Un début prometteur pour ce jeune écrivain publié chez le tout récent éditeur Au Hasard : le quotidien de son île imaginaire et ses habitants oscillant entre passé meurtri et futur incertain opère un charme un peu suranné et agréable. Comme une flânerie littéraire où pointent avec douceur des enjeux sociétaux contemporains.

Ne cherchez pas l’île de Mageley sur un plan ou sur Maps. Elle n’existe pas, même au large du littoral breton dont la description géographique du lieu fait directement penser. Hugo Gitton semble y avoir posé ses pénates le temps d’écrire l’histoire des protagonistes de cette île. Jacques, le pêcheur solitaire qui navigue sur son chalutier avec son inséparable chien ; Barbara, son ex-femme libraire et candidate écologiste des prochaines élections municipales ; Mélusine, leur fille partie étudier loin, sur le Continent, qui va revenir au milieu du livre… et des passions et drames qui unissent dans le silence ou la colère ce trio familial. Autour d’eux, les autres : ces habitants qui les connaissent et qui se connaissent tous, entre aide et jugement, entre douceur de vivre et rancoeurs… ils forment un groupe un peu hétérogène dans leurs caractères mais unis par un même dessein : préserver l’île et ses « locataires permanents ». Face au tourisme de masse, face aux aléas climatiques et environnementaux préoccupants, préserver un endroit de vie, mais aussi préserver les chagrins, les remords, les erreurs pour oublier, et avancer.
Un synopsis de départ classique, voire convenu, et un sentiment de déjà-lu dans la proposition de l’auteur pour son premier opus. Des défauts inhérents à ce nouveau statut fébrile, mais déjà un talent évident pour installer une atmosphère délicate et empreinte de nostalgie. Par une approche naturaliste qu’on ne lit plus beaucoup dans la littérature contemporaine, Hugo Gitton amorce les questions écologiques urgentes et ses dommages collatéraux (sur-tourisme, migrations climatiques, écosystème insulaire) et les imbrique dans les atermoiements personnels de ses personnages, pris dans les tourments des drames que la vie peut te faire exploser à la face à tout moment. Et il imagine, au rythme des parties de son livre découpées en saisons, comment on renaît des ses blessures, comment on s’adapte aux uns et aux autres, et comment la communion sera toujours plus facile à vivre que des solitudes cumulées.
Bienvenue donc sur ces longs et doux moments de lecture dans ce lieu éloigné de tout, et laissez-vous happer par cette famille unie dans sa sourde douleur passée et ce village du bout du monde. Dépaysement garanti.
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Jean-françois Lahorgue
