Intimement ancré dans la ville de Nîmes et le monde de la tauromachie, « Anonîmes » est un thriller haletant au cœur duquel se trouve le commandant Punti, un policier hanté par les fantômes du passé.

On l’a longtemps appelé « Le tueur de la Feria » : sept ans de suite, il a sévi au moment des grandes fêtes taurines de Nîmes, laissant derrière lui des cadavres qui portaient les stigmates d’un acharnement méthodique et sanglant, explicitement liés au monde de la corrida. Et des inscriptions réclamant justice, peintes en rouge sur les monuments antiques. Sur ses traces, le commandant Vincent Punti, un flic à la trentaine nerveuse et tourmentée. Longtemps infiltré dans les milieux de la drogue sous l’identité de Vincent Fierro, il est devenu ami avec son indic Farouk Fellah, une figure respectée et crainte au sein du cartel. Après une intervention spectaculaire qui a abouti au démantèlement du réseau, Punti va désormais, avec l’aide du lieutenant Caroline Morin de la PJ de Marseille, se consacrer à la traque du tueur, qu’on appellera bientôt le Minotaure. Les crimes s’accélèrent. Mais Punti ne se débarrasse pas si facilement de Fierro…
Anonîmes est un thriller urbain haletant où rien n’est jamais acquis. Nos hypothèses de lecteur se succèdent, se contredisent à un rythme soutenu – trop, peut-être – comme celles de Punti, nous donnant le sentiment d’avancer sur des sables mouvants. Jusqu’au bout, on se dit que tout est possible…et en effet tout l’est. Mais l’action, aussi captivante soit-elle, ne prend cependant pas le dessus sur la psychologie. Au centre du roman, la personnalité trouble de Vincent Punti qui, naviguant entre deux identités, finit par ne plus savoir qui il est. Hanté par les fantômes du passé, il revit régulièrement les souvenirs de la violence paternelle et de l’affectueuse protection que lui offrait son grand frère Steven. Ce qu’il connaît à présent, c’est la difficulté à concilier les impératifs de son métier et sa vie de famille avec Mélanie et leur fils Eugène-François, dit Oeuf. Mais il n’est pas le seul à osciller entre deux identités : nombre de personnages, autour de lui, avancent masqués.
Au cœur du roman, Nîmes, un personnage à part entière, dont Mehdi Tahenni fait un théâtre sanglant. À côté de la ville antique célébrée pour son patrimoine romain – celle que connaissent les touristes, avec ses arènes, sa Maison Carrée, sa Tour Magne, son Temple de Diane – existe une Nîmes plus obscure. C’est dans le quartier Pissevin et ses ruelles labyrinthiques que nous entraîne l’auteur, soucieux de nous montrer la réalité vivante des quartiers populaires, loin des images toutes faites. Et de célébrer non seulement le patrimoine historique mais aussi le patrimoine humain. Mehdi Tahenni fait ainsi de son premier roman une déclaration d’amour à sa ville et aux violents contrastes qui en font la richesse. Mais surtout, avec ce thriller à l’écriture musclée qui chérit les énigmes, les anagrammes et les doubles sens, il nous offre, autour du commandant Punti et sur plusieurs générations, une histoire profondément humaine.
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Anne Randon
