Pas forcément les « meilleurs » disques des années 80, mais ceux qui nous ont accompagnés, que nous avons aimés : aujourd’hui, Paul’s Boutique, échantillons en (pro)fusion sur l’un des albums les plus osés et intelligents de la fin de la décennie.

« At the risk of sounding ridiculous, let us assert right off the bat that Paul’s boutique is as important a record in 1989 as Dylan’s Blonde on Blonde was in 1966. The most daring and clever record of the year. » (Au risque de paraître ridicule, j’ose affirmer d’emblée que Paul’s Boutique est un album aussi important en 1989 que le fut le Blonde on Blonde de Dylan en son temps. Le disque le plus osé et intelligent de l’année)
Ainsi débutait la chronique de David Hiltbrand sur cet album dans Time Magazine en août 1989. Bien qu’ayant été le plus souvent vrai (donc pas faux) sceptique sur le phénomène hip hop (seuls les plus de quarante ans ont la réf.), je dois avouer que Paul’s Boutique constitue pour moi un disque visionnaire, où l’échantillonnage et le mixage sont poussés à plus que leurs limites de l’époque pour créer une œuvre foisonnante, pleine d’humour et de références, mais aussi et surtout, ce qui m’intéresse avant toute chose, intensément musicale. Une véritable prouesse analogique à l’aube de l’ère numérique, l’absolue référence pour comprendre l’évolution de la production musicale toute entière, oui Monsieur !
Le mot « risque » était le leitmotiv du groupe et de la maison de disque Def Jam, évidemment pas dans le même sens, avec la question suivante : « Comment réussir aussi bien le deuxième album que Licensed to Ill, le premier disque rap à atteindre le top du BillBoard US suivi d’une tournée plus que triomphale car accompagné par leurs Def Jam mates Public Enemy et Run DMC, s’il vous plait ? Pour Rick Rubin, c’est l’évidence : il faut un « Licensed 2 » avec le même cocktail hardcore / hip-hop d’adultescents, ce qu’attendent les fans du reste. D’ailleurs, pour se faire bien comprendre, les recettes de la tournée et des royalties (près de deux millions de dollars !) seront bloquées tant que Ad Rock, MCA et Mick D. ne retourneront pas en studio, non mais !
Ces derniers, exténués par ladite tournée voire fatigués d’être ensemble, à la limite du split [1], (la rançon du succès…), resteront toutefois sourds aux sirènes de Def (dig it ?). Ils souhaitent prendre du recul, atteindre une maturité créatrice, donc forcément moins commerciale, et explorer de nouveaux horizons sonores. Rien de tel pour se faire que de partir dans des contrées où curieusement, le hip hop n’est pas (encore) le courant dominant, contrairement à la Grosse Pomme d’où viennent les trois lascars. Ad Rock y part le premier, pour rejoindre sa girlfriend de l’époque et pour tourner dans le film Lost Angels fin 1987. Si les deux autres sont pris par leurs autres groupes, punk pour MCA et jazz pour Mike D., ils gardent cependant contact, notamment pour enterrer le Def (ça marche aussi !), ce qui finira en procès que le groupe perdra… Reste alors à trouver une nouvelle maison de disques et de nouvelles idées. A l ‘écoute de deux remix d’un duo de DJ de LA, les Dust Brothers, proposés par deux connaissances communes, Matt Dike et Max Perlich, c’est la révélation.
Les frères de poussière (d’ange mais aussi celle qui recouvre leurs monstrueuses collections de vinyles, dans tous les styles), ce sont John Gizmo King et E-Z Mike Simpson. Ils commencent à se faire une sacrée réputation sur la côte Ouest. L’un, étudiant en programmation informatique et l’autre en droit se rencontrent dans la station de radio de Claremont College KSPC, et animent rapidement une émission quotidienne de 3 heures (!) consacrée au hip hop et considérée comme la première du genre en Californie. Outre les passages en radio de disques entiers, ils diffusent aussi leurs propres remix. Ils rejoignent avec Matt Dike un obscur label de hip hop californien dénommé Delicious Vinyl Music Factory, et leurs remix passés en radio tapent dans l’oreille de Tone-Löc, dont ils participeront à l’album Löc-ked after Dark (dont le single Wild Thing atteindra le top du Billboard) et aussi le titre de Young MC Know How.
Ils passent ainsi maîtres dans l’art du sampling et le maniement, dans le vrai sens du terme, des premiers samplers, notamment le Akai MPC S 900, et des primitifs séquenceurs digitaux, tel le logiciel ‘Texture’ développé par un ingénieur de chez IBM, avec lequel il fallait taper à la main (!) les chiffres et les temps MIDI [2]. Techniquement limitées à l’époque, ces machines les conduisent à inventer des process de génie dont le résultat n’est pas si éloigné d’un mixage via Logic Pro par exemple, dont les premières bribes ne sortiront que quatre ans plus tard.
Pour faire (très) court, le concept réside en une accumulation de pistes d’échantillons joués en boucle, synchronisées par un appareil antédiluvien, la syncbox JL Cooper PPS1, le tout passé dans une console à automation préhistorique. Une piste est réservée pour les voix, une autre pour les instruments. Les autres pistes sont jouées en même temps et arrangées en utilisant la touche ‘mute’ de chaque piste, de manière automatisée. Le tout avec une fluidité parfaite. Par exemple, les échantillons sont découpés, superposés, réarrangés et synchronisés, créant des beats et des textures inédites. Ainsi, un riff de guitare rock peut être mixé avec une ligne de basse funk, le tout synchronisé avec des scratchs et des voix, sans incohérence rythmique ni tonalité discordante. Magique !
