C’était une soirée prometteuse : la Canadienne Cat Clyde était à la Bastille avec son groupe pour faire profiter le public parisien de son country folk blues intemporel. Un sympathique hors-d’œuvre avant le concert du maître Rodney Crowell, deux jours plus tard.

Reconnaissons-le : je ne m’étais pas penché sur le cas de Cat Clyde avant cette année. Venue de l’Ontario, Clyde a sorti son premier disque en 2016, mais c’est le petit dernier, Mud Blood Bone, qui a attiré mon attention. Sur la base de critiques élogieuses décrivant des concerts intenses, cette soirée, dans le cadre intimiste du Supersonic Records, avait tout d’une évidence, même un soir de Ligue des champions. (D’après tous les avis, j’ai bien fait : le match n’était, a priori, pas terrible). Clyde s’est spécialisée dans un country folk blues qui a tout pour me plaire : quatre guitares attendent le groupe sur scène et la salle est quasi complète, ce qui est une bonne surprise.
À 20h30, la première partie, Valentine Lambert, arrive sur scène avec sa guitare pour interpréter principalement des extraits de son album Le Silence, sorti en 2024. Alors qu’elle est accompagnée d’un groupe sur le disque, c’est donc en solo qu’elle va se produire ce soir. Elle ne se laisse pas trop déstabiliser par les grésillements pénibles qui sortent de sa guitare sur le premier titre, et qui auraient pu en stresser d’autres. Après une pause pour remédier au problème, Valentine, tout en délicatesse, gratifie le public de chansons très agréables : Le Veilleur de Minuit, en référence à une ancienne relation, Écran géant, Polaroïd, avant Le silence, interprétée en acoustique totale. Trouvant le public un peu mou (ce n’est pas faux), elle essaie de réveiller la salle avec une reprise de Norah Jones, Don’t Know Why, joliment interprétée, mais qui n’était pas indispensable : ses chansons tiennent bien la route et son set n’a pas besoin d’intégrer des reprises. Difficile de dire si Valentine Lambert sera une star de demain, mais cette première partie a été agréable. Comme quoi, avis aux autres lauréats : gagner le concours chartrain des talents du lycée Marceau peut ouvrir des portes !
Le groupe de Cat Clyde (Franck Styles à la basse, Danny Brooks à la batterie et Laurence Hammerton à la guitare) arrive sur scène à 21h30, et commence à jouer pendant deux minutes, avant que Clyde ne fasse son entrée de star. Elle se lance dans un Where Is My Love quasi a cappella, avant que le groupe ne l’accompagne à la Link Wray. Pas de doute : ce sont des pros. Le batteur semble avoir des ressorts, le bassiste, en face de moi, reste très placide toute la soirée, et le guitariste livre des solos bien sentis, seul ou en accompagnant Cat Clyde, qui se révèle être une excellente guitariste. Visuellement, c’est très classe aussi : les garçons en chemises blanches et Clyde en rouge. Nous avons droit à une déclaration d’amour à… la lune (« Into the Dark / Out of the gloom / I Fell I love with the moon »), qui aurait pu être intégrée à la bande-son de True Blood. Ensuite, c’est le magnifique Wild One, ballade country blues et l’un des meilleurs morceaux de l’album. On pense par moments à Gillian Welch, qui elle aussi parvient à perpétuer une tradition d’interprètes à la Patsy Cline, sans que la démarche ne s’inscrive dans un style trop passéiste.
À partir de Hold my Hand, le concert va progressivement entrer dans sa partie blues, avec de très jolies guitares. Mystic Light et surtout The Man I Loved Blues, issu de son premier album, transforment pendant quinze minutes le Supersonic Records en rade du bayou, à la grande joie du public. Cat Clyde a une vraie présence, et le concert est tout à fait conforme à ce que nous en attendions. Man’s World est l’un des titres les plus commentés de l’album : Cat Clyde s’inscrit dans une tradition féministe country à la Dolly Parton, en condamnant le patriarcat qu’elle a dû, manifestement, subir au cours de sa carrière. « I need four stone walls/To keep the vampires out/Cause it’s a man’s world » : le message est clair et délivré dans un style country très classique. La surprise vient de la reprise de la soirée ; pour le coup, on ne l’attendait pas, puisqu’il s’agit de Yer Blues des Beatles, dans une version électrique fidèle à l’originale et totalement jouissive. Another Time termine le set en beauté, avec une pedal steel subtile, et le groupe nous quitte sans avoir joué la totalité de sa setlist : nous n’aurons eu droit qu’à quinze morceaux sur les dix-neuf prévus. Cat Clyde reviendra néanmoins en solo pour un unique titre, The River. Clairement, un petit quart d’heure complémentaire n’aurait pas été du luxe.
Cat Clyde a incontestablement beaucoup de talent et, si nous n’avons pas assisté au concert de l’année et si la comparaison avec ce que Big Thief nous a offert récemment n’est pas à son avantage, elle a réussi à se faire une place parmi les artistes americana à suivre de près.
Valentine Lambert : ![]()
Cat Clyde : ![]()
Laurent FEGLY
Cat Clyde et Valentine Lambert au Supersonic Records
Production : AEG
Date : le mardi 28 avril 2026
Leurs derniers disques
Cat Clyde – Mud Blood Bone
Label : Concord
Date de sortie : 13 mars 2026
Valentine Lambert : Le Silence
Label : Un Millénaire Records
Date de sortie : 4 octobre 2024
