« Mémoire de fille », de Judith Godrèche : une adaptation délicate, mais trop lisse

Été 1958. Annie Ernaux a 17 ans et découvre le désir, le sexe et l’humiliation. Judith Godrèche en tire une adaptation sensible, mais un peu trop sage pour restituer tout ce que le livre avait de fort et dérangeant.

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Judith Godrèche adapte Mémoire de fille, l’un des romans les plus marquants d’Annie Ernaux, publié en 2016. Sa fille, Tess Barthélémy, y incarne l’écrivaine à 17 ans et demi, au moment où elle quitte pour la première fois son univers familial pour devenir monitrice dans une colonie de vacances. Encore très naïve, Annie découvre la vie entre jeunes adultes, les garçons, le désir et la sexualité. Elle perd sa virginité avec le moniteur-chef au cours d’un rapport brutal, dans une relation dont elle ne parvient pas vraiment à comprendre la nature. Malgré l’indifférence que lui témoigne le jeune homme, elle reste fascinée par lui, incapable de s’en détacher, comme si le fait de devenir sa maîtresse pouvait lui permettre d’exister dans le regard des autres.

memoire-de-filles-afficheJudith Godrèche aborde cette histoire avec beaucoup de délicatesse. Elle filme avec pudeur cette bande de jeunes, et surtout cette « fille de 1958 », comme Annie Ernaux l’a souvent appelée en revenant sur celle qu’elle était alors. Une jeune fille qui, durant cet été, perd à la fois son innocence et sa virginité, et se retrouve prise dans une situation profondément ambiguë, entre désir, curiosité pour le corps et les hommes, et quête d’un amour véritable.

La caméra reste presque constamment au plus près d’elle. Le spectateur observe son visage, ses regards, ses gestes, ses hésitations. Et Tess Barthélémy possède une vraie présence dans le rôle. Avec ses grands yeux encore pleins d’innocence et de curiosité, elle parvient à faire passer beaucoup de choses sans avoir besoin d’en rajouter.

Le problème vient plutôt d’un film qui paraît souvent trop lisse, trop appliqué dans sa reconstitution. Les costumes sont impeccables, les décors soignés, tout semble parfaitement à sa place. Un peu trop, justement. La mise en scène manque parfois de personnalité et donne à l’ensemble un aspect sage qui convient assez mal à la violence contenue dans le récit.

Mais ce qui manque surtout, c’est la puissance littéraire du texte d’Annie Ernaux qui ne surgit qu’à de trop rares moments. Là où le livre provoquait un véritable malaise par la précision de ses mots et la froideur avec laquelle l’écrivaine revenait sur cette expérience, le film reste davantage en surface.

On reste donc un peu sur sa faim devant une adaptation certes respectueuse de l’œuvre, mais trop sage et parfois un peu longue. On aurait aimé que cela gratte davantage, que le film nous mette plus mal à l’aise, qu’il nous remue autant que pouvait le faire Mémoire de fille à la lecture.

Et dans ces cas-là, comme souvent, on conseillera plutôt d’aller lire le livre. Comme la plupart des textes d’Annie Ernaux, Mémoire de fille se lit vite, mais il permet surtout de mesurer la force de son écriture, tout en montrant à quel point il est difficile de transposer au cinéma une œuvre d’autofiction aussi intime.

Benoit RICHARD

Mémoire de fille
Film de Judith Godrèche
Avec : Tess Barthélemy, Valérie Dréville, Maïwène Barthèlemy…
Gere : Drame
Durée : 1h57
Date de sortie en salle : 30 septembre 2026

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