Un travail d’orfèvre maniaque, à l’époque un enfer !! EZ-Mike indiquera dans Sound on Sound : « Je me suis dit : Ô mon Dieu, pourquoi ne pourrions-nous pas simplement avoir une chronologie à travers un écran et des morceaux pour chaque échantillon et une représentation visuelle pour les formes d’onde à travers la ligne de temps? ». Ben oui, de quoi en avoir plein le DAW, imaginé ici bien avant sa conception !!
Pour les deux disques cités plus haut, les Dust Brothers créent des instrumentaux très sophistiqués sur lesquels ils ne pensent pas que l’on puisse phraser et les réservent un temps pour leur propre album. C’est ainsi que deux d’entre eux, dont les futurs Car thief et Shake the rump, explosent dans les oreilles des BB : « Il faut qu’on rhyme sur ça ! » [3].
Tout le groupe se réfugie donc à LA, où ils signent de plus un mirifique contrat avec Capitol Records. Ils peuvent ainsi se lancer dans ce nouvel album que l’on peut qualifier de ‘sampuzzle’ ou de ‘capharnahum’ géant. Officiellement cent cinq échantillons utilisés (et dont les droits d’auteurs ont été réglés pour près de 250 000 dollars, soit un quart du coût total de l’album). Le véritable chiffre tourne plutôt entre deux cents et trois cents (même les DB ou les BB ne sauraient dire le nombre exact[4]). A noter qu’un procès a été intenté aux US en 2012, soit ironiquement la veille de la mort de MCA d’un cancer, par la société TufAmerica, laquelle détient les droits d’auteurs sur plusieurs milliers de titres, dont Say What de Trouble Funk samplé notamment sur les morceaux Shadrach et Car Thief, se terminera en 2015 par un rejet de la requête [5]. L’important n’est pas tant le nombre que la façon dont sonne cet immense patchwork, réalisé d’abord dans la chambre de l’appartement de Matt Dike, puis ensuite, grâce à la générosité de Capitol Records, au fameux studio Record Plant de LA.
Les paroles sont un mélange unique d’humour absurde, de références pop, de jeux de mots, de bravade exagérée et d’autodérision.
La pochette est un panoramique de Ludlow Street pris depuis le 99 Rivington Street dans le Lower East Side de Manhattan. Créditée sur l’album à Nathaniel Hornblower, un des alias de MCA, le(s) cliché(s) a (ont) en fait été pris par Jeremy Shatan, un pote de longue date de Mick D, d’ailleurs bassiste du groupe punk Young Aborigenies dans lequel éructait (déjà ?) ce dernier au tout début des années 80. Selon Shatan, c’est Mick D. qui a trouvé le concept, mais le premier a résolu la question de la réalisation d’une photo panoramique en 1989… Et bien, comme pour les samples, on colle !! La boutique de Paul est en fait fictive, le vrai est un magasin de sportwear où l’on vend de tout, fringues, bibelots, disques de funk et même un banjo, éléments que l’on retrouve d‘ailleurs sur le disque. L’idée aussi peut-être que le terme « boutique » est bien connu des musiciens pour qualifier un instrument, une pédale d’effet ou un ampli fabriqués en un nombre limité, voire unique, d’exemplaires par un artisan indépendant, ce qui semble coller (for sure !) à cet album éminemment conceptuel.
En ouverture, une surprenante et très courte ode cool jazz, sur un fond musical tiré de Loran’s Dance d’Idriss Muhammad sur l’album Power of Soul de 1974, nappé de subtiles volutes d’orgue Hammond joué par Bob James. Sur To all the girls, MCA susurre son amour aux femmes du monde dans toutes leur diversité, hôtesses de l’air comprises, même si la majorité d’être elles sont à NYC. La voix est volontairement enregistrée à un si bas volume au début que l’auditeur est obligé de franchement monter le son jusqu’à ce qu’il sursaute sur la note de basse enregistrée elle, évidemment beaucoup plus fort et intervenant aux environs de la vingtième seconde. Une douce dédicace aux dames, en réponse aux paroles plutôt machistes de Licensed to Ill, telles Girls ou She’s on it. Une allusion aussi sans doute au titre To All the Girls I’ve loved before composé en 1975 par un autre Hammond (Albert), le père d’un troisième, Hammond Jr, guitariste des Strokes et repris en 1984 par l’improbable duo Iglesias – Willy Nelson. Une périssable version française inédite sera interprétée par les navrants Gra(y)ve et Barbe(livien)lavie (référence Nuls pour les plus jeunes lecteurs).
