L’amour, chez Fabien Gorgeart est une histoire de couple mais surtout de famille… À l’occasion des formalités d’annulation de leur mariage, Marguerite et Frédéric se penchent sur leur passé commun, sur ce qui les a fait s’aimer sans passion puis se séparer sans drame. Un film qui offre l’image d’une chaleureuse famille de sang et de cœur où chacun parvient à trouver sa juste place.

C’est quoi l’amour ? : dans le cinéma de Fabien Gorgeart, la question de l’amour ne se limite pas au couple, elle inclut la famille entière. Ses précédents films Diane a les épaules (2017) et La vraie famille (2021) constituaient, à travers l’histoire d’une GPA et celle d’un enfant accueilli, une remise en question des modèles familiaux. Dans ce troisième long métrage, le fait au centre de l’intrigue – la démarche d’un couple divorcé pour obtenir l’annulation de son mariage auprès des autorités écclésiastiques – ne perturbe pas que la vie des deux ex-époux. La fille qu’ils ont eue en commun, la compagne de l’un, le compagnon de l’autre, la fille née de cette seconde union, un frère d’un côté, un cousin de l’autre, tous se trouvent, par les exigences de la procédure, impliqués dans ce retour au passé, avec les interrogations et les émotions qu’il suscite.
La fin d’une histoire d’amour est le plus souvent placée sous le signe de la rancoeur, voire de la haine. Ce n’est pas le cas ici. Marguerite (Laure Calamy, pleine d’énergie mais enfermée dans son habituel jeu mécanique)) et Frédéric (Vincent Macaigne, plutôt sobre et émouvant) sont séparés depuis près de 20 ans, tous les deux sont à nouveau en couple, et leurs relations semblent tout à fait apaisées, quasi amicales. C’est alors que parvient à Marguerite une curieuse demande : Frédéric souhaiterait engager une demande en annulation de leur mariage religieux, pour satisfaire Chloé (Mélanie Thierry), sa future femme, qui, fervente catholique, ne saurait se contenter d’une union civile. Après un moment d’ahurissement, Marguerite accepte de se plier au désir de son ex-mari. Un parcours qui ne sera pas de tout repos et nous fera pénétrer dans les arcanes des autorités judiciaires de l’Eglise. Fil rouge du film, l’avancement de la procédure, riche en péripéties à la fois cocasses et émouvantes, nous mettra face à des ecclésiastiques pittoresques : celui chargé d’évaluer le bien-fondé de la requête (l’excellent Jean-Marc Barr), le cousin de la future mariée (l’amusant Grégoire Leprince-Ringuet), et rien moins que le pape (le deuxième pape noir que nous offre le cinéma en quelques mois !). Mais l’essentiel se passe entre Frédéric et Marguerite : contraints de se replonger dans leur passé, ils revivent les émotions d’une union qui n’aura duré que deux ans, se rapprochent et ne tarderont pas à connaître la tentation d’un revenez-y. Mais surtout ils réfléchissent à ce qui les a liés puis séparés, et à la façon dont ils ont, quelques mois après le mariage, vécu la naissance de leur fille Léa (Céleste Brunnquell).
Même si Fabien Gorgeart affirme ne pas avoir voulu faire une oeuvre polémique, on ne peut manquer de s’interroger sur cette fameuse procédure d’annulation. Si on ne peut, d’un côté, que se féliciter du soin que met l’Église à juger l’affaire, on ne peut, de l’autre, que s’étonner de la façon dont, pour ce faire, elle entre dans l’intimité d’un couple. Par ailleurs, on constate que pour qu’elle aboutisse, il faut prendre ses aises avec la réalité pour, à force de distorsion, lui faire dire ce qu’on attend d’elle. Bref, ce qu’il en ressort, ce sont l’hypocrisie et le ridicule, soulignés par la candeur d’une Marguerite fort éloignée de ces arguties. Mais on s’attache surtout aux rapports gentiment caricaturés au sein des familles élargies. On sourit de la perplexité envieuse de Marguerite face au bébé-couple que forment sa fille Raphaëlle (Saül Benchetrit) et son petit copain, de ses échanges explosifs avec elle et du rôle modérateur de Sofiane (Lyes Salem). On s’émerveille de la relation emplie de bienveillance que Marguerite entretient avec une Chloé si différente d’elle. On s’émeut de la déclaration d’amour finale de Léa à tous, et surtout à son beau-père. Ces relations, fondées sur le respect des différences de l’autre, débouchent sur une surprenante harmonie : il faudra longtemps avant qu’un soupçon de jalousie ne vienne titiller Sofiane. Bref tout ceci et surtout le voyage collectif à Rome est parfaitement irréaliste, mais qu’importe, on sait depuis le début que tout se passera bien et que les tentations resteront à l’état de tentations. C’est quoi l’amour ? est un film sans tension qui satisfait notre goût pour l’amusement et notre désir que tout soit pour le mieux dans le meilleur des mondes.
C’est quoi l’amour ? : il n’y a évidemment pas de réponse à cette question tant les formes que l’amour prend dans le film sont diverses, amours de l’adolescence ou de l’âge mûr, amour conjugal, parental ou beau-parental ( ? ) filial ou beau-filial ( ? ), sororal, amour hétérosexuel ou homosexuel. L’amour c’est aussi, semble dire Fabien Gorgeart, ce qui lie à jamais ceux qui se sont aimés… Ce n’est pas un hasard si c’est l’ex-couple formé par Frédéric et Marguerite qui est au centre du film, incarnant une forme d’amour singulière, tout aussi forte que ce qui les lie à leurs conjoints respectifs. Bref, un film sympathique, empli de tendresse et de drôlerie, une comédie pas prise de tête mais non sans finesse dont on sort le sourire aux lèvres.
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Anne Randon
