Nos 50 albums préférés des années 80 : 28. The Pogues – Rum, Sodomy & the Lash (1985)

Pas forcément les « meilleurs » disques des années 80, mais ceux qui nous ont accompagnés, que nous avons aimés : aujourd’hui, Rum, Sodomy & the Lash, le premier chef d’œuvre d’un immense groupe « punk folklorique », mené par l’inoubliable Shane MacGowan.

The Pogues

« Comment j’aimerais que l’on se souvienne des Pogues ? « Comme un très bon groupe, qui voulait dire quelque chose pour beaucoup de gens. Un groupe avec le sens de l’humour, un vrai groupe, les pieds ancrés au sol, dans le réel. J’aimerais qu’on dise que nous avons réfléchi à la réalité sans être délibérément misérabilistes ou en offrant une évasion impossible à obtenir. » [1]

A l’heure des nappes synthétiques envahissantes du milieu des années 80, force délires capillaires ou autre mascara(de), un vent rafraîchissant semblait néanmoins souffler sur la verte Albion. Les fils de la diaspora irlandaise ou de gaëls fraichement installés en Grande-Bretagne, dans des groupes comme The Smiths ou Prefab Sprout par exemple, insufflaient un renouveau des groupes à instruments. D’autres dans le sud de Londres mêlèrent avec succès musique traditionnelle irlandaise et énergie punk avec ce credo : « Quelles que soient les circonstances, nous allons tous vivre ! »

RSATL FrontPour The Pogues, pas de soins capillaires (ou dentaires) nécessaires, n’est-ce-pas Shane ? Le groupe naît ainsi au début de l’année 82, de la fusion de plusieurs groupes punks dont les très engagés New Republicans de Shane MacGowan, lequel s’acoquine notamment avec le multi instrumentiste (notamment banjo et mandoline, mais pas que !), Jem Finer et avec Spider Stacy au flutiau. Le groupe prend sa formation quasi-définitive avec James Fearnley à l’accordéon, Andrew Ranken à la batterie et Cait O’Riordan à la basse. Enfin, le guitariste irlandais Philip Chevron intégrera officiellement The Pogues lors de l’enregistrement de Rum, Sodomy & the Lash, MacGowan délaissant la guitare pour se concentrer sur le chant. Rien que le nom du groupe est un slogan : Pogue Mahone (en gaëlique « póg mo thóin », peut être traduit par « Embrasse-moi le cul ! ». Il est raccourci en The Pogues pour échapper à la censure de la BBC. Après un premier album plutôt réussi Red Roses for Me, ils assurent en 1984 la première partie d’un Clash déclinant. Les relations avec Joe Strummer resteront solides puisque ce dernier produira l’un de leur derniers albums Hell’s Ditch au début des années 1990 et remplacera même MacGowan au chant quand celui-ci quittera le groupe (ou sera poussé sans ménagement vers la sortie) pour la tournée suivante.

RSATL BackPour leur deuxième album, ils souhaitent conserver ce mélange d’hommage assumé à la musique traditionnelle irlandaise, sans le tourner en parodie, n’en déplaise à leurs détracteurs [2], et d’énergie post-punk, un contraste entre des airs plutôt joyeux et festifs et des paroles souvent bien plus sombres. Impressionnés par la production du premier album des Specials en 1979, chroniqué il y a peu dans cette même rubrique, ils demandent à Elvis Costello de les produire, d’abord pour deux singles, puis ensuite pour l’album entier. Celui-ci, de son vrai nom Declan Patrick Aloysus Mac Manus (ouf !) qui avait choisi le pseudo d’Elvis, six mois avant le décès du Kid de Tupelo, en pensant qu’on pourrait le confondre avec le King pour gagner en notoriété, s’exécutera bien volontiers, aidé des ingénieurs du son Nick Robbins et Paul Scully.  « Uncle Brian » ainsi qu’il était surnommé par le groupe, voulait capturer le groupe « dans leur gloire délabrée avant qu’un autre producteur plus professionnel ne les baise » [3]. Un enregistrement en live pour retrouver l’énergie du groupe sur scène comme on peut le voir ici dans un somptueux reportage d’Antoine de Caunes pour les Enfants du Rock en janvier 1986. L’ambiance était plutôt à la franche camaraderie entre le groupe et le producteur, à l’exception peut-être de MacGowan pour des raisons plus personnelles : ce dernier voyait l’idylle naissante entre Costello et O’Riodan, qu’il convoitait, d’un œil noir (a brown eye ?)… A moins qu’il ne s’agisse d’un simple « inimitié » de scousers footeux, MacGowan  étant fan d’Everton [4] alors que Costello supporte lui les Reds.

