Porté par un casting particulièrement inspiré, le nouveau film de Pierre Salvadori transforme une intrigue d’arnaque en réflexion légère mais rusée sur le désir, la création et les fantômes amoureux. Une réussite imparfaite mais attachante, fidèle à une certaine idée du cinéma populaire français.

Le nouveau film de Pierre Salvadori, qui s’offre les projecteurs de l’ouverture du Festival de Cannes, a sur le papier tout pour plaire : un casting de haute volée, le charme d’une reconstitution dans le Paris des années 20, et une intrigue plutôt originale. Des promesses qu’on a déjà mainte fois vues trahies ces dernières années, comme pouvait en témoignerMon Crime d’Ozon.
Dans cette intrigue qui commence comme celle du Nightmare Alley de del Toro, tout repose sur la question des illusions, et la manière dont chaque individu va y trouver son compte. L’exposition dévoile ainsi une série de portraits où les débrouillards (Demoustier, Lellouche) profitent d’un désespéré (Marmaï), veuf d’une compagne idéalisée (Pons). Récit malin et retors dans lequel chaque personnage finira par dévoiler ses propres arrangements avec la vérité, dans une réversibilité certes un peu appuyée dans le dernier acte, mais qui permet aussi de complexifier les figures.
Le film fonctionne avant tout sur le charme des escrocs, et l’énergie avec laquelle ils improvisent et échafaudent un plan qui peut sans cesse se retourner contre eux. Salvadori embrasse pleinement le comique de situation, et le charisme des comédiens est parfaitement exploité. Mais il prend également soin de creuser leurs obsessions, dans des échanges qui effleurent des questions plus profondes comme le rapport de l’artiste à sa muse, l’effritement de l’attrait lorsque l’amour est consommé, et le fétichisme des morts. De très belles scènes abordent ainsi le processus de création (les conseils donnés à un peintre par une vision occulte), et travaillent la fascination d’une jeune fille pour l’écrit d’une disparue, dans un jeu de récits alternés particulièrement biens montés et ouvragés pour différer et intensifier les révélation.
Salvadori poursuit ainsi les expériences narratives de La Venue de l’avenirde Klapisch, cite leNew-York Miami de Capra, travaille une mise en scène assez fine dans le jeu des ombres chinoises et des faux-semblants, et observe avec malice les duos à géométrie variable où les femmes formulent leurs désirs pour échapper aux projets autocentrés des hommes. Malgré quelques longueurs (un quart d’heure de moins aurait probablement été raisonnable), le film, comme souvent chez le réalisateur, repose entièrement sur le talent de ses comédiens qui récompensent le public venu les voir.
Une certaine définition du cinéma populaire, en somme, pour une œuvre qui mériterait un joli succès.
![]()
Sergent Pepper