Après le cool calme, la tempête funk. Shake your Rump (Bouge tes fesses) qui suit débute par le roulement de batterie d’Alphonse Mouzon sur Funky Snakefoot. On ne compte pas moins de quatorze samples dans le mix, dont Unity, le duo bizarre d’Afrika Bambaataa avec James Brown en 1984, un soupçon de Could you be loved des Wailers voire en toute fin Good times bad times Ledzeppien. Un mélange osé !! L’odyssée verbale est vertigineuse, sur une attitude insouciante. Les BB sont sûrs de leurs prouesses vocales et s’offre une célébration (« rock a house party ») de leur musique et de leur style, sur fond de défi aux normes conventionnelles. La « chauve-souris en aluminium » symbolise leur capacité à surmonter les difficultés, y compris après s’être fait arrêter un soir de fête de Mardi Gras pour être monté sur un char de carnaval. Le refrain-titre est une invitation ludique au public à s’engager et à profiter de la musique, à se lâcher et à passer un bon moment. Mike D s’adresse avec humour aux critiques et se vante de ses compétences, « I might be peakin’ or freakin’, I’m known to rock well » tout en présentant une attitude intrépide : « I’m Mike D and I’m back from the dead ». Références aussi Club Med où l’on chill sur ses plages, au clavier des Grateful Dead et aux personnages de sitcoms ou de dessin animé comme Fred Flintstone.
Johnny Ryall présente une représentation vivante de la vie et des luttes d’un sans-abri « au passé rockabilly que personne ne connaît », traînant non loin de l’appart de Mike D, et qui se prévalait d’être l’auteur de Blue Suede Shoes et s’est fait « tondre par Elvis pendant son service militaire ». Un passé plus prospère, une star du rockabilly à la « voix de platine mais seulement des disques d’or ». Le riff de guitare, tiré de Sharon de David Bromberg, qui a joué avec Dylan, illustre la bande originale de sa vie. Il boit beaucoup mais refuse de s’adonner à des vices plus addictifs, en conservant ainsi un semblant de contrôle. Multiples références musicales (Helter Skelter, Maggie’s farm, Bootsie Collins), sample du Floyd et de Paul Mc Cartney, un mix complexe traduisant celle de sa personnalité. La chanson insiste aussi sur la résilience et dénonce la stigmatisation des sans-abri, malgré leur passé et leurs luttes individuelles, les disparités socio-économiques à NYC et le contraste entre les riches et les démunis (« Donald Trump, Donald Tramp livin’ in the Men’s shelter »), les premiers n’étant pas à… l’abri de se retrouver à la suite d’un revers de … fortune dans la position des seconds. La furtive audition du célèbre « Kick it ! » en intro de Fight for your right (to party) est sans doute un clin d’œil rappelant le conflit entre le groupe et Def Jam pour des Ryall royalties impayées (dig it ?) [6].
Curtis Mayfield a toujours été une source majeure pour le hip hop, revendiquée par exemple par Kanye West (Touch the sky a copieusement samplé Move on up !), Kendrick Lamar ou encore Gang Starr. Bien avant eux, la ligne de basse de Egg man est quant à elle tiré du titre Superfly. Egg Man, c’est un délire cinématographique des BB sur leur obsession [7] de vouloir lancer des œufs depuis leur chambre d’hôtel du Mondrian ou de leur voiture sur des passants médusés. Une ode au cinéma car truffée de samples de musiques ou de séquences de films (les cordes de Psychose mixées avec celles de Jaws, le thème de Cape Fear à la fin, outre Superfly, tiré de la BO du film éponyme de 1972), les cris de Drew Barrymore dans E.T. ou des références à Taxi Driver ou Dolemite, film de la blaxploitation des années 1970. Un hymne rebelle contre l’establishment et les racistes « You made the mistake to judge a man by his race / You now go through life with egg on your face / Vous avez fait l’erreur de juger un homme selon sa race / maintenant vous vous retrouverez avec un œuf sur le visage ». L’œuf est un « symbole de vie », à l’origine de celle-ci (ou est-ce la poule ?) à la fois fragile et puissant quand il est utilisé collectivement. Avec un humour ravageur, Egg Man (référence aux Beatles ?) se délecte de son rôle de perturbateur, et sa fierté de ses actions faisant fi des conventions. Selon Mike D [8], MCA aurait même sollicité des ingénieurs d’une firme de jouets pour fabriquer le egg-gun évoqué dans la chanson et aurait même conservé un exemplaire du prototype ! Références enfin à leur ex Def mates de Public Enemy (ce que devient l’Egg man finalement) avec les titres You’re gonna get yours et Now they got me in a cell et à leur pote graphiste new-yorkais Eric Haze, apparemment victime d’un « ovulgacheur » rival. Du grand art !
Cinéma toujours avec High Plains Drifter, qui reprend le titre du deuxième film réalisé par Clint Eastwood et sorti en 1973 (l’Homme des hautes plaines en VF). On peut d’ailleurs considérer cette piste comme un hommage à Clint, dans son rôle typique de renégat et d’anticonformiste qu’il a incarné dans les westerns ou dans les films avec le personnage de Dirty Harry. Un brin bravache au tout début (« They can’t catch me / never gonna find me / They’re never gonna know that I’m the High Plains Drifter / Ils ne m’auront jamais, jamais ne me trouveront, ne sauront jamais que je suis l’homme des hautes plaines »), le narrateur est fier de sa personnalité d’hors-la-loi et du mode de vie qu’elle implique (vol à l’étalage, de voiture de location, braquages de boîtes aux lettres) et de ses conséquences (prison pour avoir piqué une boîte de Seven Up, mais évasion rocambolesque). La chance finit par lui sourire, sous la forme d’un billet de loterie gagnant. Selon EZ Mike, un pendant à Paul Revere figurant sur Licensed to Ill, ce grand personnage de l’indépendance américaine. Ce que renforce encore la référence à Travis Bickle, le personnage incarné par Robert de Niro dans Taxi Driver, le justicier solitaire. Enfin, une allusion subtile à deux autres célèbres hors la loi du cinéma avec la phrase « man turned to me and said why are you here? », soit la question posée par Yoda à Luke lors de leur première rencontre dans L’empire contre-attaque. Le fond musical, sur un rythme funky très lent, a été le plus simple de l‘album à réaliser selon les producteurs. Basé en grande partie sur le titre Those shoes des Eagles, il comprend également à la fin un extrait de Suzie is a hangbanger des Ramones et une ligne de basse tirée de Nationwide de ZZ Top.