Le titre de l’album a été suggéré par le batteur Andrew Ranken. Contrairement à ce qu’il est communément indiqué, il ne s’agit sans doute pas d’une citation extraite des mémoires de Winston Churchill sur la marine britannique: « Ne me parlez pas de la tradition navale. Ce n’est rien d’autre que rhum, sodomie et fouet » (W.C. ne l’aurait jamais écrite, même s’il aurait sans doute aimé en être l’auteur) mais plutôt du titre de l’autobiographie du chanteur de jazz et bluesman George Melly Rhum, Bum and Concertina. [5] Peut-être un mix des deux, après tout. Pour Ranken, ce titre ne reflétait pas l’état esprit du groupe pendant l’enregistrement.

L’ambiance morbide de l’album se reflète sur sa pochette. Suggéré par leur manager Frank Murray, elle met en scène les membres du groupe superposés par le peintre Peter Mennim à des personnages du Radeau de la Méduse, immense peinture (au moins par sa taille) sombre de Géricault exposée au Louvre. Elle dépeint les survivants naufragés du bateau qui a coulé au large du Sénégal, déambulant sur des mers mouvementées, s’accrochant désespérément aux restes d’un bateau dans l’angoisse et le désespoir, à la recherche d’une route vers la survie. L’image idéale, selon Frank Murray, pour exprimer les chansons sombres et hantées de l’album.

Cette galette révèlera le véritable talent d’écriture de MacGowan, même si, finalement, il n’a écrit que la moitié des douze chansons de l’album. Il réussit cependant la prouesse de faire croire qu’il a écrit chaque titre sur lequel il a posé sa voix. Ainsi, la grande majorité de leur public n’entendra sans doute jamais les versions originelles de Dirty Old Town ou … Waltzing Matilda par exemple. La release party du disque à lieu le 30 juillet 1985 à bord du croiseur HMS Belfast amarré dans un des docks de Londres sur la Tamise, où le groupe se présente en uniforme de la Royal Navy. La consommation de rhum est telle qu’un journaliste du Melody Maker finira dans le fleuve [6]

RSATL Side 1The Sick Bed of Cúchulainn est une parfaite ouverture pour l’album : pleine d’énergie malgré le sujet plutôt morbide mais avec une détermination infatigable. Le mythique guerrier irlandais Cú Chulainn prend les traits de Franck Ryan, vrai républicain ayant combattu durant les guerres civiles irlandaises et espagnoles, sur son lit de mort avec les ténors John McCormack et Richard Tauber chantant à ses côtés. Une ode à l’Irlande et ses héros, en des temps où se revendiquer irlandais en Angleterre pouvait être interprété comme un soutien équivoque à l’IRA [7], un hymne anti-fasciste aussi, (« You decked some fucking blackshirt who was cursing all the yids » – Tu as mis une raclée à une chemise brune qui insultait les juifs) et une épitaphe joyeuse puisque le protagoniste considéré comme mort se relève et redemande une tournée…

The Old main drag est le récit sombre et tragique d’un prostitué masculin harcelé dans les bas-fonds londoniens, durant les années 70, pour pouvoir se procurer de la drogue. La rumeur a pu courir que les paroles de cette chanson étaient au moins en partie autobiographiques. En tout cas un histoire poignante, à rapprocher du destin funeste des marins médusés du radeau, cherchant à survivre : « On the dark of an alley, you would work for a five / For a swift one off the wrist down on the old main drag » (Dans une ruelle obscure, on travaillait pour cinq livres / Pour un petit coup vite fait sur la vieille artère principale). Pour sûr une réminiscence du « Paddy-bashing » violent dont il a fait l’objet étant jeune : « One evening as I was lying down in Leicester Square /I was picked up by the coppers and kicked in the balls /Between the metal doors at Vine Street, I was beaten and mauled / And they ruined my good looks for the old main drag » (Un soir que je dormais sur Leicester Square / les flics m’ont ramassé et m’ont filé un coup de pied dans les couilles. / Entre les portes de métal de Vine Street / j’ai été battu et malmené / et ils ont gâché ma belle gueule sur le vieux grand boulevard). Une valse poignante mélancolique avec cornemuses et banjo discret, à la fin abrupte signifiant sans doute la mort du narrateur qui aurait pourtant bien aimé échapper à ce funeste destin.

