« L’Étrange Odyssée de la famille Monsieur » : Une comédie noire qui vire au rose bonbon

Une croisière funèbre déjantée où une famille hétéroclite embarque pour exaucer les dernières volontés d’une pop star mégalomane. Humour noir, héritage et chaos en haute mer au programme du nouveau roman de Benoît Philippon.

Benoit-PHILIPPON
© Philippe Matsas/Leextra via opale

Il fallait l’appeler Monsieur. Pas par civilité mais parce que c’était son pédigrée. Monsieur Monsieur. Un enfer pour sa femme au moment des présentations : Madame Monsieur. On attend une suite qui ne vient pas.
Monsieur avait un prénom que tout le monde connaissait : Milan. Pas la ville. Suivez un peu, s’il vous plait. Milan était une pop star et quand sa voix s’est tue pour la dernière fois, il a exigé qu’après avoir allumé le feu, ses cendres saupoudrassent (j’avais envie d’une concordance par mauvais temps) le nord de l’Islande sous une aurore boréale. Un peu pénible la vedette. L’égocentrique ne pouvait pas se contenter d’obsèques nationales ou d’un barbecue en famille.

L'Étrange Odyssée de la famille MonsieurAfin que la croisière s’amuse, le pater familia a souhaité que sa petite famille embarque sur son yacht pour l’accompagner avant d’assaisonner la Baltique et de nourrir les saumons de ses sédiments.
À bord, sont donc rassemblés la veuve, son amant et accessoirement meilleur ami de la famille, la soeur acariâtre du défunt et son fiston un peu benêt, un pingouin et les trois enfants, plutôt perturbés. Il y l’ainé, un tempétueux qui n’a pas posé un pied à terre depuis 10 ans, la fille, médium qui papote avec les morts et son jumeau, le fiston écrasé par la légende du père. Sortez les gilets de sauvetage.
Vous pouvez ajouter à la galerie des excentriques une journaliste, deux cuisiniers repris de justesse, un skipper ténébreux et quelques conjoints pour la décoration.
Afin que tout ce petit monde ne s’ennuie pas trop pendant la traversée et pimenter la veillée funèbre, feu Monsieur a organisé un petit jeu ayant pour enjeu la répartition de l’héritage.

Entre deux scènes de jalousies, des règlements de compte, des névroses d’enfance, des coucheries qui tanguent, des secrets de famille honteux et des regrets éternels, l’humour noir de l’auteur barbote dans son élément. Son mauvais esprit a le pied marin et jette l’encre aux frontières du surnaturel.

Tout allait pour le mieux, c’est à dire le pire dans cette histoire originale dopée de trouvailles, l’ironie à la barre, les bons mots aux hublots… jusqu’au dénouement. Je ne veux pas divulgâcher la sortie en pédalo mais j’ai fini par-dessus bord suite à un tsunami de bons sentiments. La dernière partie du roman est un pédiluve d’eau tiède. Je n’ai rien contre les happy end, je n’exigeais pas un naufrage avec une chanson de Céline Dion et un gros glaçon, mais je suis sûr que Mamie Luger aurait sorti la planche des pirates pour terminer la traversée en solitaire et que Papi Mariole aurait migré dans la soute pour échapper aux séances de réconciliations béates.

J’ai eu le mal de mer à la fin du voyage. Une odyssée à la rame.

Olivier de Bouty

L’Etrange odyssée de la famille Monsieur
Roman de Benoît Philippon
Éditeur ‏ : ‎ Albin Michel
368 pages – 19,90
Date de publication ‏ : ‎ 25 février 2026

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