« What could be cooler than being sued by The Beatles ? » [9]. Avec Sounds of Science, les BB repoussent leurs limites de l’expérimentation en une suite à trois mouvements sur la bravitude rap, et autres prouesses vocales voire sexuelles. Quoi de plus noble que d’illustrer leur science du flow avec un fil rouge, les Fab Four, autres expérimentateurs de génie. Le concept de cette chanson est une comparaison entre leur musique et les grands découvreurs scientifiques (Galilée, Newton), lesquels n’ont pas été appréciés à l’époque à leur juste valeur mais seront plus tard célébrés comme des génies. Un peu précieux certes, voire arrogant, mais tellement prescient. Sauf que le génie des Beatles a été reconnu de leur vivant. La première partie démarre sur une « boîte à meuh » et reprend la basse et le hautbois de When I’m sixty four ainsi que le son du réacteur d’avion ouÏ sur Back in the USSR, un peu ralenti. Les trois blancs-becs (benzène) (benzine ?) de la classe moyenne adoptent ironiquement les thèmes de la Fivepercent Nation (« droppin’ science »), se prennent pour Jesus (« un clou dans chaque main et un autre dans le pied », rappelant le prix à payer pour une créativité jugée excessive ou même se comparent aux quatre Merseylad’s en évoquant leur concert au Shea Stadium. La deuxième partie est nettement plus aggressive, sur fond musical et bruits de foule de Sgt Pepper’s lonely heart’s club band. Frasques sexuelles sous « Jimmy protector » (capotes, mais explosées), « time and money for girls covered with honey / on a le temps et l’argent pour des filles couvertes de miel », ponctué du fameux cri de combat de Mohamed Ali « Rope – a dope ! », bien loin de leurs salles de classes de science où ils s’amusaient avec des lunettes en plastique, et alors que les flics distribuent du crack. On monte encore d’un cran (ciel) dans la galipette sur le troisième (et dernier) mouvement, judicieusement ponctué par la batterie et la guitare de The End. Après s’être comparé à l’explorateur espagnol Juan Ponce de León, « découvreur » de la Floride à la recherche de la fontaine de jouvence, ils admettent : « Je vais mourir un jour / Parce que je vais et j’agis de cette façon / Pas comme un cafard ou un morceau de pain grillé / Je vais partir en première classe sans sortir du wagon ». Ils refusent de faire quelque chose de petit, y compris mourir. Petite mort certes, mais grand décès. Avec quelques « vérités » bien assénées : on rocke en Adidas, pas en Fila et « de la sinsemilla, pas de coke » (repris de Don’t sniff coke du rastaman anglais Pato Banton). Plusieurs humeurs dans une même chanson avec un fil conducteur northern soul, la première classe en trois minutes chrono.
Si on entend au début de 3 minutes Rule les bruits d’un match de ping-pong, les joutes verbales habituelles entre les trois chanteurs sont bizarrement absentes du titre. Chacun phrase en solo, sur un funk langoureux tiré de Brave & Strong de Sly & the Family Stone. Peut-être la piste la plus faiblarde du disque, avec une reprise des mêmes thèmes que le titre précédent, sur un ton moins vindicatif, presque un peu creux. Une respiration où l’on cite des poètes (Dylan, Kerouac), des rois de la six cordes comme Forgerty et sa Proud Mary qui n’en finit pas de tourner ou Hendrix « are you experienced, little girl ? » mais sans la verve et la provoc qui les caractérise d’habitude. A noter quand même le subtil jeu de lettres de MCA sur la phrase « Cause you know why [Y] a [A] you [U] see [C] H », soit celles de son nom… Si Mike D déclare : « Pas une grammaire parfaite, un timing toujours parfait », on saute du coq à l’âne, de l’absurde au commentaire social aiguisé, laissant un sentiment chaotique d’inachevé, comme en témoignent les trente secondes de fond musical après la dernière phrase « I’m out ! ».
