[HBO Max] « Euphoria – Saison 3 » de Sam Levinson : copie de copies

En recyclant aussi bien Sergio Leone que Breaking Bad, Sam Levinson transforme la dernière saison d’Euphoria en machine citationnelle brillante mais creuse, où les personnages semblent peu à peu disparaître derrière les poses et les archétypes.

Euphoria S3
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Euphoria, c’est compliqué, admettons-le. Une fois passée une première saison réussie, Sam Levinson est visiblement parti « en vrille », et nous a offert une seconde saison largement ratée, jouant la carte maniériste au détriment de la vérité psychologique. On n’attendait donc pas vraiment une troisième saison, surtout quatre ans plus tard, et… force est de constater que nos craintes étaient fondées, tant cette nouvelle bordée de 8 épisodes (a priori la dernière) poursuit complètement dans la direction empruntée par la précédente, et au final, se révèle plus irritante qu’autre chose.

Euphoria S3 affiche

Nous sommes donc quatre ans plus tard, et on ne parle donc plus du tout de personnages luttant avec les problèmes de l’adolescence (disons « sex and drugs and rock’n’roll », pour faire simple), mais de jeunes adultes aux prises avec le monde dérangé de 2026 : un déplacement radical du « sujet » d’Euphoria, vers l’artificialité glaçante des relations humaines mais aussi de la sexualité à l’heure de TikTok et de OnlyFans, tout en suivant la trajectoire d’autodestruction de Rue (Zendaya, toujours ce qu’il y a de meilleur dans la série) sous l’emprise de ses addictions.

L’une des déceptions évidentes de cette dernière saison est la négligence avec laquelle est traité le personnage de Jules, auquel les scénaristes n’offrent en 8 épisodes pas une seule scène intéressante. A l’inverse, Levinson semble désormais incapable de filmer Cassie autrement que comme un fantasme érotique permanent… sans que Sydney Sweeney ait d’ailleurs non plus grand-chose de consistant à interpréter, au-delà des clichés de la ravissante idiote sexy. Jacob Elordi, de son côté, dont on a pu occasionnellement apprécier le charisme dans les quelques films pas trop mauvais qu’il a pu faire au cinéma, sert clairement de bouc émissaire aux instincts sadiques des scénaristes : il n’est ici qu’une chair à canon méprisée et méprisable aux mains de tortionnaires dans un crescendo d’atrocités qu’on soupçonne Levinson de trouver amusantes.

Reste donc Rue, que l’on découvre dans le premier épisode travaillant comme « mule » entre le Mexique et les Etats-Unis pour des trafiquants de drogue, et dont nous allons suivre les aventures, toutes plus sordides et violentes les unes que les autres : il est évident que sans le talent et la sensibilité de Zendaya, cette partie serait aussi détestable que le reste de la saison, mais elle devient, grâce à l’actrice, relativement supportable, voire touchante par instants.

En fait, le problème d’Euphoria, dans cette saison comme dans la précédente, s’appelle Sam Levinson : la virtuosité formelle de sa mise en scène, sa capacité à fabriquer des images fascinantes ont littéralement phagocyté tout le reste. Si l’on ne peut nier l’ambition « plastique », la sincérité émotionnelle intermittente de certains épisodes, et surtout la puissance esthétique, musicale et sensorielle rare à la télévision, de cette troisième saison, Levinson a clairement abandonné tout le réalisme social qui faisait l’intérêt de la série à ses débuts, se délectant de sa propre obsession pour la mise en scène de traumas spectaculaires. Et finalement, s’égarant dans une confusion immature entre radicalité et provocation gratuite.

On ne peut qu’être dépité devant le recyclage par Levinson d’archétypes du cinéma maniériste (Sergio Leone et Tarantino, tous deux abondamment cités et plagiés), mais même de la série TV (comme dans la seconde saison, des copies de scènes de Breaking Bad, mais sans l’intelligence ni l’humour de Vince Gilligan) : Levinson ne cite plus seulement les grands réalisateurs de cinéma, mais désormais les showrunners de la télévision « de prestige ». On parle donc désormais de « copie de copies », d’une esthétique brillante mais creuse, « de seconde main ». D’une fiction que Levinson peuple non plus de personnages, mais d’images iconiques : il y a « la martyre » (Rue), « la blonde sexy et stupide » (Cassie), « le gangster magnétique » (Alamo), etc., tous fabriqués pour justifier l’outrance permanente.

On peut imaginer qu’Euphoria marquera la fin d’une époque où HBO laissait un « auteur » fonctionner quasiment sans garde-fous. Il est en effet peu probable que, surtout aux mains des nouveaux actionnaires d’extrême droite de l’entreprise, ce genre de dérives « artistiques » chez des showrunners qui se considèrent comme des génies continuent à être tolérées / financées. On se souvient de l’effondrement du Nouvel Hollywood suite à la mégalomanie de Michael Cimino et de son Heaven’s Gate : on est peut-être en train de vivre une chose similaire avec Levinson et son Euphoria. La différence est que Heaven’s Gate était un grand film, alors que Euphoria, en dépit de son « impact sociétal », est une toute petite série.

Eric Debarnot

Euphoria – Saison 3
Série TV US de Sam Levinson
Avec : Zendaya, Jacob Elordi, Hunter Shafer, Sydney Sweeney, Maude Apatow, Colman Domingo…
Genre : drame
8 épisodes de 60 min environ mis en ligne (HBO) d’avril à mai 2026

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