Seul instrumental de l’album, The Wildcats Of Kilkenny est une balade fantomatique avec des cris sanglants et de sinistres cordes métalliques imitant des griffes sur une tôle en acier. Il est inspiré d’une vieille comptine irlandaise : « ll y avait deux chats à Kilkenny et chacun d’eux pensait qu’il y avait un de trop. / Alors ils se battirent et se débattirent, ils se griffèrent et mordirent / Jusqu’à ce que, hormis leurs griffes et la pointe de leurs queues / au lieu de deux chats, il n’y en eût plus aucun. » Mélange de deux thèmes écrits par Finer et Mc Gowan au contraste mordant : un rythmique primaire (primale ?) et un air d’accordéon et de flûte jovial, décrivant la lutte entre ces deux matous finalement sans vainqueur.

A Man You Don’t Meet Everyday est, bien évidemment, chanté par la seule femme du groupe, Cait O’Riordan. Le titre est inspiré d’une chanson traditionnelle aux origines obscures, sans doute plutôt écossaise, basée sur le personnage de Jock Stewart, à la fois voyageur, propriétaire terrien, bon tireur et généreux, un gars qu’on ne voit pas tous les jours, et qui a chaque couplet apparaît de plus en plus déroutant. Cela est encore renforcé par l’ajout (le couplet n’apparaît pas dans la version des puristes Dubliners par exemple où le chien l’accompagne simplement à la chasse) d‘un twist puisqu’il finit par tuer son chien, ce qui laisse libre court à toutes les interprétations possibles : est-il devenu fou de rage après que son chien l’a mordu ? Le chien était-il malade ou son maître ? En tout cas un chef-d’œuvre d’équilibre, de suggestion et de retenue, et la seule chanson des Pogues qui n’aurait sans doute pas été améliorée si MacGowan l’avait lui-même chantée.

A pair of brown eyes fut le premier single, sorti quelque mois avant l’album. Une ballade mélancolique qui marqua un tournant, dans un style d’une chanson folk classique, mais empreint d’une certaine poésie lyrique. Un vétéran de guerre y raconte à un jeune homme saoul après une rupture amoureuse les détails sordides de sa vie, seul le souvenir des yeux de son amour disparu le maintenant en vie. Il tance le jeune homme pour son abus d’alcool et l’appelle à se relever pour trouver à nouveau une dulcinée. Un style unique de conversation que l’on retrouvera par exemple plus tard dans Fairytale of New-York écrite durant l’enregistrement de l’album. Elle devint rapidement un titre phare, tant pour les fans que pour le groupe lui-même. Des chansons cosignées avec Jem Finer pour la partie musicale, dont la partie d’accordéon est directement inspiré [8] du traditionnel The Ould Claddagh Ring de Dermot o’Brienune valse, petite symphonie irlandaise pour MacGowan [9]. La vidéo réalisée par Alex Cox fut censurée par la BBC car on y voyait Spider Stacy copieusement bomber à la peinture puis cracher sur une affiche de Margareth Thatcher

Sally Mc Lennane clôt joyeusement la première face du LP. Une chanson sur le thème du chant du départ, cher à la culture irlandaise. Sally est en fait la marque de bière brune que l’oncle de Mc Gowan servait dans son pub du Est End londonien où Shane serait né, selon la chanson. Une chanson de pub donc, de beuverie et d’éructations festives d’un Jimmy qui en a marre de sa condition et qui souhaite partir ailleurs. Alors, famille et amis l’accompagnent à la gare et lui chantent sur le quai une chanson d’au revoir car il espère un jour revenir « I’d like to think of me returning when I can ». Finalement, Jimmy à son retour se saoule à mort, et finalement n’échappe pas au destin qu’il croyait pouvoir éviter. Un nouveau départ, cette fois-ci définitif…

RSATL Side 2Dirty old Town est une affirmation sans vergogne du socialisme du cœur et l’appropriation la plus réussie (et populaire) de MacGowan, qui y torture délicieusement chaque mot. La chanson originale d’Ewan MacColl est remplie d’une grande dignité, délivrée avec la solennité d’un maître d’école, d’un prêtre ou d’un enseignant. MacGowan lui la chante comme un ouvrier amoureux, dans la vraie vie et le temps, la flûte doublant le chant. Si beaucoup pensent que cette chanson évoque Dublin, MacColl, y décrivait en fait sa vie à Salford, banlieue de Manchester, berceau du groupe Joy Division. Une relation d’amour / haine qui conduit le narrateur à finalement fabriquer une « belle hache en acier trempé » pour la détruire « comme un vieil arbre mort », dans une image tellement vivante, sur une musique de valse joyeuse et un harmonica fraternel.  MacGowan et MacColl, partagent les mêmes blessures, ce dernier ayant été notamment régulièrement molesté dans les années 70 pour ses origines irlandaises et ses sympathies communistes.

