Thomas Dollbaum – Birds of Paradise : une véritable révélation

De nouveaux artistes émergent régulièrement dans le petit monde de l’alternative country, mais peu ont le potentiel de Thomas Dollbaum. Aidé par un MJ Lendermann qui est décidément partout, Dollbaum nous livre l’un des meilleurs disques qui nous soient arrivés d’Amérique en 2026.

Thomas Dollbaum Photo BP Coulon
Photo : BP Coulon

C’est le genre de découverte que l’on aime faire : Thomas Dollbaum est un auteur-compositeur-interprète américain, originaire de Tampa, en Floride, aujourd’hui installé à La Nouvelle-Orléans. Révélé par Wellswood en 2022, et par le EP Drive All Night en 2025, il a d’emblée laissé entrevoir des influences puisées dans la fine fleur de la country rock alternative, de Damien Jurado à Jason Molina, en passant par Will Oldham. Très loin des clichés de carte postale, ses paroles s’inscrivent dans une tradition de Sud gothique : petites villes, souvenirs d’enfance, addictions diverses. Un univers que l’on retrouve aussi chez un groupe comme Wednesday, dans un registre plus punk rock.

Birds of ParadiseCe n’est donc pas un hasard si cette esthétique a attiré MJ Lendermann, guitariste du groupe d’Asheville, ici batteur sur ce nouvel album. Dollbaum et Lendermann se sont rencontrés en Caroline du Nord ; l’idée de travailler ensemble a germé, et Birds of Paradise peut être vu comme un disque compagnon de Manning Fireworks. Il a d’ailleurs été enregistré en 2023, soit avant la sortie de l’album qui a fait de Lendermann l’icone qu’il est actuellement sur la scène de l’alternative country. Avec Nick Corson à la basse et John Harper à la guitare, on a bien affaire à un véritable groupe, et le son s’en trouve naturellement amplifié. Grâce à son nouveau batteur, Dollbaum a aussi été initié à des groupes comme Drive-By Truckers, qu’il n’écoutait guère. Enregistré au Mississippi, dans les studios de Matt Patton, l’album sonne comme un vrai disque de rock.

Le titre d’ouverture, Visitation, reste encore dans la lignée de Wellswood, mais dès le fantastique Dozen Roses, le changement se fait sentir. Lendermann y joue de la guitare, Corson le remplaçant à la batterie. Son solo est monstrueux, et Dollbaum rappelle qu’il a aussi étudié la poésie : les textes se montrent à la hauteur, dans une veine qui n’est pas sans évoquer son compatriote Ryan Davis : « When you were a kid the whole world felt like a lonesome ocean / Closing in with every wave that seems to come your way / I look now and it’s just tide pulled out of motion / A couple walks and then a dozen roses on their way » (Quand tu étais enfant, le monde entier ressemblait à un océan solitaire, se refermant à chaque vague qui semblait venir vers toi. Aujourd’hui, je regarde, et ce n’est plus qu’une marée retirée, figée dans son élan ; quelques promenades, puis une douzaine de roses en chemin.)

Parmi les morceaux les plus marquants, citons le formidable Coyote. La nature est belle, mais le danger rôde : « Hear the coyote howl / Looking for your cat for dinner » (Ecoute le hurlement du coyote / Il cherche ton chat pour dîner). Musicalement, il n’y a certes aucune révolution à attendre, mais les chœurs renvoient à R.E.M., et le confort d’écoute reste total. Les chansons sont d’ailleurs peuplées d’animaux : juste avant Coyote, l’excellent Rabbits met déjà en scène l’une de ses proies potentielles, tandis que Waterbird offre, en milieu de disque, un bienvenu moment de répit.

Pulverize fera tripper les fans de Crazy Horse, et l’on imagine aisément comment ce titre pourrait tourner en live avec un groupe qui lâche les chevaux. Blue Meets Blue clôt l’album sur des terres qui évoquent irrésistiblement Richard Buckner. Si le songwriter californien n’a plus donné de véritable nouvelle discographique depuis longtemps, ses admirateurs trouveront ici de quoi raviver la flamme : Thomas Dollbaum s’y montre aussi convaincant dans l’introspection feutrée que dans les échappées plus nerveuses, tout en y injectant une coloration gothique absente de l’univers de son aîné.

Au final, ce disque s’impose comme une véritable révélation et donne de furieuses envies d’aller voir de plus près les paysages qui l’ont inspiré.

Laurent FEGLY

Thomas Dollbaum – Birds of Paradise
Label : Dear Life Records
Date de sortie : 22 mai 2026

 

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