« La Bataille de Gaulle – L’âge de fer » d’Antonin Baudry : le pâté en croûte national

Avec ses 80 millions d’euros, ses cinq heures de récit et son ambition de blockbuster historique à la française, La Bataille De Gaulle rêve d’être un monument cinématographique autour du Général. Mais à force de vouloir cocher toutes les cases (fresque patriotique, romance, spectacle, humour et pédagogie) Antonin Baudry livre surtout un objet lourd, scolaire et désincarné.

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Copyright 2026 Pathé Films

Les studios français font désormais le pari du blockbuster de l’été : après le carton Monte-Cristo, Pathé engouffre un budget colossal dans un biopic sur la légende nationale De Gaulle : 80 millions d’Euros, 5 heures de film en deux parties, sortant à un mois d’écart. Antonin Baudry, qui s’était fait remarquer avec le réussi Chant du loup en 2019, se retrouve ainsi à l’écriture et la réalisation d’une commande croulant sous les contraintes : chanter les louanges du héros inattaquable, raconter par le menu l’Histoire tourmentée du pays, aligner les stars et donner à manger à toutes les catégories imaginables de spectateurs.

La Bataille De Gaulle 1 afficheLe résultat tient précisément à cette accumulation indigeste de cases cochées. Le récit empile les dialogues ou les plans généraux, dans des sommaires piochés dans une série de fiches ineptes expliquant l’évolution de la quête du Général, seul contre tous dans son désir de faire vivre une France Libre. Un récit alterné nous sert une amourette tout aussi indigente entre un jeune résistant et une juive, gage de jeunesse et de romance, tandis qu’un diaporama de paysages variés tente donner souffle et grandeur à un développement qui se déroule principalement dans des bureaux. Quant à la dimension épique, elle exigera une sacrée patience : quelques séquences de mauvaise CGI noyées dans un brouillard opportun, avant la fameuse bataille de Bir Hakeim, qui se contente de signaler le nombre de jour tenus par les troupes françaises, sans qu’aucune incarnation ou stratégie ne viennent s’ajouter à la série d’explosions sablonneuses.

La performance de Simon Abkarian semble se cantonner à reproduire la rhétorique, la raideur et la solennité des discours publics du Général en toute occasion. En résulte une étrangeté dont on a du mal à déterminer si elle travaille un effet comique volontaire : la maladresse du colosse est certes évoquée par instants, mais à l’exception d’une séquence explicite (« les moustiques ne piquent pas le Général de Gaulle »), l’héroïsation absolue du personnage prime, forçant le respect de tous ceux qui croisent sa route. Les prémices sur sa solitude et son acharnement sont pourtant passionnants, tout comme le triangle toxique des opposants aux Allemands qui s’installe entre cette figure émergente, Churchill et Roosevelt.

Mais on n’attend pas de Baudry un huis-clos politique et psychologique, et les séquences restent perlées dans un vaste ensemble qui ronronne gentiment, ponctué d’instants profondément gênants, notamment dans le rôle dévolu à Karim Leklou, plombier à l’accent polonais devenu secrétaire hébété. Cette dimension qui se voudrait humoristique part probablement d’une bonne intention, visant à éviter la lourdeur d’une hagiographie en insistant sur la dimension humaine, voire faillible des héros de l’Histoire. Le duel avec Churchill vaut ainsi son lot de saillies, et la solitude initiale de De Gaulle le dépeint comme un illuminé presque à côté de la plaque. Mais le spectateur sait pertinemment que ce n’est que le prélude à la grandeur, qui de toute façon a déjà été martelée dans l’ouverture où le Général, quand on lui annonce la débandade, réplique « Ai-je l’air de débander ? » avant de guider une voiture à la précision du bras pour éviter les tirs de chars allemands.

Ceux qui auront le courage de se farcir la deuxième tranche du pâté en croûte national verront si celle-ci gagne un peu de hauteur ou, au moins, de spectacle : c’est tout de même la moindre des choses à attendre d’un récit qui prétend embrasser une légende patrimoniale.

Sergent Pepper

La Bataille de Gaulle – L’âge de fer
Film franco-belge-US de Antonin Baudry
Avec : Simon Abkarian, Simon Russell Beale, Florian Lesieur…
Genre : biopic
Durée : 2h40
Date de sortie en salles : 3 juin 2026

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