La saga indochinoise de Loulou Dedola et Luca Ferrara nous introduit dans les bas-fonds d’une ville gangrenés par des trafics exacerbés par le colonialisme.

Pour avoir tué le meurtrier de son tuteur, le très jeune Ange a été exfiltré, par sa famille, de sa Corse natale vers la lointaine Indochine. Là-bas, il a été recueilli par M. Maurizi, un riche planteur, qui se révèlera proxénète et trafiquant d’opium. Dix ans plus tard, nous sommes dans les années 1920, le jeune homme, qui se souvient avoir appris se battre dans le maquis, a gagné sa confiance et a été intégré dans ses affaires. En difficulté financière, Maurizi est contraint de faire appel à un puissant clan corse, celui même qui s’était promis d’exécuter Ange. Or, le temps n’a pas de prise sur la vendetta. Ange se retrouve piégé !
Si le premier tome présentait les personnages, le second – la série en comptera six– les met en action. Notre héros aux yeux bleus est initié à l’opium. Avide d’apprendre, il s’intéresse à ses effets, puis aux secrets de sa fabrication. Il observe les passions mortelles qu’elle suscite et les rivalités entre gangsters et sociétés secrètes. Pour avoir tiré une jeune indochinoise des griffes d’un colon, il gagne la reconnaissance de ses proches et découvre la vie, cachée aux blancs, des indigènes.
Le scénario de Loulou Dedola nous immerge dans la multitude de trafics d’une société coloniale. Dans les rues sombres, on y joue de la balle et du couteau. La parole donnée engage et ne saurait être trahie. Imaginez les héros du Parrain de Francis Ford Coppola plongés dans l’univers de Lucien Bodard, celui du Fils du consul, avec ses prostituées et ses colons, ses tueurs et ses drogués, ses policiers et ses fonctionnaires coloniaux, tous plus ou moins corrompus, sans oublier l’opium et ses rêves, mais la faconde et la truculence en moins.
Car Ange est sérieux. On peut le comprendre, les tueurs sont en route. Pour survivre, il aura besoin d’alliés.
« Opium ! Poison de rêve
Fumée qui monte au ciel
C’est toi qui nous élève
Aux paradis artificiels »
À l’image de son héros, le dessin de Luca Ferrara est classique et sévère. Ses décors sont très fouillés, ils méritent le détour, prenez votre temps. Ses pages sont dynamiques et les tensions palpables. Ange est aussi beau que son regard est froid.
L’ambitieux apprend vite et suscite fidélités et passions. Mais, en sera-t-il seulement digne ? Comme tous les amateurs de série, nous sommes invités à patienter. À suivre…

Stéphane de Boysson
L’Ange corse, tome 2 : Opium
Scénario : Loulou Dedola.
Dessin : Luca Ferrara
Editeur : Futuropolis
64 pages – 16 €
Parution : 11 mars 2026
L’Ange corse, tome 2 : Opium — Extrait :