Retour à la teuf dans la ville qui ne dort jamais avec Hey Ladies, le seul vrai single de l’album et le seul single tout court à s’être classé à la fois dans le Top 30 des sections rap et rock du Billboard. Guitare en cocotte catchy irrésistible tirée de Machine gun des Commodores et la fameuse cowbell [10] que l’on entend sur le refrain, d’ailleurs composé lui-même de plusieurs samples de piliers du funk (Cameo, Kool & the Gang) ou du hip hop (Afrika Bambataa). On y entend aussi quelques invectives Jamesbrownesques ou le fameux « Good God ! » de Edwin Starr sur son tube War. Un titre complexe tout à la fois entraînant, à la rythmique implacable, sans véritable break et terriblement dansant. Le « message » général, sur un ton un peu macho, est que ces mecs assurent avec les filles, toutes des conquêtes en devenir (« I’ll bring you back to the place and your dress I’m peeling / Je vais vous ramener à l’endroit et à votre robe que j’effeuille »). Sûrs d’eux et de leur apparence et capacités physiques, ils ont le don des beaux parleurs (« The gift of gab is the gift that I have / J’ai un vrai don pour la tchatche »), surtout en ciblant les bimbos (« Educated? No. Stupid? Yes / and when I say stupid I mean stupid fresh »), par ce que bon il faut être sûr d’arriver à ses fins. Toutefois, tout cela est basé sur le mensonge (Talking to a girl telling her I’m all knowing / She’s talking to the kid to the who / I’m telling here every lie that you know that I never did / Je dis à une fille que je suis omniscient / Elle discute avec le gars qui lui raconte des bobards que vous savez qu’il n’a jamais fait », une fausse masculinité en quelques sorte et des rodomontades de vestiaires (sportifs ou de boîtes de nuit). Références à des stars du base-ball, des séries télé, toute la palette des années 80 mais toujours d’une surprenante actualité, y compris un clip rigolo avec la cowbell retenue au plafond par une main géante, typique de l’époque. Une ode à l’hédonisme où le leitmotiv est d’attirer ou d’appeler l’attention, en envoyant son oreille coupée par la poste après une rupture, comme Vincent Van Gogh.
5-Piece Chicken Dinner qui ouvre la face B est un interlude de vingt-trois secondes tiré de la célèbre scène du duel banjo – guitare acoustique du film Delivrance réalisé en 1972 par John Boorman. Le thème Shuckin’ the corn composé par le pionnier Arthur ‘Guitar Boogie’ Smith a été réarrangé par Eric Weissmann. Un jingle country de redneck improbable sur un disque de rap mais un contrepied dont seuls les Beastie en avaient le secret.
Pour Looking Down the Barrel of a Gun, les Beastie adoptent un ton martial, plus grave, que souligne la lourde rythmique tirée de Last Bongo in Belgium de l’Incredible Bongo Band de Michael Viner affublée de force effets reverb et flanger. Le tout sonne très John Bohnam. Un retour aux racines punk avec la guitare presque (?) métalleuses de Ad Rock et la ligne de basse lourde de MCA. L’accord de piano en début de chaque quatrain provient de Time de Pink Floyd. Un sentiment de violence urbaine, de tension né de la colère, d’imprévisibilité, de luttes incessantes, de défiance, auxquelles il faut faire face. Témoin d’un plantage au couteau, participation à des combats à mains nus (« fist fight »), références à l’ultraviolence d’Orange mécanique, au Bruce Willis des Die hard, à Rambo, à un serial killer des années 70 (Son of Sam) juxtaposées à des scènes quotidiennes, comme écrire des rimes « schizophréniques » et faire face à des problèmes de voiture, créant un sentiment de contraste et d’ironie. Un certain nihilisme aussi « Son of a gun, son of a bitch / Getting paid, getting rich Fils de chien, fils de pute / Se faire payer, devenir riche » – renforçant la noirceur. La conclusion « Racism is schism on a serious tip / Sérieusement, le racisme est une dislocation » élargit ce sentiment aux tensions et inégalités sociales nécessitant une réponse urgente.
On peut entendre des relents de free jazz pour Car Thief, une des premières démonstrations du talent des Dust Brothers pour le mix d’échantillons. Le groove principal provient de Rien Ne Va Plus de Funk Factory, un des nombreux projets parallèles du compositeur polonais Michael Urbaniak. Le titre est mixé à une rythmique imparable issue de Funkadelic. Rien à redire, les gars savent y faire et le revendiquent « Je suis un écrivain, un poète, une génie / je le sais ». Les bruits électroniques sont ceux d’une carte son d’un antédiluvien PC rapporté par le père de Gizmo King alors que celui-ci travaillait chez IBM [11]. Le vol de voiture est une allégorie d’une quête hédoniste vaine car conduisant finalement à la déchéance, le plaisir personnel (de court terme) se confrontant au bien-être de la communauté. La chanson est un melting pot de leurs expériences des drogues (spaces cakes ou hash cookie, XTC voire « fumer un sac de tranquillisants pour éléphants » ou sniffer « des rails sur un miroir à l’effigie de Bowie », voire de mauvaises expériences d’autres personnes (le Godfather of Soul himself James Brown en prison pour en avoir fumé lors d’un festival estival new-yorkais). Une évasion chimique permettant de se soustraire à une réalité ne tenant pas ses promesses en termes lendemains qui chantent (oui scandent, en l’espèce) mais provisoire, la désillusion guettant où l’on finit par se rendre compte qu’on se vole soi-même. Les « biting routines » et « mon ami Russ Rush » font référence au contentieux les ayant opposés à Def Jam et le manageur Russel Simmons, et avertissent sur la menace existentielle de perdre son identité unique dans un océan de conformité et de vol. La moralité des politiciens en prend aussi un coup « All the wife beaters and all the tax cheaters / Sitting in the White House pulling their peters // Tous ces gars qui battent leur femme, tous les fraudeurs du fisc / Assis à la Maison Blanche en train de se [s’en ? ] branler ». Ici, la chanson présente un commentaire mordant et très actuel encore aujourd’hui sur les hommes de pouvoir qui s’adonnent aux vices contre lesquels ils prétendent pourtant lutter, voire ceux qui s’arrogent le pouvoir pour leur profit personnel… Suivez mon regard… En fait, si aujourd’hui le bonheur est possession (« à moitié légale », une référence cachée à Proudhon pour qui la propriété, c’est du vol…), la propriété qu’elle soit matérielle, artistique ou idéologique – a toujours été un concept controversé voire conflictuel.
