Live Report : Les Eurockéennes de Belfort 2017

Les 6, 7, 8 et 9 juillet 2017, les Eurockéennes de Belfort accueillaient PLN et Booba mais aussi Arcade Fire, Phoenix, Kevin Morby et Fishbach. Revue sélective de 4 jours de concerts.

Les Eurockéennes de Belfort 2017

Réparti sur quatre jours cette année,  le Festival Belfortain a pris des risques artistiques avec des têtes d’affiches Rap comme PNL ou Booba sans pour autant oublier le Rock avec Iggy Pop et Dropkick Murphys, la Pop d’Arcade Fire et Phoenix et l’Electro de Justice et DJ Snake. Les bonnes surprises ne sont pas forcément là où on les attendait.

Jeudi 06.07.17  : Soleil de plomb et ambiance électrique.

Archie & the Bunkers EurockeennesLes festivaliers sont accueillis à coup d’orgue et de rythmique sauvage. Les juvéniles Archie And The Bunkers défendent un garage punk joué à l’arrache. Le batteur-chanteur acnéique  n’a que 14 ans mais crache déjà sa rage à la face du monde.
Le grand frère de 17 ans prouve qu’un orgue peut se montrer furieusement agressif. Lâchant ses baguettes  le temps d’un titre, Emett O’Connors se jette dans le public, souhaitant un bienvenu Punk dans le creux des oreilles vierges.

Arborant un look haut en couleur digne des seventies, The Lemon Twigs avancent sur scène en conquérants. Techniquement impressionnant et sûr de leurs hymnes, les deux frères D’Addario déroulent avec convictions les  titres emprunts de Glam et Soul issus de leur unique album. Des versions moins flamboyantes qu’à leur début mais qui ont gagné en profondeurs. Agaçant dès qu’ils convoquent Elton John ou Queen mais convaincant dans leur fascination pour Bowie, le quatuor sur scène possède cette classe innée aux enfants doués.

Shame EurockeennesDoué Shame l’est aussi mais pour des raisons différentes. Charlie Steen, chanteur British tout en  Sta Prest et bretelles, harangue la foule avant même qu’un seul son ne transperce. Aux premiers accords, les musiciens tordent leurs instruments et font monter la pression. Visiblement le groupe a gagné en cohérence. L’ombre de The Fall et des Télévision Personalities planent mais Shame est autant a l’aise sur des titres proto punk (The Lick,Concrete) que sur la pop bancale (Angie, One Rizla). Le frontman donne de sa personne, et propage l’amour des décibels tordus. Leur premier album est annoncé pour 2018.

Changement d’ambiance sur la scène de la plage  avec le très très relax Kevin Morby, venu présenter les titres  son dernier disque de City Music. Le couché du soleil accompagne des titres folk rock sous perfusion new-yorkaise. Bien entouré notamment par une guitariste douée et inspirée, Kevin M accélère le tempo sur Dorothy et I Have Been To The Montain et  offre une reprise parfaite du Velvet Underground : Rock and Roll.

Dans un décor rétro futuriste, l’installation suscite la curiosité. Batterie et claviers modulaires non identifiés sont entourés de deux hautes caisses.

Soulwax - EurockeennesSoulwax  en noir et blanc,  dévoile deux autres batteurs de chaque côté de la scène.
Synthétique et puissant, le groupe des 2 Many DJ’s allume la dynamite,  lorgnant plus du côté de LCD Soundsystem que de Air. Avec tantôt une approche Indus soft ou Electro pop pour un set énergique, les belges n’ont pas perdu le sens de l’humour  en interprétant The Singer Has Become a Deejay.
Aux premières mesures de I Wanna Be Your Dog,  une immense clameur résonne sur le site naturel du Malsaucy. Iggy Pop, torse nu se déhanche toujours, et sa voix est au top. Le Godfather du Punk pioche allègrement  dans la discographie des Stooges (No Fun, Gimme Danger, I’m Sick Of You), sans oublier ses tubes solos (The Passenger, Lust For Life), et ne sauve qu’un seul titre (Gardenia) de son dernier album de 2016 Post Pop Dépression. On ne se lasse jamais d’Iggy Pop.