Jesse James est tiré d’une folk song bluegrass The ballad of Jesse James, notamment chantée par Woody Guthrie. Selon Spider Stacy,[10] qui assure avec son timbre « gravillonneux » le chant, cette reprise est inspirée d’une version de Ry Cooder entendue sur la bande originale d’un western sorti en 1980, The Long Riders (Le gang des frères James en VF). Malgré ses racines américaines, la chanson, reprise à la sauce Pogues-punk, se fond naturellement avec le reste de l’album : poignant et sombre malgré sa nature festive et optimiste. Elle montre les similitudes entre folks américain et irlandais, un sujet récurrent pour le groupe plus profondément abordé dans l’album suivant If I Should Fall…  En fait, Jesse James était violemment anticonformiste, un rebelle prenant le parti des démunis, haï par les gouvernants qui finiront par avoir sa peau (d’une balle dans le dos…), « il avait une main, un cœur et de la jugeote », bref un vrai personnage punk avant l’heure.

Navigator est une valse écrite par un pote de MacGowan, Phil Gaston, rencontré en 1977 au Cambridge pub de Londres, siège également d’un label punk Rock on Records où passeront notamment Stan Brenann, qui produira Red Roses for me, premier album des Pogues, Cait o’Riodan et Philip Chevron, voire Elvis Costello en personne. Le titre fait penser à une chanson de marin, mais passé le premier couplet, elle décrit plus la vie quotidienne des ouvriers de chemin de fer ou des mineurs (« Take your pick an your shovel and the bold dynamite » – Prend ta pioche et ta pelle et ton bâton de dynamite). Une réinterprétation du classique Poor Paddy on the Railway entendu sur Red Roses… La mélodie d’accordéon suit tout en nuances subtiles celle du chant, lequel rappelle que sous la dureté de la tâche pointe une certaine fierté du travail accompli.

Billy’s Bones est une satire anti militariste jouée sur un rythme effréné. Elle dresse un portrait presque surréaliste de la vie de Billy, depuis ses débuts de combattant de rue dans un gang du nord de Londres à son engagement dans la force d’interposition déployée sous l’égide de l’ONU au Liban au tout début des années 80. Il tire indistinctement sur des soldats musulmans ou israéliens, juste pour avoir le plaisir de les voir courir, donc sans doute pour une mauvaise raison… La phrase « with a ra ta ta and the old kowtow » (le bruit des armes) se répète comme un cri de bataille, laissant entrevoir un humour noir ou un rituel sinistre sur la futilité de la guerre. La chute est tragique puisque que Billy, venu officiellement pour la paix, finit par mourir on ne sait comment, et sans que son corps soit retrouvé, laissant sa mère éplorée, comme toute mère ayant perdu un fils au combat. La fin de la chanson égrène ironiquement la semaine de la vie de Billy, né un lundi, marié un mardi, beurré le mercredi, tombé malade un vendredi et enterré un dimanche, le cycle violent de la vie…

The Gentleman’s soldier est une autre chanson traditionnelle irlandaise remise au goût du jour par les Pogues. Un nouveau dialogue entre un soldat et une femme rencontrée non loin du front, une rencontre fugace, passionnée et finalement tragique. La femme voudrait se marier avec lui mais lui l’est déjà et « si l’armée autorise qu’il ait deux femmes, une est déjà de trop pour lui », eu égard aux contraintes de la vie militaire et à l’appel récurrent au combat, dans les refrains, par le tambour et les fifres. Il explore les thèmes de l’amour, du devoir, de l’infidélité et des conséquences des actions impulsives. Pour Costello, il fallait apporter quelque chose de différent à la chanson originale : Spider jouera le rôle de la femme et l’accordéoniste James Fearnly [11] triturera le thème de l’hymne national soviétique.