On poursuit dans les textures jazzy soul avec What comes around, avec un sample quasi exclusif tiré de Put on Train du groupe the Three sounds de Gene Harris, pianiste pionnier du free jazz. L’intro est un sample d’un fill de batterie du Moby Dick ledzeppien et on entend un riff de guitare d’Alice et certaines paroles empruntées aux Ramones (« Beat on the brat ») ou au film Dolemite. À première vue, la chanson peut sembler être une mise en garde sur les dangers de la poursuite de la célébrité. Une fille vient à New-York avec des rêves de gloire et se confronte à la dure réalité de la grosse Pomme, Mike D l’exhortant à se sortir l’argent (ou les doigts) du fion pour s’en sortir justement. La chanson est en fait un avertissement sur le karma et les conséquences, pas toujours positives, de vos actions « You reap what you sow when you plant the seed / tu récoltes ce que tu sèmes quand tu as planté la graine. » Ad Rock l’illustre par un exemple frappant (!) : la rixe ayant opposé des suprématistes blancs à des activistes noirs ou juifs lors d’un talk-show télévisé animé en 1988 par Geraldo Rivera, lequel finira avec le nez cassé ! Un bon exemple de trash TV !
Dans la Bible, Shadrach est l’un des trois jeunes sages juifs qui refusèrent de s’incliner devant de fausses idoles, une statue en or du roi perse Nabuchodonosor, les trois étant habités d’une foi inébranlable. Ligotés et jetés vivant dans une fournaise ardente, le roi les vit pourtant en sortir sains et saufs, avec une quatrième personne à leurs côtés, un ange envoyé par Yahve.Evidemment, le parallèle avec nos trois lascars est tentant. Le thème récurrent du titre est la contestation des normes et des conventions. Un rejet des règles de la société et une approche plus rebelle de la vie mais avec une grande confiance en soi (« It’s not how you play the game it’s how you win it / I cheat and steal and sin and I’m a cynic // Il ne s’agit pas moins de jouer que de gagner / Je triche, vole et pêche et je suis un cynique ». La phrase « Si j’avais un centime pour mes pensées, je serais millionnaire » ironise sur la richesse matérielle, et est emprunte de scepticisme quant à sa vraie valeur : n’y aurait-t-il pas de plus nobles richesses à acquérir ? Références au blues rock d’AC~DC « For those about to rock we salute you », à l’un des tous premiers enregistrements d’un disque de rap (« We love the hot butter on what the popcorn » est adapté de King Tim III de Fatback Band , aux Evangiles « Le doux héritera de la terre », suggérant une croyance en la justice et le désir d’un monde meilleur. La foi en eux-même « Smoke the holy chalice got my own religion / J’ai fumé le Saint Graal, me suis fait ma propre religion » et la méfiance envers les télévangélistes (Jimmy Swaggart, cousin de Jerry Lee Lewis). Un pêle-mêle un peu foutraque où sont aussi cités Rambo ou le Colonel Sanders (le roi des nuggets de poulets du Kentucky). Les samples subtilement entrelacés sont tirés du Loose Booty de Sly Stone, l’intro de Do your dance de Rose Royce et le beat d’outro du Funky drummer de James Brown.
Ask for Janice est comme une fausse pub, un peu comme celles qu’avaient enregistrées les Who sur Sell out. Janice est une vendeuse virtuelle d’un faux magasin sur Brooklyn (alors que la photo a été prise à Manhattan…) mais avec un vrai numéro de téléphone, obtenu par MCA quelque années plus tard et qui l’a transféré dans le sous-sol de ses parents à Brooklyn [12]. Il y avait un répondeur avec le message suivant : « Hé, mec. C’est Paul. Je ne peux pas venir au magasin pour l’instant, laissez un message. » Pour des années…
B-Boy Bouillabaisse est le morceau de bravoure du disque, un opérap de douze minutes. Il témoigne de leur créativité en mélangeant divers styles musicaux et échantillons en une seule œuvre cohérente. Un oratorio absurde en neuf tranches de vie évoquant la culture hip-hop et rendant hommage bien entendu à leur berceau : Brooklyn. Narration impeccables, transitions transparentes entre les versets énergiques et refrains mélodiques, rythmes contagieux et accrocheurs capturant l’essence de la culture hip-hop de Brooklyn. Un énième clin d’œil aux Beatles comme le medley des huit dernières chansons de la face B de Abbey Road.