A l’autre bout du festival, dans une ambiance détendue, Petit Biscuit emmène le jeune public sur un terrain mouvant ou se côtoient Electronica et Cuting-Electro. Une fin pleine de saveur et douceur pour finir la nuit.

Vendredi 07.07.17  : Whiskey, sexe et foot.

Les oiseaux se sont tus. Des  sons distorsionés  résonnent sur la grande scène. La voix, attaquée au Jack Daniel, balance sec. Les anglais Idles ne font pas dans la finesse. Mais les cinq musiciens jouent comme si leur vie en dépendait, se contorsionnent, et balancent des chansons nerveuses et mélodiques. Le chanteur débite ses paroles avec conviction et persuasion, a la manière d’un Jason Williamson des Sleaford Mods version Punk Rock. Mother, Well Done et Divide and Conquer seront les moments épiques d’un concert sous haute tension.

Devendra Banhart EurockeennesA l’inverse, le set décousu mais attachant de Devendra Banhart amènera douceur et questionnement. Invitant des spectatrices à chanter sur scène, sans quoi il ne continue pas le concert, a de quoi déconcerter. Mais à la manière d’un Jonathan Richman en chaussettes claquettes, ses chansons d’apparences bancales trouvent une grâce et vous collent une sensation de bien être. Visiblement la musique du néo hippy a des vertus thérapeutiques insoupçonnées.

A la plage, les moins de 25 ans s’étaient donnés rendez vous pour la prestation complètement décalées de Lorenzo. Le Dj est cantonné dans une baraque a Kebab pendant que le rappeur breton balance des insanités rigolotes sur tout et n’importe quoi. Troisième degré de mise, le GiédRé version mâle met le public dans sa poche, entouré de ses potes du groupe Columbine. A entendre le refrain repris en cœur « Arrête de te droguer, sale babos de merde », le malaise était palpable auprès de certains fans d’Hubert-Felix Thiefaine qui jouait plus tard sur la grande scène entouré d’un orchestre. Assez jouissif, il faut le reconnaître.

Parcels EurockeennesLa libido a explosé lorsque les cinq Parcels démarrent leur concert. Look de garçons coiffeurs du 16ème arrondissement, les Australiens de Berlin décoiffent et scotchent son monde, surtout les filles. Irrésistibles dans les gimmicks funky pop, les cinq voix à l’unisson procurent un frisson dont les Daft Punk ne sont pas restés insensibles en produisant leur dernier single. Avec des contours dansant Electro, ils jouent superbement bien et bougent comme il faut. Les tubes s’enchainent – Overnight, Gamesofluck, Older, ou encore Allaround – sous les hurlements. La révélation des Eurockéennes 2017 !

De grands ventilateurs sur la grande scène annoncent  la couleur. Editors balayent la lumière, leur Rock teinté de New Wave célèbre le rouge. Pour le meilleur,  – Blood,Munich  et A Ton OF love – s’inscrivent dans la grande tradition des hymnes anglais ou US des 80’s  et 90’s, propres à Echo & Bunnymen ou The Nationals. Mais la formation de Birmingham est irritante lorsque son chanteur lorgne sur Coldplay et  enterre finesse et urgence pour un rock pompier sur Marching Orders et Ocean Of Night. Pour autant Editors reste un groupe taillé pour les stades… de Ligue 2, un peu comme le FC Sochaux.

Samedi 08.07.17 : Mode et étoiles filantes

Fishbach EurockeennesLes nuages clairsemés font leur apparition. Placé en hauteur sur le côté de la scène de la plage,  Vitalic accueillait les festivaliers dans une ambiance House chic et cool.

