Yard Act – You’re Gonna Need A Little Music : All We Need is Yard Act

Yard Act, le quatuor de Leeds que nous n’avons plus quitté depuis son apparition en pleine pandémie, continue de sortir des sentiers (re)battus de la scène indie britannique avec son troisième opus qui, sans aucune pincette, nous rappelle que You’re Gonna Need A Little Music, et que cette musique, c’est bien la leur. Les Anglais continuent de nourrir leur imaginaire musical de références de plus en plus inspirées, rejetant les cadres lourdauds dans lesquels les plus jeunes se laissent enfermer bien trop facilement.

Yard Act / Credit James Winstanley

Yard Act, c’est un de ces nombreux groupes estampillés « Made in COVID-19 ». Pour rappel, leur premier single a eu la drôle d’idée de sortir en mars 2020, aux portes de la mise sous cloche du monde. Durant les longs mois de confinement, les musiciens en ont profité pour affiner leur jeu, trouver leurs marques ensemble et finaliser la formule magique qui allait faire d’eux une véritable unité, deux d’entre eux (James Smith et Ryan Needham) ayant précédemment fait leurs armes dans divers groupes, avec à leur actif quelques albums parus dans les années 2010. Le résultat fut un premier EP, Dark Days, qui épousait les codes débridés d’un post-punk très « Fallien », dans lequel nous découvrions la verve pisse-vinaigre et délicieusement juste de James Smith, leur leader alors au look de prof de maths. En janvier 2022, parut leur très attendu premier album, The Overload, et James en profita pour hisser le trenchcoat comme emblème de Yard Act, un vêtement devenu à lui seul le cinquième membre du groupe car fidèlement porté, été comme hiver, sur toutes les scènes que la formation a pu enfin fouler à la sortie de la pandémie.

Depuis, James, Ryan, Sam et Jay ont remis le couvert avec leur second album Where’s My Utopia? paru en 2024. Un album presque controversé de par sa couleur très pop et la participation de Remy Kabaka Jr, producteur qui a aidé à façonner entre autre l’identité Gorillaz. L’album s’ouvrait à d’autres horizons en abandonnant la casquette post punk prolo propre au nord de l’Angleterre. Certains singles s’acoquinaient avec l’hyper pop quand d’autres se lovaient dans des beats hip-hop ou revêtaient des aspects plus dépouillés quand James faisait usage du slam. Un disque riche et une audace applaudie, mais peut être un peu trop radicale à ce moment de leur carrière, car en ayant décontenancé plus d’un.

Alors, qu’attendons-nous de Yard Act pour ce troisième album ? Eh bien qu’ils restent fidèles à leurs valeurs faites d’éclectisme, les quatre musiciens partageant des goûts et des références extrêmement variées, entre hip-hop, dance, rock, pop, electro, le fruit de longues années à tester ce que l’industrie musicale pouvait leur offrir. Ce qui ne change pas avec ce You’re Gonna Need A Little Music, ce sont les moyens que se donne Yard Act. Cette fois-ci, nous retrouvons à la production Justin Medal-Johnsen, l’homme aux manettes derrière Beck, Wolf Alice ou M83, entre autres. Une collaboration qui a le mérite de « recentrer » le son de Yard Act tout en leur déployant un espace créatif à la hauteur de leurs compétences.

Terminé les choristes-danseuses sur scène ou les hymnes rigolos au trenchcoat, Yard Act semblent embrasser leur maturité avec un son et des paroles plus brut de décoffrage, la vision cynique du monde qui nous entoure et sa transcription par la plume de James Smith restant tout de même le sel des titres. Musicalement, on demeure dans un spectre entre rock plus affirmé, qu’on retrouve dans Thrill Of The Chase, Cherophobe Rock ou Redeemer, et beats funk et dance devenus le background reconnaissable entre mille : Empty Pledges et sa chape de sons presque métalliques qui offre une entame particulièrement marquante, le groovy single éponyme You’re Gonna Need A Little Music, avec le piano malicieux sur la voix de James qui semble se métamorphoser en crooner de boite de nuit et ce refrains aux samples presque cosmiques.

La diversité oui, mais maitrisée, pour ne plus s’éparpiller de façon anarchique, voilà qui prouve à quel point Yard Act est un groupe solide, avec les pieds extrêmement bien ancrés sur le plancher des vaches, quatre musiciens qui album après album revendiquent toujours autant leurs influences multiples tout en réussissant de mieux en mieux à canaliser leur folie créatrice dans un tout cohérent et juste ce qu’il faut de bordélique.

La fin du disque retombe dans des codes un peu plus classiques que le groupe a déjà manipulé, tel Janey Said, le titre spoken word où James se régale d’un slam qu’il maitrise de mieux en mieux, Talky Talky People qui replonge dans la légèreté et la malice des petits bâtons de dynamite qui constituaient The Overload, avec James Smith qui blablate lui-même sur les blablateurs qu’il dénonce. Enfin, le titre de clôture, Over The Barrel, nous offre un final étonnant, avec un chant presque sensuel de la part de James, et une musique toute en lourdeur : guitare grasse, cadence martiale, la basse toujours aussi profonde et sexy de Ryan pour porter le tout à bout de cordes, et un final complètement délirant, qui fait sortir de tous sentier tracés ce morceau inclassable.

C’est cette folie que l’on aime chez Yard Act, c’est cette liberté de ton que James Smith, Ryan Needham, Sam Shjipstone et Jay Russel se donnent le droit absolu d’afficher, et le résultat offre un troisième album tout aussi inventif que parfaitement maitrisé, dans lequel, surtout, nous sentons que le groupe continue d’évoluer d’une façon la plus honnête qui soit.

Yard Act, c’est aussi et surtout un groupe de live, leurs concerts prenant des allures de combat de boxe où tant les musiciens (et surtout James en maitre de cérémonie surexcité) que le public en prennent plein les mâchoires. Yard Act c’est un choix de faire ce qu’ils veulent comme ils le veulent, et même si cette droiture ne les mène pas encore dans les stades (ce que, personnellement et égoïstement, nous souhaiterions éviter), ils s’assurent auprès de leurs fans et de leurs pairs une reconnaissance et un respect qui font d’eux un groupe unique. Rendez-vous en octobre à Paris à la Cigale le 1er et à Toulouse le 8 à la Cabane car nous avons définitivement besoin d’un peu de musique : la leur !

Yard Act – You’re Gonna Need A Little Music
Label : Island Records
Date de sortiec: vendredi 17 juillet 2026

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