59 Chrystie Street est l’adresse de leur premier local de répet dans Chinatown, qui apparemment, selon les paroles, servait aussi à pécho des groupies. Le tambour du Burundi provient du titre The Jungle Line de Joni Mitchell, on scratche (encore !) le Are you expericenced ? hendrixien et on y ajoute quelques extraits de Run DMC, Malcom Mc Laren voire Cerrone.
Get on the Mic est issu d’un mix entre une beat box humaine et une enregistrée d’un DJ du South Bronx, Lovebug Starski. Un hymne à la gloire de Mike D. rhymé par Ad-Rock et MCA, ce dernier osant faire rimer selfish (égoïste) et shellfish (mollusque).
Stop That Train décrit un trajet plus vrai que nature en métro à quatre heures du matin sur la ligne D, reliant à l’époque Downtown à Coney Island, où les noctambules côtoient ceux qui vont au taf. On y croise des gars qui sautent les tourniquets, un flic demandant d’arrêter du fumer du crack, des putes en lycra, une amende de 50 $ pour avoir « troublé l’ordre public », des fétards sous coke qui se marrent de s’être incrustés dans des soirées privées pendant que les autres lisent le journal, boivent leur café ou avalent un Donut. Sur un beat lourd et des cocotes tirés de Save the World par All the People et des extraits de Draw your Brakes par Scotty sur la BO du film jamaïcain The harder they come, de Hard Times de Run DMC et en conclusion de citer le producteur d’albums de The Cult et des Black Crowes sur le label Def America, George Drakoulias.
A Year and a Day évoque une introspection de MCA sur sa qualité de MC dans un groupe quasi mythique (« the unstoppeable three ». Confiance dans son identité, dans son rôle dans le hip hop et émergence de la philosophie bouddhiste qui régira sa vie : le pureté, le but et l’individualité. La bravitude se mêle à des moments de vulnérabilité, MCA étant conscient de la nature artificielle du succès et de la célébrité. Le texte exprime aussi des dualités, entre ambition personnelle « I’m my own king and this is my castle » et vision prophétique « the lion with wings preaching his word in the B. Boy sing /I AM one with myself as I turn to The / I prefer the dreams to reality » ou entre rap “old school” de Disco Dave (le beat du morceau de Crash Crew alias Disco Dave anf the Famous 5MCs ,au fond, mixé avec la batterie de When the Leavee Breaks de Led Zeppelin accèlérée et Who’s that Lady des Isley Bros.
L’écriture de Hello Brooklyn a en fait commencé dès 1987 dans l’appartement de MCA à Brooklyn, c’est la seule partie de l’album enregistrée à NYC, le studio Mario G’s. Le drum beat est issue de boîte à rythme d’Ad-Rock, le fameux Roland TR-808. Ce titre renverse le musical New York, New York en affirmant « The Bronx is up and I’m Brooklyn down ». Tout le morceau tourne en réalité autour de la punchline de Johnny Cash dans Folsom Prison Blues (« j’ai tiré sur un homme dans le seul but de le voir mourir »), déportée à Brooklyn, comme le classique blues Train Kept a Rollin’ de Tiny Bradshaw. On y trouve un anti-héros paranoïaque et anarchiste qui fabrique « des bombes dans un grenier pour des élus ». Les personnages qui défilent (Slick Nick, Annabelle) sont moins des personnages réels que des archétypes caricaturaux, comme dans un cartoon. Référence également à Bob Marley (« I’m the Buffalo Solidier ») et au Tangled up in blue de Dylan. De manière un peu ironique, ce titre prédit la renaissance de Johnny Cash au début des années 90, dont l’album American Recording sera produit par… Rick Rubin. Plus tard, directement inspiré par ce titre, on peut noter le Hello Brooklyn 2.0 de Jay-Z sur American Gangster en 2007.
La rythmique de Dropping names reprend le thème de Into the night de Sweet mixé avec le piano des Meters et un soupçon de Crusaders. On entend à la toute fin Bob Marley évoquer les difficultés de communication entre musiciens, tiré du documentaire Legend. Le texte laisse entrevoir la nature fugace de l’identité dans la vie publique, en reprenant en introduction un célèbre exercice de diction. Le texte dit au musicien de laisser parler son travail pour lui-même, plutôt que d’essayer de se montrer avec un nom ronflant. L’abandon de son nom ne semble pas une façon de gagner le respect et l’admiration en tant qu’artiste. Au lieu de cela, c’est un moyen d’apparaître plus significatif, mais finalement il a un effet faux et peu profond. Pour eux, la célébrité n’est pas leur objectif final. La mention du prénom Brian peut évoquer le film loufoque des Monty Python, où l’intéressé, né le même jour que le Christ, sera toute sa vie confondu avec celui-ci, jusqu’à être crucifié avec lui.
La basse de Lay It on Me est quant à elle issue de Let the music take your mind de Kool & the Gang. Les yeux bridés, comme les costumes, à force de fumer de la weed de diverses provenances, Mike D raconte une drague un peu lourde dans une soirée où il dit à la fille convoitée, à l’imposant popotin, de laisser tomber son loser de boy-friend pour lui, en lui présentant une carte de visite au nom de Napoléon Bonaparte (rien que ça !). Des images très explicites « I’d like to butter your muffin’ » (est-il vraiment nécessaire de traduire ?) du Lover boy et une référence à Cézanne, plus celui qui a plus de goût et de saveurs qu’un chewing gum à 2 balles.
