La Peur, de Gabriel Chevallier

peur.jpgOublions un instant les plus célèbres romans autour de la Première Guerre Mondiale (les classiques de Remarque ou Dorgelès) et penchons-nous, à  l’aune du 90ème anniversaire de l’armistice du conflit mondial 1914-1918, sur Gabriel Chevallier, l’auteur du fameux Clochemerle qui écrivit pourtant en 1930 l’un des témoignages les plus impressionnants sur cet événement.

Les éditions du Dilettante ont décidé de rééditer cette autobiographie déguisée du soldat Chevallier (Dartremont dans le texte) qui évoque sa vie de »poilu » du début de la guerre, de l’annonce de l’entrée de la France dans le conflit, jusqu’à  la signature du traité de paix entre les Nations impliquées en novembre 1918. Cinq années à  se battre, à  survivre, à  avoir peur.

Le roman-témoignage n’est d’ailleurs, au final, que ça : un traité sur l’effroi, ce sentiment de terreur qui s’empare des hommes quand ils ne savent pas ce qu’ils vont devenir, et que la mort, violente et omniprésente, devient un être à  part entière, qui vit à  leurs côtés. L’auteur ne parle que de corps en décomposition, de la putréfaction qui hante chaque parcelle des zones de combat, de la solitude et la déliquescence des hommes du front. L’écriture est précise, froide mais sensible, désespérée et magnifique.

« J’ai peur au point de ne plus tenir à  la vie » ose Gabriel Chevallier. Impressionant de modernité dans son style, tout aussi impressionnnant dans sa description de la vie au sein des conflits, le roman marque également par la charge à  l’encontre de l’institution militaire, absurde et animale, qui place à  la tête des troupes des incompétents qui n’ont souvent pas demandé à  assumer ce rôle. Aucun véritable méchant chez l’auteur, que l’on soit dans tel ou tel camp, l’homme n’est qu’une victime chair-à -canon d’un décision étatique idiote qui le dirige vers la mort en le travestissant en petit héros malgré lui. Constat implacable, surtout pour l’époque – quelques années après la fin de cette tragédie mondiale.

Il faut absolument lire La Peur, même si les écrits à  ce sujet sont légion. Jamais la cruauté et la barbarie de la Première Guerre Mondiale n’avaient été narrées avec autant de réalisme, d’intelligence et de passion. Un chef d’oeuvre, qui ne peut devenir qu’un classique, aux côtés des auteurs cités au début de cette chronique.

Jean-François Lahorgue

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La Peur, de Gabriel Chevallier
Editions du Dilettante
350 pages, 22 €¬
Date de parution : octobre 2008.

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