« Les Mécanos de Vénus », de Joe R. Landale : les débuts de Hap et Leonard

En 1990, le romancier américain Joe R. Lansdale donnait naissance à un duo particulièrement truculent et attachant. Les deux amis Hap et Leonard faisaient ainsi leurs débuts dans Les Mécanos de Vénus, un roman qui, à défaut d’être le sommet de la série, reste le meilleur moyen de découvrir un auteur et des personnages formidables.

Joe R. Lansdale en 2007 au Texas Book Festival in Austin, Texas, United States.
© Larry D. Moore, CC BY 4.0, Wikimedia Commons.

Joe R. Lansdale peut être considéré comme l’archétype même de l’auteur pulp. Ce Texan, grand lecteur de comics, de littérature pulp et amateur de cinéma bis, commence sa carrière au début des années 80 en publiant des westerns qui versent dans le surnaturel, mais aussi des romans d’épouvante et de science-fiction. Si cette partie de sa bibliographie reste largement inédite en français, ses romans policiers – qu’il commence à écrire au début des années 90 – ont connu un certain succès chez nous. Son roman Les Marécages traduit en 2002 est généralement considéré (à juste titre) comme un chef d’œuvre du genre. Mais la popularité de Lansdale est essentiellement liée à sa série Hap et Leonard, du nom de ses protagonistes. Quatorze romans composent à ce jour cette formidable saga – et l’on ne peut que regretter que plusieurs d’entre eux restent inédits en français. Tout commence donc en 1990 avec Les Mécanos de Vénus (Savage Season), roman qui ne sera que très tardivement traduit chez nous. Si cette première aventure n’est sans doute pas la meilleure du duo, c’est bien avec elle qu’il est conseillé de commencer si l’on souhaite découvrir dans l’ordre l’histoire de ces deux personnages terriblement attachants.

Hap Collins, le narrateur de la saga, a une quarantaine d’années au début des Mécanos de Vénus. Ancien militant pour les droits civiques dans les années 60, Hap a fait de la prison pour avoir refusé de combattre au Vietnam. C’est après sa libération qu’il a rencontré celui qui allait devenir son meilleur ami, Leonard Pine, Noir homosexuel qui a lui connu l’enfer de la guerre. Les deux hommes vivent dans l’East Texas où ils exercent des petits boulots afin d’essayer de mener une vie relativement paisible. Mais les choses changent lorsque Trudy, l’ex-femme de Hap, réapparaît pour leur proposer de l’aider à retrouver une très grosse somme d’argent qui se trouve quelque part dans le fond de la Sabine, ce long fleuve qui traverse le Texas et la Louisiane. Cette proposition marque évidemment le début des ennuis pour nos deux héros qui, on le découvrira progressivement, ont de toute façon l’art d’attirer les problèmes ou d’être au mauvais endroit au mauvais moment.

L’intrigue des Mécanos de Vénus, qui mêle chasse au trésor, anciens activistes hippies plus ou moins honnêtes et dangereux gangsters, ne brille pas vraiment par son originalité. L’intérêt du roman – et plus largement de la série Hap et Leonard – réside ailleurs et notamment dans l’humour souvent très graveleux des deux personnages – et donc de Lansdale. Les amateurs de métaphores raffinées et de bon goût peuvent passer leur chemin. Hap et Leonard multiplient les réparties grivoises et grossières comme aucun autre personnage et leurs aventures se lisent généralement un sourire aux lèvres (pour peu que l’on apprécie ce genre d’humour). Pour autant, Lansdale n’oublie jamais qu’il écrit des polars et ce roman, comme tous ceux de la série, s’achève dans un déluge de violence que n’aurait renié un Sam Peckinpah.

Ajoutons que Lansdale ne se contente pas non plus de nous distraire. Il aime insérer dans ses romans des sujets beaucoup plus graves que ce que l’on pourrait croire de prime abord. Dans Les Mécanos de Vénus, il propose notamment une réflexion sur l’idéalisme et sur les moyens d’action employés par ceux qui prétendent vouloir sauver le monde. Teinté de désillusions, ce premier volume n’atteint toutefois pas le niveau des deux suivants, L’Arbre à bouteilles et Le Mambo des deux ours (sans doute les deux meilleurs de la série).

Quoi qu’il en soit, Joe R. Lansdale nous offre ici un très bon divertissement, incontournable pour quiconque souhaite découvrir une saga romanesque qui a en outre été très bien adaptée à la télévision (trois saisons qui adaptent les trois premiers romans). Alors n’hésitez plus, plongez vous dans les aventures rocambolesques de ces deux personnages inoubliables.

Grégory Seyer

Les Mécanos de Vénus
Un roman de Joe R. Lansdale
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Bernard Blanc
Editeur : Denoël (puis Folio policier n°789)
240 pages – 7,90 €
Date de première publication en français : le 05 mai 2014

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