Mike on the Mic poursuit sur une autre conquête (ou tentative) de Mike D. Si la fille « au rire particulier » a « mordu à l’hameçon » (et à une invitation d’un restaurant de… poissons (!), il n’est pas sûr d’assurer puisque la chambre « tourne comme des pales d’hélicoptère », tellement défoncé « high » qu’on l’appelle son Altesse, « Highness », sans doute la conséquence d’un excès d’alcool. Une réflexion aussi sur les conséquences de la célébrité « Si la presse savaient çà, elle voudrait ma fin ». C’est la réponse de Mike D à ces comparses parlant de lui sur Get on the mic avec le même sample de Lovebug Starski.
A.W.O.L. enfin célèbre la communauté hip hip new-yorkaise, un réseau diversifié de crew ou de DJ unifiés dans leur désir de non-conformité. « A.W.O.L. » signifie un militaire « absent sans permission » suggérant l’insoumission aux règles prescrites. Ici, chaque nom cité symbolise la volonté et la solidarité de la communauté pour se libérer des contraintes conventionnelles. Sont notamment cités, sur le riff et la rythmique de Good times de Chic, un soupçon de Good to Go de Trouble Funk dans l’oreille gauche, et une référence à Take the A train [13] de Duke Ellington : Jazzy Jay un des premiers DJ de Big Apple, Mike G. des Jungle Bros les groupes Bad Brains (plutôt punk), Whoudini, Original Concept (dont l’un des DJ est (sera) plus connu sous le nom de Dr Dre ou encore Run-DMC « the Hollis Crew », basé à Hollis, Queens.
Les dernières paroles, « Bonne nuit Amsterdam », font référence certes à la capitale des Pays-Bas, considérée alors comme un symbole de liberté (où la consommation de cannabis, en fumette ou en gâteaux, est légalisée) et de non-conformité. Mais New-York ne s’est- elle pas d’abord appelée New-Amsterdam ? Pour boucler la boucle, les trente dernières secondes de l’album sont une reprise des accords d’orgue Hammond et du refrain de To all the girls, premier titre de Paul’s Boutique. Une évocation, un hommage à peine voilé aux Fab Four, comme un miroir de Sgt Pepper’s… LEUR Sgt Pepper’s ?
Si l’album à sa sortie a été mal compris par certains critiques, et a été un (relatif) échec commercial, ayant d’ailleurs coûté son poste au dirigeant de Capitol Records qui avait signé le groupe, Paul’s boutique est aujourd’hui considéré comme un classique intemporel, et a aussi influencé des genres au-delà du hip-hop, comme la musique électronique, le rock expérimental, et même la pop [14].
En conclusion, le critique musical William Bowers, dans le webhedbo Pitchfork a classé en août 2002 Paul’s Boutique comme le troisième meilleur album des années 80 en ces termes : « Les Beastie Boys ont tellement élevé le niveau du hip-hop qu’ils en sont devenus des références, comparables dans d’autres domaines à Salinger, Dickens, Galilée ou Newton. Tellement en avance sur son temps, ce disque mériterait en fait de figurer en bonne place dans la liste des meilleurs disques de la décennie suivante ».
Un peu de patience, chers lecteurs de Benzine, celle de votre webmag préféré des années 90 débute bientôt !!
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Stephan Triquet
Beastie Boys – Paul’s Boutique
Labels : Capitol Records / Brooklyn Dust Music / UMe pour la réédition 30e anniversaire.
Première publication le 25 juillet 1989.
[1] Voir par ex. Beastie Boys dans la série Hip Hop Stars par Dennis Abrams, Infobase Publishing 2007.
[2] Lire cette interview des Dust Brothers dans SoundonSound par Paul Tingen en mai 2005.
[3] Cité par Dan Leroy dans Paul’s Boutique, collection 331/3, Continuum Books, 2006.
[4] On peut en trouver des listes sur le net donc celle-ci, qui me semble assez complète.
[5] Voir cet article paru dans Time magazine le 25 mars 2015.
[6] Ce que semble confirmer Mike D dans une interview au magazine Request, cité par Dan Leroy, op.cit.
[7] Rapportée par Mike Simpson (Dust Brothers) dans une interview à Spin Magazine, 1998.
[8] Dan Leroy, op.cit.
[9] « Il n’y a pas plus cool que d’être assigné en justice par les Beatles ». Mike D cité par Alan Light dans The skills to pay the bills, the story of the Beastie Boys, Three rivers Press, 2005.
[10] Cloche de vache fabriquée en goodie pour la promotion du single et que l’on peut encore acheter aujourd’hui sur Ebay à un prix prohibitif. Hey ladies figurera sur un EP promotionnel intitulé Love American Style publié en juillet 1989.
[11] Dan Leroy et Peter Relic, From whom the cowbell tolls – 25 years of Pauls’ Boutique, 6613 Press, 2014.
[12] Raconté dans The Beastie Boys book, par Adam Horovitz et Mike Diamond, Spiegel & Grau, 2018.
[13] Le A train est la ligne de métro reliant Brooklyn et Harlem via Manhattan, inaugurée dans les années 1930.
[14] Dan Leroy, op. cit. rapporte que Miles Davis himself aurait déclaré dans une interview en 1989 ne jamais être lassé lors de l’écoute de cet album.
