Quand on a contacté l’éditeur Aurélien Masson pour qu’il nous parle de ses livres préférés, il a aussitôt suggéré de nous proposer en plus son 5+5 musical. Voici donc sa sélection éclectique, entre rap, punk et drone metal ; mais partout la même intransigeance artistique et une certaine forme de radicalité.

5 disques du moment
Svinkels – Pour toujours
C’est ma jeunesse, ma vie avant la littérature. Ce titre est leur dernier en hommage à Nico aka Nikus Pokus qui a eu le mauvais goût de nous quitter trop tôt. Comme dirait Kiki aka l’abbé Xanax : « On m’a toujours dit que c’étaient les meilleurs qui partaient les premiers, j’ai donc choisi d’être pourri pour rester ». Ce titre me fait pleurer à chaque fois, ça parle du temps qui passe, des accidents de parcours, des conneries qui font la vie et qui font aussi qu’elle est belle. Pone scratche comme un Dieu, Gerard Baste et Kiki cassent tout au micro. Bref Sinvkels forever jusqu’à ce que je clamse. RIP Nico.
Suicide Boys – Thy Will Be Done
C’est du rap de Memphis. Les gens qui aiment bien les boites et les catégories appellent ça du « horrorcore » mais j’appelle ça du rap qui déchire. C’est grinçant, lugubre et les flows des mecs t’hypnotisent. C’est moderne mais y a un côté oldskool pour les mecs comme moi qui écoutaient les Gravediggas à 20 ans. Represent le diable !!
City Morgue – Tous les albums
C’est un duo de rap formé de Zillakami et SosMula (dont je conseille aussi les albums solo au passage). C’est du rap hardcore bien bien vener qui saute dans tous les sens, ça pue le rock et la trap mélangés dans un shaker électro, je sais pas comment qualifier ça mais juste ça donne envie de sauter en l’air et de tout casser. Et comme je suis vieux, ça me donne l’impression d’être éternel. Represent l’immortalité !!
Noir Boy George – Polytoxicomane de toi
C’est Claire Von Corda, une artiste démente (autrice, plasticienne, musicienne) qui m’a fait découvrir ce mec. Il fait de la trap de toxicomane, j’appelle ça de la TROX. On dirait du Indochine sous came, c’est de la musique mono. Comme les Ramones, ça a l’air de rien au premier abord et puis ça te colonise la cervelle et ça fait des bébés. C’est beau, c’est crépusculaire, ça fait pleurer et ça rend heureux d’être en vie.
Sunn o))) – Sunn o)))
C’est leur dernier album qui vient de sortir sur le mythique label grunge Sub Pop. C’est du pur drone, pour certains, c’est mortellement chiant, pour d’autres dont je fais partie, c’est sublime. C’est comme l’océan, tout n’est qu’onde, vibration, boucle, thème. C’est parfait à écouter allongé dans un champ en bouffant des champignons. Sunn o))), c’est la puissance tellurique de la musique.
5 disques pour toujours
Bon les disques de la life, ça veut rien dire, j’en ai au moins 400 donc ça dépend des humeurs, en ce moment je suis dans une humeur rock donc ça sera rock mais ça aurait pu être aussi bien rap reggae ou electro.
Iggy and the Stooges – Raw Power
Raw Power des Stooges à cause de la voix de félin d’Iggy, à cause des frères Asheton à qui je voue un culte sans nom, à cause de James Williamson et sa guitare en lame de rasoir (l’arrivée de la guitare dans Search and Destroy, c’est juste une jouissance instantanée), à cause de l’héroïne qui plombe les compos, à cause du mix pourri de Bowie trop occupé à sniffer de la coke sur sa console (on s’en fout de pas entendre la basse).
Ramones – Ramones
Le groupe américain qui m’a le plus marqué dans la durée. Ça sonne débile au premier abord (Manoeuvre les avait descendus quand l’album était sorti en les traitant de guignols) mais en fait ça se glisse sous ta peau et prend possession de ton corps. Joey [Ramone] est un Roy Orbisson incompris et je voue un réel culte à DeeDee [Ramone] : le mec savait pas jouer de la basse quinze jours avant, il s’y met, compose tout et déchire tout. La quintessence de l’esprit punk, qui pour moi est américain, les punks anglais, c’est des rigolos, ahahaha….
Motörhead – Bomber-Overkill-Ace of Spades
Bon ben y a juste rien à dire, Lemmy est mon dieu et je suis son prophète. J’ai dû les voir une vingtaine de fois en concert. Dès que j’ai un coup de mou, dès que je sens que je ramolli, dès que le doute m’habite (et que dieu me tripote, pour reprendre Desproges), je me dis: « qu’est-ce qu’aurait fait Lemmy ? ». C’est le symbole de la droiture, de la fidélité à ce qu’on est. En plus il est horriblement beau, il a le look qui tue et c’est le plus grand bassiste du monde et des enfers réunis. Lemmy Rules !!!
Bad Brains – Bad Brains
J’adore les Ramones sur la durée mais l’album jaune des Bad Brains est sûrement mon disque de punk ricain favori. Des blacks de Washington qui jouaient du funk, des musiciens hyper calés qui tombent sous le charme des Ramones et qui se disent « pourquoi pas nous ? ». Résultat un album furieux, lancé pleine balle, ça va tellement vite, on dirait que les Ramones font des slows. Sans le savoir les mecs inventent le hardcore. Et puis H.R., le chanteur, est un cinglé mystique totalement ingérable, naviguant entre punk attitude, rastafarisme et ganja à haute dose. We got the PMA (Positive Mental Attitude)
Bérurier Noir – Concerto pour détraqués
Sûrement l’album que j’ai le plus écouté de ma vie. Découvert en 1986, j’avais 11 ans : les chants engagés de Fanfan, les guitares scalpels de Lolo, la boite à rythme maléfique, Dédé et ses tigida tigida qui vous vrille la cervelle. Ce fut pour moi comme une révélation cosmique. Il y a un avant et un après Béru, enfin y a pas vraiment eu d’après. Le Bérurier Noir, c’est une école de la vie et je l’écoute chaque semaine. Comme dirait ce chien de Macron, écouter le béru « ça t’engage » hahaha. Vivre libre ou mourir, tout est dit. Comme dirait Gerard Baste du Svink : « j’ai brûlé mes verrues mais jamais j’brulerai mes vieux albums des bérus. J’en suis trop féru plus que Jean Ferrat ».
