Miossec, en mode trio, se promène dans sa riche discographie, insistant sur Simplifier, n’hésitant pas à revisiter certaines de ses chansons emblématiques.

En ce vendredi soir, Lens, parée de sang et d’or pour la venue de Toulouse en championnat, voit ses terrasses englouties par les supporters. A l’écart de la foule, dans une triste artère piétonne qui rappelle que l’ancienne cité minière ne cesse de s’épuiser, le Colisée, agréable salle de plus de 600 places, se remplit en toute tranquillité. Miossec est en ville, étape artésienne d’une longue tournée en trio, accompagné de Stéphane Fromentin à la guitare et de Nicolas Méheust au clavier.
On a vu le Brestois une bonne quinzaine de fois, des fiévreux éclats rock imbibés – nous l’étions aussi – du début à des prestations approximatives, du mode violon aux bouleversants concerts donnés pour le trentième anniversaire de Boire, tantôt en grande forme, tantôt au sortir de la maladie… mais, toujours, toujours, il nous a émus, touchés au plus profond de l’âme, tant ses chansons nous tendent, souvent, des miroirs crus à la désarmante honnêteté.

En ce vendredi soir, une fois encore, Miossec a mis nos vies à nu. Lui, le survivant d’un cancer des cordes vocales, lance son récital avec le crépusculaire On vient à peine de commencer. Les lumières orangées évoquent un coucher de soleil, des premières notes glisse une atmosphère de requiem… qui vite se dissipe, avant de revenir pour Les touristes ; les larmes affleurent…
En ce vendredi soir, guitare autour du cou, dont il joue 90 minutes durant, Miossec, tout de noir vêtu jusqu’à la casquette, pose ses mots d’une voix assurée, en une douce fermeté. Il offre une plongée dans l’ensemble de sa riche discographie, douze albums studio au compteur, exception faite de Baiser – dommage ! – et de Chansons ordinaires – pas grave… Bien sûr, l’accent est mis sur Simplifier, fort réussi dernier album en date. La belle épure de ses titres brille sur scène. Je m’appelle Charles, en hommage au patron du mythique Vauban, et Meilleur Espoir Masculin, sur le destin aussi mystérieux que tragique de l’acteur Gérald Thomassin, sont des flèches en plein cœur.

Avec ses compères, il se lance dans une relecture de ses classiques – que l’on retrouve le 4 titres sorti le 17 avril. La réussite est au rendez-vous sur le Brest final qui s’étire en une longue plage instrumentale, zébrée de guitares comme l’est d’éclairs un ciel d’orage et de tonnerre, avant de se conclure sur un ultime vers chuchoté, magnifique et bouleversant, « Est-ce qu’au moins aujourd’hui quelqu’un te berce ? ». Les nouvelles versions des chefs d’œuvre La facture d’électricité et Je m’en vais, brillent d’une lumière plus froide, intrigante puis captivante. Tel n’est pas le cas de Non, non, non, non (Je ne suis plus saoul) qui voit sa magie noyée dans des claviers envahissants.
En ce vendredi soir, les trois compères, complices qui se cherchent sans cesse du regard, baignés de lumières délicates, balancent entre le côté rock de certains titres, comme La Mélancolie, et les tendances électro des compositions les plus récentes, telles Mes voitures ou Tout est bleu. Surtout, ils offrent deux pierres précieuses, deux perles d’émeraude, les magnifiquement désabusés, Que devient ton poing quand tu tend les doigts et Une fortune de mer, deux instants intenses.
En ce vendredi soir, l’artiste, bien sûr, glisse quelques taquineries, indiquant au bluff que Lens est mené 2 – 0, avant de sourire quand un spectateur lui annonce que c’est vraiment le cas – d’ailleurs comment peut-on suivre un match de foot sur son téléphone dans un moment aussi précieux qu’un concert de Miossec ? Il évoque le Stade Brestois, puis souligne que la suivante fait partie de l’histoire locale : il lance Les bières aujourd’hui s’ouvrent manuellement.
En ce vendredi soir, encore et toujours, après les applaudissements debout d’un public cinquantenaire, nous quittons le chanteur avec ce sentiment de douceur triste, ce parfum de rose fanée aux épines élimées, cette
« mélancolie qui vient, qui cogne / À la porte si souvent / Que l’on s’y abandonne / Que l’on se roule même dedans / La mélancolie de nos meilleures années / Nos compagnes, nos conneries »…
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Christophe Grès
Miossec au Colisée (Lens)
Production : Radical
Date : le vendredi 17 avril 2026
Son dernier disque :
Miossec – 04-26 (EP)
Label : Columbia
Date de parution : 13 mars 2026