Pour conclure, The Band Played Waltzing Matilda, composée par le chanteur folk australien Eric Bogle, est un chef-d’œuvre pacifiste de près de huit minutes, la vision très noire d’un soldat australien de la Grande Guerre estropié lors de la boucherie de Gallipoli, opposant les contingents du Commonwealth britannique aux ottomans, où près de 50 000 soldats alliés périrent, pour rien ou si peu. Waltzing Mathilda est considéré comme l’hymne national officieux des Aussies, écrit en 1895 par Banjo Paterson et composé par Christina Mc Pherson racontant l’histoire d’un vagabond ayant volé un mouton et qui a préféré se noyer dans un lac plutôt que d’être jugé pour son méfait. MacGowan incarne véritablement ce soldat, vagabond enrôlé dans l’armée finissant cul de jatte et regardant passer les parades commémoratives des anciens combattants de Suvla Bay en se demandant, comme les jeunes qui l’interrogent, pourquoi ils défilent ainsi. Un immense témoignage poétique de la connerie guerrière. La musique illustre parfaitement les propos, du banjo lent du début pour symboliser la vie de bohème, l’accordéon évoquant la fumée des bateaux lors de la cérémonie du départ à Sydney, la rythmique basse – batterie lente et (déjà) quasi funèbre lors du débarquement en Turquie, le choc déchirant de l’impact de l’obus et du corps qui tombe, le refrain de Waltzing Mathilda joué par des cuivres en interlude rappelant la vie insouciante avant-guerre devenue désormais impossible… Une émotion vibrante qui m’arrache des larmes à chaque fois que je l’écoute…

Poguetry in MotionL’album à peine sorti, les Pogues repartent en studio avec Costello en août 1985 pour enregistrer un EP de chansons inédites, Poguetry in motion, qui paraîtra en janvier 1986. Cet EP a été inclus dans la réédition de RS&L en 2006. Durant ces sessions ont été enregistrées des versions de Fairytale of New-York dont la voix féminine était alors assurée par Cait O’Riodan, avec Costello au piano. Elle sera retravaillée sur l’album suivant If I shoud fall from Grace with God sorti en 1987 pour devenir un standard de chanson de Noël avec Kirsty Mc Call, la fille du créateur de Dirty Old Town et épouse de Steve Lillywhite, producteur de cet album. L’EP contient surtout un autre chef d’œuvre de Mc Gowan, peut–être son plus grand : Rainy Night in Soho, le vrai « poguème » de l’EP sur le thème de l’expérience la plus précieuse de la vie : aimer et être aimé en retour, avec un interlude instrumental magistral au bugle joué par Dick Cuthell, ami de Costello et ancien membre de la section cuivres des Specials. Une reprise bouleversante sera interprétée au piano par Nick Cave lors des funérailles de Shane Mc Gowan en décembre 2023.

Rum, Sodomy & the Lash a finalement réussi l’exploit d’être original tout en étant bien ancré dans son époque, ayant marqué celle- ci pour devenir finalement intemporel : un hymne à la réinvention de la tradition, un excellent résumé de l’histoire de la musique, en quelque sorte.

Stephan TRIQUET

The Pogues – Rum, Sodomy & the Lash
Label : Stiff Records – Stiff Music Ltd.
Date de parution : 30 juillet 1985.

[1] Shane Mc Gowan interviewé par Dany Kelly dans le NME en août 1985.

[2] « What you are doing is bastardising Irish music/ vous bâtardisez la musique irlandaise » entendu lors d’une conférence de presse à Dublin pendant la tournée de promotion de l’album en première partie d’Elvis Costello, rapporté par Phil Chevron dans un interview de David Quantick pour the balladeers.com. Noel Hill, un musicien de musique irlandaise renommé a qualifié la musique des Pogues de « terrible abortion / horrible avortement ». Cf. note 6.

[3] cité par Jeffrey Roesgen dans The Pogues’ Rum, Sodomy and the Lash, collection 33 1/3, Continuum Publishing 2008.

[4] Voir ce papier sur Mc Gowan dans le Daiy Star, en novembre 2023.

[5] Andrew Ranken interviewé par Alex Burrows dans Louder, 13 juin 2025.

[6] Rapporté dans The Pogues : the lost decade par Ann Scanlon, Omnibus Press 1988. Dans ce livre est également rapporté l’altercation du groupe avec Noël Hill lors d’un débat radiophonique sur la RTE le 5 septembre 1985.

[7] On apprend dans le superbe doc de Julian Temple Crock of gold – a few rounds with Shane Mc Gowan sorti en 2020 que Mc Gowan était un proche de Gerry Adams, leader du Sinn Féin, branche politique de l’IRA et qu’il a été impliqué dans les discussions ayant conduit à la signature des accords de paix du Vendredi-Saint signés à Belfast le 10 avril 1998 entre les gouvernements irlandais et anglais et les principaux groupes politiques d’Irlande du Nord. Il dira : « Je regrette de ne pas avoir donné ma vie pour l’Irlande. Mais j’ai fait la révolution à ma façon. »

[8] James Fearnsley cité par par Jeffrey Roesgen, op. cit.

[9] Dans son autobiograhie A drink with Shane Mc Gowan, écrit son épouse Victoria Mary Clarke, Grove press, 2001.

[10] cité par par Jeffrey Roesgen, op. cit.

[11] idem.

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