[Live Review] The Sophs à la Maroquinerie : quand le buzz est justifié

Le public est venu en nombre pour écouter The Sophs à la Maroquinerie. Et nous, qui étions un peu sceptiques, en sommes ressortis heureux et rassurés sur le potentiel du groupe, même s’il leur reste à gagner en constance pour que tout le répertoire soit à la hauteur de leurs singles parfaits.

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The Sophs à la Maroquinerie – Photo : Jean O

L’apparition, tous les mois, de nouvelles révélations amenées à devenir de futures stars est une constante de la presse musicale depuis des décennies. Les Anglais s’en sont fait une spécialité, avec des résultats mitigés : peu de musiciens sont encore présents cinq ans après le déchaînement déclenché par leurs premiers singles. The Sophs ne sont pas anglais : ils viennent de Los Angeles et font partie des attractions de 2026. Leur premier single, SWEAT, a fait crier au génie. Les références ont fusé, et l’album qui a suivi, GOLDSTAR, a été globalement acclamé. En gros, nous tiendrions les nouveaux The Strokes.

Bon, restons raisonnables : oui, ce disque possède de bons moments, mais les premiers singles sortis restent les meilleurs titres. Attendons un peu avant de crier au génie. Le passage à la Maroquinerie tombe à pic pour se faire une idée plus solide. À l’heure de l’IA et des producteurs malins, rien ne vaut le test du live pour jauger le potentiel de ces phénomènes autoproclamés. Le buzz a bien fonctionné : la Maroquinerie affiche complet ce soir. Le public est composé de jeunes et d’habitués plus âgés qui en ont vu d’autres, mais restent intrigués.

The Sophs Maro Jean O 02Arrivés trop tard rue Boyer, nous manquerons le set de la première partie, Shakkalo, et son folk mélancolique. Ce sera pour une autre fois. Pour nous faire patienter, la sono passe du classic rock américain (The Allman Brothers Band, The Doors, Tom Waits) : un choix qui va, étonnamment, bien préparer le terrain. Il est 21 h quand Ethan Ramon et sa bande arrivent sur scène. Ramon capte les regards. Frontman, chanteur, compositeur : son charisme saute aux yeux.

Preuve de l’éclectisme de The Sophs, le concert démarre par une reprise, et par de la pure country : I’m a Man of Constant Sorrow, popularisé par la bande originale de O Brother, Where Art Thou ? des frères Coen. Mise en bouche sympathique, mais le groupe rentre vite dans le vif et dans le tracklisting de GOLDSTAR, avec THE DOG DIES IN THE END. Guitare acoustique de Seth Smades, petite voix pas trop poussée, et déflagrations de guitare d’Austin Parker Jones : la Maro réagit aussitôt. Les qualités de The Sophs sautent aux oreilles : un son ample (six musiciens, dont un clavier et deux guitares), des chansons bien fichues, et une sacrée maîtrise. Ce qu’on peut prendre pour du bordel est millimétré. Et Ramon est très fort pour tenir la salle.

The Sophs Maro Jean O 03They Told Me Jump I Said How High poursuit sur un mode spoken word ; Ramon y livre des commentaires désabusés et cyniques sur sa vie de jeune adulte mal dans sa peau. Mieux vaut bosser les paroles avant : il a un sacré débit, le garçon, et il est facile de se perdre dans son flow. La chanson-titre, GOLDSTAR, a une inventivité folle, avec ses chœurs et ses accents flamenco. Les effets sur la voix de Ramon la font ressembler à celle de Julian Casablancas, sur une section rythmique plus punk. BLITZED AGAIN est très réussie, même si le groupe va un peu chasser sur les terres de Muse sur le refrain.

Le savoir-faire est là : absorber le plus de traditions possibles et en faire un patchwork habile, qui les modernise. On pense à beaucoup de monde pendant ce concert : In My Own Way et I’M YOUR FIEND mélangent les mélodies de Weezer au j’men-foutisme de Pavement ; BIG RED X évoque un punk classique ; A SYMPATHETIC PERSON lorgne vers Tom Waits et son obsession pour Kurt Weill. Au moment de SWEETIEPIE et sa guitare acoustique entraînante, ce sont les Violent Femmes que nous avons devant nous, avec Ramon en Gordon Gano moderne et désarticulé. Vient le temps des reprises : le groupe s’attaque au grand Bill Withers (Better Off Dead) et prouve qu’il peut aussi se frotter à la soul.

The Sophs Maro Jean O 04DEATH IN THE FAMILY ne doit rien à personne et devient un sommet du set. Enchaînée avec SWEAT, elle provoque un effet radical dans la fosse. De notre poste inhabituellement reculé, nous sommes aux premières loges pour constater les dégâts. Ils font un carton, les jeunes ! Un très bon nouveau morceau, Best Man in Los Angeles. Une dernière reprise, de Mac DeMarco cette fois (For the First Time), et The Sophs quittent la scène après un concert d’à peine une heure, durée prévisible quand on n’a qu’un court disque à défendre.

Au bout du compte, une belle surprise : un groupe qui a déjà beaucoup appris de ses aînés, tout en gardant la fraîcheur de la jeunesse. Le potentiel est réel. Qu’en feront-ils ? Le deuxième album sera guetté avec attention. Nous sortons de la Maroquinerie en nous disant que, cette fois-ci, on ne nous a pas menti sur la marchandise.

Laurent Fegly

Photos : Jean O – merci à lui !

The Sophs à la Maroquinerie
Producteur : Radical Productions
Date : lundi 4 mai 2026

Leur dernier disque :

The Sophs GOLDSTAR pochetteThe SophsGOLDSTAR
Label : Rough Trade
Date de parution : 13 mars 2026

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