De ses racines dans le punk des années 60 à son apogée dans les années 90, Gillian G. Gaar retrace l’histoire du grunge, ses figures emblématiques, ses drames et son héritage. Une plongée dans un mouvement qui a profondément marqué la culture américaine.

L’angoisse d’une génération génère dans son mouvement, une énergie entropique, même si par principe, ce postulat porte en lui, une part d’inconnu. En quête d’une identité collective, les teenagers trouvent grâce au Rock, un exutoire, un moyen de se défouler. De nombreux musiciens (Quincy Jones ou Jimi Hendrix) s’exileront hors de Seattle, ville dortoir, pour embrasser une carrière musicale hors-norme. La ville n’est pas encore le berceau du Grunge, son évocation ne viendra que plus tard. Gillian G. Gaar s’attarde justement sur les pères fondateurs du Punk Rock. Si à ses débuts, celui-ci est né dans la douleur, par le biais de formations telles que Green River dont les premiers enregistrements datent de 1985, le Hardcore qui déjà brisait les codes avec le passé, se transforma en quelque chose de plus noisy et de plus pesant. Des groupes comme Scratch Acid annoncent à l’orée des années 80, une transformation radicale de la musique héritée de leurs ainés.
La musique passe du salon au garage.
Que l’on aime ou que l’on déteste les années 80, elles permettent l’éclosion du hardcore du punk rock et de la new-wave. Force est de constater avec le recul de l’émergence d’un courant musical en totale rupture avec ce que proposaient les tenants du Show-biz.

Pour appuyer la véracité de l’ouvrage, la préface a été confiée à l’emblématique Jack Endino, membre d’un des groupes les plus importants du Grunge : Skin Yard. Outre son activité de guitariste, il est un éminent producteur des groupes Nirvana, Tad, Soundgarden, fleurons du panthéon Punk Rock, sans compter les milliers d’outsiders passés à côté de la renommée. Jack Endino continue encore aujourd’hui à produire et à masteriser des flopées de groupes.
Le livre est abondamment illustré et divisé en plusieurs périodes rétrospectives, et là où l’ouvrage se démarque, c’est par les nombreux témoignages qui se succèdent. Sont abordés, les références liées à MTV (porte-voix du Grunge), le film Hype! (célèbre pour sa bande-son), les fanzines (catalogues, brochures et dépliants), les cassettes et vinyles, les lieux emblématiques et bien entendu, les débuts du label Sub Pop créé par Bruce Pavitt. Par la force des choses le rock devient dès lors, une rubrique aussi disparate que ses définitions proposées, mais le Grunge trouve sa voie auprès d’un public jeune qui s’identifie dans les thèmes abordés par les groupes. Car de rébellion, il en est question aussi bien dans le premier album de Nirvana Bleach, tout comme Tad ( 8-Way Santa sorti en 1991). Les chapitres du livre décrivent l’essor du Grunge, de sa naissance à son apogée. Les icônes du Grunge, tout comme les groupes moins connus (The Leaving Trains dont le chanteur a été marié à Courtney Love).

Au faîte de sa gloire, Nirvana représente une exception, revendiquant une césure avec le Seattle Sound. Sa trajectoire sera celle d’un groupe en proie avec un malaise avec le succès. Kurt Cobain deviendra malgré lui, l’icône du Grunge Rock. Le scénario d’un destin tragique qui oblitèrera le mouvement. Si le Grunge se prolonge, c’est en raison de l’émulsion des productions de groupes par l’action d’une mécanique d’entraînement qu’ont auguré les premières figures du genre. Cette réflexion sur la survivance des stars, pose question sur les nombreux abus liés aux drogues, l’un des premiers à succomber n’est autre que Andrew Wood, membre des Mother Love Bone. Une malédiction qui se poursuivra avec la disparition de Layne Staley, Stefanie Sargent, Kristen Pfaff (Hole), Mia Zapata (The Gits).
Le livre est truffé d’anecdotes, de l’origine même du terme musical popularisé en 1971 par Lester Bangs, le Grunge devient le mouvement alternatif et underground qui provoque un changement socio-culturel durable jusqu’à aujourd’hui. Le livre de Gillian G. Gaar dresse un panorama complet de ces formations même les plus éphémères, des précurseurs ( U Men, Melvins, Malfunkshun, Redd Kross) aux formations Glam Rock ( Mother Love Bone, Hole). A la croisée des genres, le Grunge s’apparente à une variation du Metal, du Punk et du Rock Alternatif. Actuellement, de nombreux groupes se réclament enfants du Grunge. Ce qui a été initié par Mudhoney, Beat Happening, Screaming Trees a créé des émules, une transmission que revendiquent de nombreux groupes actuels ( Pythies, Novels, Fatima, Return to Dust). Même si l’âge d’or du mouvement prend fin en 1996, celui-ci s’est perpétué de manière cyclique, le Grunge continue d’imprégner les esprits. Cet ouvrage représente en quelque sorte une bible pour les amateurs du Punk Rock (autre appellation du genre) et restitue avec une précision rare, les divers courants qui ont sévi aussi bien aux USA, que dans le reste du monde. Sans jamais tomber dans la nostalgie, Grunge, brut et sans concession est un livre monumental dont les archives sont inégalées à ce jour. Témoin direct de ce mouvement underground, son auteur a su étayer les grandes lignes tout comme en extraire les détails les plus minutieux. Un livre essentiel pour redécouvrir les gloires et les tragédies d’une décennie où tout semblait possible.
Franck Irle
