
Ils viennent de se marier, pensent s’aimer, et mangent ensemble dans un restaurant luxueux de Chesil, dans le Dorset. Face à la mer, face à leur avenir ensemble. C’est la nuit de noces des jeunes époux Florence et Edouard, une relation amoureuse prête à être consommée, plus que quelques heures de dégustation culinaire avant les plaisirs des corps.
Dans l’Angleterre des années 60, bien avant toutes les émancipations sociales que connaîtront les protagonistes, il est de bon ton de ne pas trop dévoiler ses sentiments, ses attentes et ses problèmes, surtout ceux d’ordre sexuel. Car c’est bien là le souci : le sexe. Elle en est dégoûtée à l’avance, Il n’attend que ça. Les intentions sont divergentes, le résultat le sera tout autant. En attendant ce couperet charnel, Ian McEwan, avec sa prose élégante, se fait un (presque malin) plaisir de disséquer cette nuit importante en utilisant moults flash-backs sur le passé et la rencontre de ces deux êtres de milieux sociaux très différents, l’un rêvant de personnages historiques illustres à imiter, et elle de musique classique et de renommée locale. Deux amoureux que tout oppose, jusqu’aux draps fatals…
N’y allons pas par quatre chemins : Sur la plage de Chesil, avec ses quelques 150 pages et son écriture brillante, est un chef-d’oeuvre. Ian McEwan, en entomologiste raffiné et un brin cynique, analyse le sentiment amoureux bloqué par des obstacles physiques, politiques et sociaux. Une seule nuit décisive, des années d’engagement et de désir avortés, des destins qui se tissent sur un seul acte manqué : en bref, des vies brisées qui se résument à des instants irréversibles. Un travail d’orfèvre pour une histoire magnifique. LE roman de cette rentrée littéraire, à n’en point douter.
Jean-François Lahorgue
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Sur la plage de Chesil, de Ian McEwan
Editions Gallimard, Collection Du monde entier
146 pages, 16 € environ
Date de parution : septembre 2008.
















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