec Nothing Lasts Forever) et Siberia (2005, digne et cohérent). Et puis, ils ne nous ont pas aidés… Deux albums sans aucune inspiration (The Fountain et Meteorites), un disque totalement inutile de relectures de leur répertoire (The Stars, The Oceans & The Moon, en 2018) et, franchement, ça sentait le sapin, même si nous allions encore constater en concert la disparition de la voix d’Ian McCulloch.

Et donc, on en arrive à cet Apples for Isaac, douze ans après Meteorites. Il serait faux d’en déduire que le groupe est resté inactif durant toute cette période. Il y a eu le Covid, bien sûr, et le disque, déjà bien avancé en 2021, a d’abord été annoncé pour 2023. Trois années supplémentaires ont finalement été nécessaires, et le batteur Clem Burke n’a pas pu en voir la sortie. Grand ami de McCulloch, Burke était le batteur historique de Blondie et avait participé à l’intégralité des albums studio du groupe new-yorkais. Il est ici crédité à la batterie sur dix des onze morceaux ; seul I’ll Be Your Sunshine ne bénéficie pas de sa présence. Il est décédé il y a un peu plus d’un an, alors que l’album était en cours d’achèvement. Rien de révolutionnaire dans son style, mais il apporte au disque un jeu précis et sec.

Dès Take Me By The Hand, on comprend que Will Sergeant a été nettement plus impliqué dans le projet que sur Meteorites, et ça change tout, car on adore sa guitare qui n’en fait jamais trop. Même la voix de McCulloch se révèle meilleure, malgré l’inévitable usure du temps et une évidente fragilité. Le single Brussels Is Haunted aurait pu figurer sur les disques de la grande période. McCulloch convoque les fantômes de la Seconde Guerre mondiale, Plastic Bertrand et les danses sur la Grand-Place ; Sergeant est de tous les instants et Burke, épatant : ce titre est irrésistible.

Après un début d’album nerveux, I’ll Be Your Sunshine joue la carte de la chanson pop fragile, avec quelques touches de piano et de cordes. C’est une autre réussite du disque.

Hijacked convainc nettement moins et sera plus facilement oublié. Si l’on se fie aux interviews accordées par le chanteur, le texte fait directement référence à un épisode traumatique de son enfance, mais la musique sautillante ne lui apporte aucune tension. The Honey laisse également une impression mitigée, malgré une jolie ligne de basse. On note aussi un Burke moins présent dans le mix.

An Unstoppable Force remet le disque sur la bonne voie, là encore grâce à Will Sergeant et aux arrangements de cordes. Le ton est grave : McCulloch se retourne vers le passé et affronte un avenir plus court : “One of these nights / A day of reckoning all wrongs and rights / And if you’ve won or if you’ve lost the fight / The total worth of your earthly life / In the eyes of your unstoppable force” (L’une de ces nuits / Viendra l’heure des comptes, celle où seront jugés les torts et les bonnes actions / Où l’on saura si tu as remporté ou perdu le combat / Et ce qu’aura réellement valu ta vie sur terre / Aux yeux de cette force irrésistible qui est la tienne).

The Light That Surrounds You retrouve le Bunnymen classique, ample et romantique. Plus étrange, Lab Rats Ran intègre un saxophone, chose rare dans la discographie du groupe. Asimov témoigne de l’intérêt de McCulloch pour la science-fiction. En première approche, on peut penser que le titre Apples for Isaac fait directement référence à Isaac Newton et à sa théorie de la gravité ; mais le prénom d’Asimov étant également Isaac, le doute est permis. Une question à poser, donc, si nous avons la chance de parler au groupe.

We Prayed in the Dark referme le disque sur une touche grave, comme un écho plus sombre à Nothing Lasts Forever, écrit trente ans plus tôt. Celui-ci nous rappelait que le temps est court et qu’il faut en profiter. Désormais, le temps est compté et McCulloch a conscience que l’air se raréfie. Musicalement, le morceau n’a pourtant rien de sinistre : il est majestueux, parcouru de guitares carillonnantes qui lui confèrent une dimension religieuse.

Inutile de mesurer Apples for Isaac à Porcupine ou à Crocodiles : malgré quelques temps faibles, le disque retrouve assez de souffle, de mélodies et de guitares inspirées pour accomplir l’essentiel. C’est l’album que nous n’attendions plus, celui qui replace enfin Echo & The Bunnymen dans l’actualité autrement que par le souvenir de leurs classiques.

Laurent Fegly

Echo & The Bunnymen – Apples for Isaac
Label : BMG
Date de sortie : 18 septembre 2026

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