On n’avait pas été totalement convaincus par le dernier album de Yard Act. Il aura suffi d’un concert euphorisant à la Cigale, porté par le groove du groupe, la présence magnétique de James Smith et un public à l’unisson, pour nous donner envie de revoir notre jugement…

Il y a des disques dont on ne sait pas très bien quoi faire à la première écoute, et qui prennent soudain tout leur sens lorsqu’ils passent l’épreuve de la scène. Le dernier album de Yard Act faisait partie, pour nous, de ceux-là : moins immédiatement convaincant que ses prédécesseurs, peut-être, et en tout cas accueilli avec une certaine réserve. Il aura suffi pourtant de quelques minutes à la Cigale pour comprendre qu’il allait falloir sérieusement réviser notre jugement.
C’est déjà notre cinquième concert de Yard Act, et la soirée affiche complet. Pourtant, lorsque nous arrivons peu après l’ouverture des portes, la Cigale est encore quasiment déserte. Une dizaine de personnes tout au plus occupent la salle : l’occasion rêvée de prendre position au premier rang, légèrement sur la gauche de la scène.
La première partie est assurée par Do Nothing, que nous avions déjà vus trois ans plus tôt au Pop-Up du Label, cette fois en tête d’affiche. Leur passage sera court – moins d’une demi-heure –, mais plutôt convaincant.

À 20 heures, les lumières s’éteignent et les membres de Yard Act apparaissent, James Smith en tête, toujours vêtu de son long imperméable noir. Et dès l’introduction de You’re Gonna Need a Little Music, quelque chose devient évident : ce concert va fonctionner. Mieux que fonctionner, même. Là où les morceaux du nouvel album pouvaient laisser une impression mitigée sur disque, ils prennent ici une ampleur et une évidence nouvelles. Huit d’entre eux seront joués ce soir, et ils vont sérieusement nous inciter à retourner vers un disque que nous avions peut-être jugé un peu vite.
Yard Act groove désormais terriblement. Une dimension funky s’est installée dans leur musique, sans lui faire perdre son mordant rock, et elle donne immédiatement envie de bouger. La Cigale répond au quart de tour : public enthousiaste, fosse animée mais bon enfant, sourires un peu partout. Une de ces soirées où le groupe et son audience semblent s’être mis d’accord dès les premières minutes sur ce qu’ils sont venus chercher.
James Smith est évidemment au centre du spectacle. Il ne cesse de grimper sur le petit caisson placé devant lui, haranguant la fosse, jouant de sa présence et de sa gestuelle pour transformer les chansons en véritables petites scènes de théâtre. À sa droite, Sam Shipstone, coupe au bol et moustache impeccables, cisèle des interventions de guitare incisives mais jamais envahissantes, qui maintiennent constamment la tension rock derrière le groove.
Et ce soir, zéro déchet. Cherophobe Rock est formidable, tandis que les morceaux du nouvel album convainquent les uns après les autres – au point de donner sérieusement envie de retourner au disque dès le lendemain. Comme souvent, c’est donc la scène qui aura eu raison de nos premières réticences.
L’un des sommets de la soirée arrive avec The Overload, l’hymne du groupe, qui déclenche évidemment quelques bousculades dans la fosse, mais sans jamais que l’ambiance bon enfant ne disparaisse. Et puisqu’un concert réussi a aussi besoin de petits accidents, James Smith se charge d’en fournir un : après avoir bu quelques gorgées d’une bouteille de Goudale posée devant son caisson, il l’oublie presque aussitôt et l’expédie d’un coup de pied involontaire quelques secondes plus tard. Premier rang copieusement arrosé, scène inondée : l’incident fait finalement parfaitement partie du joyeux désordre de la soirée.
Mais le concert est encore loin d’être terminé. A Vineyard for the North, New Beginnings, 100% Endurance, Over the Barrel et The Trapper’s Pelts prolongent la fête avant que Yard Act ne quitte une première fois la scène.
Le groupe revient alors pour un unique rappel. Mais quel rappel ! Les presque dix minutes de The Trench Coat Museum, second sommet de la soirée, pendant lesquelles Smith vient au contact des spectateurs du premier rang, échangeant quelques checks avec eux avant de refermer définitivement le concert.
Au total, Yard Act aura joué environ 1 h 15. Certains trouveront sans doute cela un peu court. Avec l’âge, pourtant, on finit par comprendre que la durée d’un concert ne veut finalement pas dire grand-chose : on peut facilement s’ennuyer pendant plus de deux heures – voire s’endormir, selon les artistes ! – et prendre un plaisir immense devant un groupe qui joue à peine une heure. Ce soir, ces 75 minutes auront largement suffi.
Après cinq concerts de Yard Act, celui-ci vient se placer tout en haut de notre classement personnel, à égalité avec leur passage au Cabaret Sauvage. Mais il aura surtout réussi quelque chose de plus intéressant : nous faire entendre autrement un album qui, jusque-là, nous résistait. Et quand un concert réussit à modifier ainsi notre perception d’un disque, c’est probablement qu’il a pleinement rempli son rôle.
Yard Act : ![]()
Texte écrit à partir du compte-rendu de Gilles Barbeaux, merci à lui.
Photos : Laetitia Mavrel
Yard Act à la Cigale (Paris)
Production : Alias
Date : le jeudi 1er octobre 2026
Leur dernier album :
Yard Act – You’re Gonna Need A Little Music
Label : Island Records
Date de sortie : vendredi 17 juillet 2026
