Fabien Nury conclue avec brio une trilogie aussi ambitieuse que maîtrisée avec Paris Police 1910. Une 3e saison qui nous plonge dans le Paris tourmenté du début du XXe siècle, loin de l’image de carte postale de la Belle Époque.

Paris Police 1905, deuxième saison d’une trilogie en trois volets, avait le mérite d’être encore meilleure que de Paris Police 1900. Paris Police 1910 vient aujourd’hui parachever avec brio le travail mené par Fabien Nury et son équipe, au terme d’une troisième saison particulièrement aboutie. Car cette trilogie constitue sans doute l’une des propositions sérielles les plus ambitieuses de ces dernières années dans la production française.

Comme les saisons précédentes, ce dernier volet nous replonge dans un Paris du début du XXe siècle, aussi fascinant que trouble. Dès le premier épisode, on retrouve Marguerite Steinheil, cette mondaine déjà croisée auparavant, ligotée sur son lit, tandis que dans la pièce voisine gisent les corps de son mari et de sa mère, tous deux assassinés dans des circonstances particulièrement violentes.
L’enquête est confiée au commissaire Jouin et à la police parisienne. Très vite, celle que l’on surnomme la « pompe funèbre » est soupçonnée d’avoir tué ses proches, sans que rien ne permette toutefois de le prouver formellement.
La presse s’empare alors de ce fait divers, qui émeut tout Paris. Est-elle victime ou coupable ? D’autant que ses témoignages, recueillis par la police, varient à plusieurs reprises, ce qui ne joue pas en sa faveur. La presse à scandale, elle, tranche sans nuance et la désigne coupable, exploitant l’affaire au maximum pour augmenter ses tirages.
Comme dans les saisons précédentes, on retrouve l’inspecteur Jouin et le préfet Lépine, tous deux embarqués dans ce scandale, mais dans des positions assez opposées, tandis que des figures influentes de la politique ou de la police pourraient être impliquées.
Cette saison 3 met particulièrement en avant le rôle de la presse dans la vie parisienne. À une époque où le moindre fait divers devient une affaire publique, les journaux, sans foi ni loi, rivalisent de cruauté en faisant leur beurre des scandales et autres polémiques, quitte à verser dans la diffamation.
On notera par ailleurs, dans le deuxième épisode, au moment de la panthéonisation d’Émile Zola en présence du capitaine Dreyfus, victime d’un assassinat, dans un contexte où complotisme et antisémitisme prospèrent, et où une presse puissante tente d’orienter l’opinion vers une idéologie réactionnaire.
Au final, cette troisième saison clôt avec succès une trilogie remarquable. Elle dresse le portrait politique, social et judiciaire d’une époque loin de l’image idéalisée de la Belle Époque. Derrière la carte postale d’une France en plein essor industriel et économique, se dessine un pays traversé de tensions politiques, marqué par la montée du nationalisme et de l’antisémitisme, qui conduiront progressivement à la guerre.
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Benoit RICHARD