A peine commençait-on a bouger que Fishbach faisait son apparition. Pas de superflu chez elle, on ressent une force dans ses chansons Pop, Electro et variété –Un autre que moi -. Sa voix percute en délicatesse l’auditoire, les paroles font mouches. Doucement mais assurément, elle marque son territoire embrumé des 80’s et se dote d’une     chorégraphie toute personnelle sur Eternité et Invisible désintégration de l’univers.

Hmltd EurockeennesLes bâtards de Vivienne Westwood, à savoir Hmltd, ont le look flamboyant des nouveaux romantiques en fin de nuit. Leur rock dégoulinant de Punk, Jungle, Glam et générique de film, déroute, attise une curiosité malsaine et au final remporte l’adhésion. Sur scène, le groupe londonien et cosmopolite, emmené par l’énergique Henry, ne ressemble à rien d’existant. Les six musiciens ne font qu’un, pour tordre des chansons malades qui s’apparentent à des éclairs de génies dans le monde aseptisé de la musique moderne. Is This What you Want, Choo Choo et le contagieux Proxy Love sont autant de tubes dignes d’une back room  situé à Soho.

Sans doute pas le genre d’endroit que fréquentent les vétérans virils de Rocket Of The Crypt, qui fidèles à eux même, célèbrent le Rock&Roll à coup de guitares Red Bull et cuivres bodybuildés. Efficace et old school.

Meatbodies EurockeennesLes quatre Freaks de Meatbodies ont le son puissant et hypnotique. Les titres croisent le Rock Psyché et Heavy Fuzz. Tremmors, Plank  et Him  surclassent les versions studios. Chad Ubovic croisé dans les Fuzz – le groupe- réussi à condenser la puissance de Helmet, l’aisance de Ty Segall et l’insolence des  Spacemen 3.

L’espace, Explosion In The Sky  l’explore sur la scène de la Green Room. Des instrumentaux, qui invitent à la lévitation. Les Texans  s’en sortent admirablement, hypnotisant une foule compacte que le Post-Rock n’effraie pas. La cohérence du groupe est d’autant plus remarquable que leur setlist puise dans toutes leur discographie.

Retour sur la Plage ou des rythmes binaires viennent émoustiller la lune. La djette Helena Hauff distille des redoutables compos Techno qui ne sont pas sans rappeler le Rollin’ & Scratchin’ de qui vous savez. Mais elle temporise aussi avec des titres plus Minimal Wave pour le bonheur du plus grand nombre, des étoiles filantes pleins les yeux.

Eurockeennes

Dimanche 09.07.17 : Pop et Kway.

La pluie s’est donné rendez-vous. Group Doueh & Cheveu entame donc leur concert sous des ponchos transparents. Parfaitement improbable sur papier, la rencontre  entre les expérimentaux Garage de Cheveu et les Doueh en provenance du Sahara ont su  trouver une cohérence. Quelque peu déroutant au début et sous des conditions difficiles, les deux entités ne forment qu’un sur   Hamadi  et Tout Droit, de belles réussites  en live.

Phoenix EurockeennesAttendu au tournant, Phoenix n’a pas déçu. Les titres du dernier album Ti AmoJet Boy, Ti Amo – tiennent la route et même si l’album culte Wolfgang Amadeus est surreprésenté, nous ne leur en tiendrons pas rigueur. Ces titres dégagent une telle intensité que le bonheur est palpable. Impeccable, le groupe de Thomas Mars s’est doté d’un jeu de lumière au sol  époustouflant.

Arcade fire EurockeennesPlus tard, les irrésistibles Arcade Fire élèvent en art le foutoir organisé. Tout à la fois, Win Butler insuffle la tragédie et envolés vocales euphorisantes. Dans ce barouf, les synthés se fraient un chemin et brillent particulièrement sur Reflektor. Le groupe innove, risque et n’usurpe pas sa réputation. Beaucoup de tubes renforcés par une énergie scénique remportent l’adhésion – si ce n’était pas déjà fait- d’un public comblé.

Textes : Marmillot Mathieu
Photos : Locher Arnaud, Emma Chibane et MM

Les vidéos des Eurockéennes 2017 :

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